Mort de l'ourse Mellba tuée par Jean-Philippe Gausserand, un chasseur

L’ourse Mellba a été tuée par un chasseur, Jean-Philippe Gausserand, un maçon de 21 ans, le 27 septembre 1997 à 10 heures au col de Matet, dans le secteur de Soplan sur la commune de Bezins-Garraux en Haute-Garonne. Mellba était accompagnée de ses 3 oursons né durant l’hiver 1996-1997. Pyros était le père de Boutxy, Caramelles et Medved. Ce dernier a disparu peu après, durant l'année 1997.

Lâcher de l'ourse Mellba à Melles le 6 juin 1996Extrait de Conservation des vertébrés menacés dans les Pyrénées françaises (sous-programme Ours) Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement :

L’ourse Mellba avait été capturée avec un piège à patte, le 5 juin 1996 à  sur la montagne de Rog, dans la réserve de Medved près de Kocevje, dans le sud-est de la Slovénie, près de la frontière croate. Mellba avait débarqué en France le 6 juin 1996 à Melles (Haute-Garonne). 

La mort de Melba s'est produite vers 10 heures du matin, le 27 septembre 1997, sur la commune de Bezins-Garraux (Haute-Garonne) à l'extrême est de son domaine vital. L'animal a été tué par un chasseur isolé qui chassait le sanglier à l'affût sur une zone de passage de gibier. Tous les éléments relevés lors de l'enquête par la gendarmerie, l'autopsie de l'animal et les études de balistiques effectuées à l'Ecole Vétérinaire de Toulouse, les conclusions du Procureur sur ces différents éléments, les observations de LIFE effectuées sur le terrain conduisent à penser qu'il s'agit d'un accident : le chasseur a tiré en situation de légitime défense.

En effet, la configuration du terrain (présence d'une petite crête offrant peu de visibilité pour l'animal et le chasseur) et la position immobile du chasseur dissimulé derrière un gros sapin ont vraisemblablement conduit l'ours à se trouver très proche du chasseur avant de l'identifier. La femelle, alors accompagnée de deux oursons, a effectué une première charge pour s'arrêter à 5-6 mètres du chasseur posté près de l'arbre. Les deux oursons ont alors quitté la mère qui a effectué un demi-cercle autour du chasseur et qui a refait une nouvelle charge vers le chasseur. A ce moment, le chasseur s'est emparé de son arme et a tiré à bout portant sur l'animal. Les analyses balistiques corroborent le fait que la balle a été tirée d'une distance d'environ 3 mètres.

Extrait du Monde (30/09/97) 
"Un chasseur a tué l'un des trois ours réintroduit dans les Pyrénées" :

Un chasseur a tué, samedi 27 septembre, Melba, l'un des trois ours slovènes réintroduits dans les Pyrénées l'an dernier. Jean-Philippe Gausserand affirme avoir été surpris, alors qu'il chassait seul, par l'apparition de cette ourse d'une centaine de kilos accompagnée de deux oursons. Il estime qu'elle était à un mètre de lui lorsqu'il a fait feu avec une arme de gros calibre (7,64 mm). L'enquête menée par le commandant du groupement de gendarmerie de Haute-Garonne semble confirmer ses propos.


Les forces de l'ordre ont tenté de retrouver la trace des oursons nés pendant l'hiver. Le cadavre de la femelle a été maintenu sur place dans la nuit de samedi à dimanche dans l'espoir d'attirer les petits à peine sevrés, qui n'ont guère de chances de survie à l'approche de l'hiver. Des mangeoires vont être installées dans la montagne, dans l'attente d'un ordre de capture.

Melba avait perdu, il y a quelques semaines, le collier émetteur qui permettait de prévenir les bergers et les chasseurs de ses allées et venues. " Sans cela, elle serait encore probablement en vie ", remarque André Rigoni, le maire de Melles, qui fut à l'origine de cette expérience de réintroduction d'ours. Pierre-Yves Quennette, le biologiste chargé des opérations de suivi, , rappelle cependant que " tout le monde " savait où étaient Melba et ses oursons. Il avait organisé des réunions d'information avec les présidents des sociétés de chasse.

L'originalité de cette expérience reposait sur l'absence de toute contraintes réglementaires interdisant la chasse ou l'activité humaine dans des zones à ours. Aujourd'hui, la nécessaire coopération entre les écologistes et les chasseurs risque cependant de voler en éclats. L'association Artus, qui était chargée de capturer les ours en Slovénie, souligne la responsabilité collective des chasseurs. " Ils ne tiennent pas leurs engagements, ils doivent être sanctionnés ", note son président, Michel Clouet.

La mort de Mellba, un massacre écologique

Melba, une ourse suivie de ses 3 Oursons, a été abattue d'un seul coup de fusil. Elle se trouvait dans un massif montagneux où elle avait établi son territoire depuis l'automne 96. On ne peut prétendre ignorer cette présence pour tenter d'excuser le dérangement de l'animal du a une battue. Le 19 Septembre, elle avait déjà été repérée sur cette commune.

L'ourse craint les dérangements, encore plus quand elle se trouve avec ses oursons. La communauté scientifique est unanime sur ce point : l'animal doit trouver la tranquillité dans la zone de refuge d'élevage des jeunes. Déjà dérangée cet été par des travaux forestiers, Melba avait fui 4 semaines en Espagne avant de revenir dans son territoire. Cette fuite aurait du alerter les chasseurs.

Avant Mellba, Claude

L'histoire récente du déclin de l'Ours est la longue saga d'une disparition physique due au fusil. En 1994, un ours surnommé Claude, était abattu en Vallée d'aspe dans le Béarn lors d'une battue au sanglier.

Il y a des pratiques de chasse incompatibles avec la présence de l'Ours le monde cynégétique n'est manifestement pas encore prêt à assumer les choix de ses dirigeants. Les chasseurs se sont engagés dans le processus de réintroduction ils l'ont souhaité et ont soutenu le programme. Le meurtre de MELBA démontre à l'évidence que les chasseurs ne sont pas capables de tenir leurs engagements

Nous exigeons des garanties de la part des chasseurs pour que puisse être envisagées une poursuite du programme de réintroduction de l'Ours dans les Pyrénées financé par l'Europe et l'état français.

Une mort classée sans suite

Après la décision du procureur de classer sans suite pénale l'enquête sur la mort de Melba.  "L'état de nécessité" ou plus communément, la légitime défense reconnue pour excuser son tir fatal sur Melba laisse en suspens plusieurs points.

Pourquoi le jeune chasseur n'a-t-il pas fait usage de son arme pour tirer en l'air afin d'effrayer l'ours qui s'approchait de lui ? il disposait de 4 balles dans son chargeur. Cette méthode de bon sens est courante et très efficace. Pourquoi n'est-il pas monté sur les branches accessibles du sapin qui se trouvait à proximité de lui ? l'abattage de l'ourse n'était pas inéluctable. Loin de là.

Capture de l'ourse MellbaPourquoi les chasseurs slovène qui chassent aussi le sanglier ne tuent jamais une femelle accompagnés d'oursons ?? Pourquoi les ours Français ou Slovènes dès qu'ils se trouvent dans les Pyrénées semblent attaquer les chasseurs ? La Slovénie nous donne une sacré leçon : avec près de 350 ours, aucun chasseurs ne se sent menacé au point de tuer un ours "en légitime défense" Nous en avons 3 et nous en tuons déjà un...

L'ours à la Française serait-il si terrifiant qu'il ferait mentir le dicton Slovène : "A la chasse à l'ours prends un compagnon avec toi, à la chasse au sanglier emmène un prêtre"

Pourquoi une battue au chevreuil et une chasse au sanglier au poste fixe ont-elles eu lieu dans les vallons d'une commune où la veille, le vendredi 25 Septembre, venait d'avoir lieu une expertise d'un dégât de MELBA (sur cette même commune de Bézins Garraux ). Pourquoi les chasseurs n'ont-ils pas pris un certain nombre de précautions??

Le programme LIFE de réintroduction est fondé sur la confiance des partenaires entre eux, les élus, chasseurs, forestiers, administrations et naturalistes, chacun gérant et ayant ses propres activités en cherchant à les rendre compatibles avec la présence de l'ours. C'est le principe du " pas de contraintes imposées" Sans adaptations et sans évolutions des comportements, l'expérience portera-t-elle être poursuivie ? Artus souhaite ne pas avoir à rompre ce pacte qui doit aboutir à une totale responsabilité de chacun.

Le jour de la capture de Mellba, Djuro Huber, vétérinaire Croate et professeur de biologie à la faculté de médecine écoute son rythme cardiaque avant son départ pour la France.

Source : Artus

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