L’équipement de Papillon

Les ours pyrénéens boiront leur calvaire jusqu’à la lie

Nous voilà donc arrivé au terme d’une bien triste histoire, celle de la lente disparition programmée de l’Ours brun en France. Il ne reste plus aujourd’hui que trois ours de souche pyrénéenne : Papillon, le vieil ours farceur, Camille autre mâle et Cannelle la dernière femelle. Et c’est tout.

L’an dernier un mystérieux ours semait le trouble dans la région de Luz (Hautes-Pyrénées). De l’avis des détracteurs de l’ours (ils sont encore assez nombreux, et surtout très motivés et vindicatifs…), il ne pouvait s’agir que de l’un de ces satanés ours d’origine slovène, fruit des réintroductions de 1996 et 1997. Les pouvoirs publics ont fait savoir qu’il n’en était rien, que les analyses génétiques avaient démontré qu’il s’agissait d’un des tout derniers ours de souche pyrénéenne. Un ours bien de chez nous.

Parallèlement, la disparition du patriarche des ours béarnais, l'ours Papillon, nous avait fait penser qu’il avait quitté notre pauvre monde en perdition pour le paradis des ours, plein de miel et de vastes forêts. Et voilà que l’on apprend que les agents de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage du réseau Ours brun ont, après une longue traque, capturé l’ours perturbateur. Et divine surprise, il ne s’agit ni plus ni moins que de Papillon. Celui-ci aurait quitté son Béarn natal pour se rendre dans le Pays Toys, pays où l’on ne garde plus les moutons : c’est cela l’agriculture «moderne»... Donc pays où l’ours et persona non grata : c’est cela la rançon du progrès…

A ces ours de pure souche pyrénéenne, il convient de rajouter les quelques ours issus de la réintroduction en Pyrénées centrales. Ce qui ne porte pas à une population bien grande : 12 ou 13 ours pour l’ensemble de la chaîne pyrénéenne, dont seulement trois femelles. Et comme le programme de renforcement de population est bloqué depuis 1997, il y a fort à craindre que l’Ours disparaisse à jamais des Pyrénées, comme il a disparu du reste du pays.

Et que croyez-vous qu’il advint de Papillon après sa capture ? Il fut équipé de deux émetteurs. Un sur un collier, que Papillon retira rapidement, et l’autre en implant abdominal. Pourquoi tout ce déploiement de technologie ? Pour mieux connaître la biologie de l’ours? Que nenni. Il y a bien longtemps que l’on ne se fait plus d’illusion sur cette méthode d’étude sur une aussi faible population. En fait, cette opération aurait pour but de rassurer les anti-ours et de pouvoir prévenir de l’arrivée prochaine du plantigrade à proximité de troupeaux.

Mais avertir qui? Il n’y a plus de bergers dans cette vallée ; ils ont disparu au même rythme que les ours. Leurs destins étaient liés ! Il semblerait qu’il s’agissait simplement de faire une démonstration du savoir faire de l’ONCFS aux anti-ours et à de prétendus amis de l’ours qui se sont toujours opposés au renforcement de la population, même si certains d’entre eux vivent richement des aides que le plantigrade amène de Bruxelles ou de Paris.

Cette opération ne serait qu’une démonstration du savoir faire de la capture d’un ours et de l’équipement électronique hi tech. En rien une quelconque mesure de sauvegarde des derniers ours. Et comme il fallait s’y attendre, cette mesure n’a pas suffi aux anti-ours qui demandent maintenant « l’enlèvement » de Papillon. A noter le joli terme «d’enlèvement»…

Papillon n’est pas le premier ours à arpenter les cimes et les vallées pyrénéennes ainsi harnaché. Les trois ours réintroduits en 1996 et 1997 étaient également équipés de pareils émetteurs. Ce qui n’empêcha pas, alors qu’au mètre près on savait où se trouvait Melba et ses trois oursons, l’organisation de la battue au sanglier qui lui fut fatale !

Boutxy, un des oursons, fut équipé de cet accoutrement au nom de la paix dans les estives. Cette expérience mit d’ailleurs en avant plus d’inconvénients que d’avantages. Aucune mesure de protection durable des troupeaux – chiens de protection, gardiennage des troupeaux ou enclos nocturne – n’était mise en oeuvre, on se contentait d’appeler en renfort les bergers itinérants de l’équipe technique à l’annonce d’un ours dans les parages. Ce scénario risque fort d’être rejoué au Pays de Toy cet été.

Plutôt que ce déploiement de force pour capturer le vieil ours, plutôt que cet acharnement sur l’un des tout derniers ours pyrénéens, plutôt que cette artificialisation de la vie sauvage, n’aurait-il pas mieux valu une véritable volonté de sauver la dernière population d’ours de France ? N’aurait-il pas mieux valu protéger les riches milieux naturels que comptent encore (pour combien de temps ?) les Pyrénées ? N’aurait-il pas fallu se hâter de reprendre le programme de renforcement laissé en plan depuis 1997 ? Ne conviendrait-il pas mieux d’assurer un véritable pastoralisme durable dans ces vallées que de mettre en place une opération certes médiatique, mais qui ne peut au final que desservir un peu plus la cause de l’Ours ?

A quand de véritables mesures de conservation et de restauration pour l’Ours et pour ses habitats qui sont également ceux du Grand Tétras ou du Pic à dos blanc ? Les Pyrénées ne pourront être préservées qu’avec la présence emblématique de l’Ours. Ou alors, il faudra s’y résoudre : la France n’est sans doute plus digne d’accueillir une population d’ours, plus assez déterminée à sauver ses derniers territoires de nature sauvage et belle

Source: Action nature

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