Arcangeli reagit aux propos de Jean Lassalle

L’association Pays de l’Ours-ADET vient d’envoyer un courrier au Ministre de l’Ecologie et du Développement durable suite aux déclarations du député Jean Lassalle.

Monsieur le Ministre,

J’ai pris connaissance du courrier que vous a adressé Monsieur le Député Lassalle au sujet de la récente communication de l’État concernant l’ours, et je tiens à me faire le relais auprès de vous d’une opinion bien différente et largement partagée dans le massif pyrénéen. Il me semble en effet important que vous ayez différents avis à ce sujet, personne ne pouvant sérieusement vouloir parler au nom des Pyrénéens et sous entendre que l’avis exprimé est unanime.

Je tiens ainsi à vous témoigner ma solidarité et de mon soutien pour ce qui concerne la diffusion de la plaquette « Les Pyrénées avec l’ours », réalisée par vos services. Je n’y ai personnellement relevé aucune information erronée ni orientée contre quelque initiative pyrénéenne que ce soit. Pour ce qui nous concerne, nous nous y reconnaissons bien, et revendiquons même l’appellation de population locale pyrénéenne sans y voir aucun caractère péjoratif.

Il nous paraît normal et souhaitable que l’Etat, qui s’implique fortement sur le dossier Ours depuis longtemps, communique afin de diffuser une information juste et nécessaire, au delà des polémiques stériles récentes.

Nous nous félicitons que l’Etat mette ainsi un terme à des années de discrétion et d’hésitations sur le dossier Ours, pendant lesquelles les opposants ont eu toute liberté, sans être démentis, de désinformer décideurs, médias et population locale, au point de faire croire à certains que la réintroduction de 3 ours aurait mis en péril tout le secteur de l’élevage dans les Pyrénées, ou encore que les ours lâchés en Haute-Garonne seraient d’espèce différente et plus carnivore que les ours pyrénéens !

Les prétendues difficultés crées par la réintroduction de l’ours en Pyrénées Centrales n’ont de réalité que dans les propos de ces opposants. Les pertes liées à la présence d’ours sont réelles, mais restent faibles et concernent principalement les éleveurs qui ont refusé de mettre en oeuvre les mesures de protection de leur troupeau, encouragés en cela par des élus et des représentants professionnels irresponsables. Par ailleurs, il est patent que le nombre de brebis sauvées par le retour simultané des chiens de protection « patous », est très supérieur aux pertes causées par les ours. Nos nombreux contacts avec les éleveurs nous confirment que ces protections se justifient même sans ours, du fait en particulier des pertes subies par les chiens et les vols. Ce que les opposants refusent en réalité, c’est que les subventions soient estampillés « ours », ce seul fait montrant bien pourtant que le pastoralisme, donc l’Homme, n’est pas oublié dans ce dossier. C’est d’ailleurs à cette condition que notre association avait accepté de se lancer dans ce projet.

La très grande majorité des éleveurs se sont rendus compte par eux mêmes que l’ours cause peu de dégâts, et ils seraient bien déçus s’ils apprenaient que les aides liées à son retour disparaissaient en même temps que les ours. Quelques esprits rétrogrades crient au chantage… Mais les faits sont là, concrets et vérifiables : plus de la moitié des crédits « ours » servent chaque année à financer des mesures d’aide au pastoralisme (bergers, patous, héliportages, téléphones pastoraux, clôtures …).

Concilier les enjeux, faire progresser conjointement l’économie, l’environnement et les dimensions socio-culturelles est le principe même du développement durable. Certains préfèrent continuer à les dissocier encore, et opposent Homme et Nature dans une dialectique démagogique et malsaine.

Pour certains, la présence d’ours ne serait qu’une contrainte à négocier avec Paris ou Bruxelles. Ils ne cessent donc de demander des compensations, contre lesquelles ils daigneraient étudier l’idée de préserver quelques ours dans les Pyrénées. Notre vision est tout autre : nous considérons qu’au 21e siècle, dans le cadre d’un projet de développement durable, la présence et le retour de l’ours dans les Pyrénées sont des atouts à valoriser. Nos territoires de montagne ne doivent plus être considérées comme des zones défavorisées vivant sous assistance, mais comme des territoires dynamiques et innovants, assumant et valorisant leurs spécificités. Or, l’environnement naturel est la principale richesse des zones de montagne à valoriser comme un atout, et non plus à exploiter comme un filon.

C’est dans cet état d’esprit que nous menons nos actions de développement et de valorisation, avec le soutien de votre ministère. Vous trouverez ci-joint pour information nos éditions les plus récentes à ce sujet et la présentation de notre prochaine manifestation : « Les Automnales du Pays de l’Ours ».

Pays de l’Ours-ADET est une association constituée de huit communes, d’une centaine de professionnels, de plusieurs dizaines d’associations locales et de plus de 1000 particuliers adhérant depuis 2000. Toutes ces composantes sont représentées au Conseil d’Administration, et les élus, pourtant fondateurs de l’association, y sont aujourd’hui formellement minoritaires, intégrant ainsi la dimension participative d’une démocratie moderne.

Nous affirmons haut et fort que nous sommes fiers de l’opération de réintroduction de l’ours dans sa globalité, qui nous a permis de faire progresser conjointement la richesse de notre patrimoine naturel et le développement de notre territoire, tout en faisant évoluer le statut social et les conditions de travail des bergers.

Cette opinion est largement majoritaire dans les Pyrénées, comme en témoignent les résultats du sondage réalisé par l’IFOP pour Pays de l’Ours-ADET et le WWF début 2003 :

  • 86 % des montagnards pyrénéens considèrent que l’ours fait partie du patrimoine pyrénéen ;
  • 79 % jugent sa présence valorisante pour les Pyrénées ;
  • 58 % sont favorables à de nouveaux lâchers.


Même en intégrant les marges d’erreur des sondages, les conclusions restent incontestables : la majorité des Pyrénéens est favorable à la conservation de l’ours dans les Pyrénées. Vous trouverez ci-joint pour complément un exemplaire original de l’étude réalisée par l’IFOP.

Que Jean Lassalle se rassure, les Pyrénées ne sont pas peuplées d’irresponsables prêts à se sacrifier pour la conservation de l’ours. Ce sondage traduit simplement le fait que la population a évolué et a intégré le concept de développement durable et l’espoir qu’il incarne pour la région, beaucoup plus vite que certains responsables qui semblent encore l’ignorer. Les nombreux témoignages reçus, les quelques 90 000 signatures de la pétition contre le retrait des ours obtenues en 2000, les milliers d’autocollants « Pyrénées Centrales, Pays de l’Ours » collés sur les véhicules en attestent.

Les faits sont clairs et établis : - Les chiens de protection sauvent chaque année plus de brebis que n’en tuent les ours ; - Le programme « Ours » permet chaque année de créer ou conforter en Pyrénées Centrales plus de 50 emplois équivalents temps-plein en Pyrénées Centrales, et participe significativement à la modernisation du pastoralisme qui en a bien besoin ; - La présence de l’ours constitue un plus économique et touristique indéniable;

Certains dénigrent, condamnent, dénoncent le retour de l’ours au nom de conceptions dépassées. Nous, nous sommes fiers de ce retour et nous voyons dans cette opération l’amorce, à amplifier, d’un nouveau développement pour les Pyrénées : un développement basé sur la valorisation des atouts et spécificités d’un territoire remarquable, tant par son environnement naturel que culturel. L’ours occupe dans ce schéma une place à part. Il est tout à la fois notre histoire et notre espoir. Si nos ancêtres n’ont pas pu mener avec lui une cohabitation paisible, c’est plus par manque de moyens que de volonté. Aujourd’hui, nous pouvons réintégrer ce patrimoine dans une vision globale et cohérente grâce aux horizons nouveaux permis par le développement durable.

Dans cet état d’esprit, je vous assure, Monsieur le Ministre de notre totale disponibilité pour poursuivre avec vos services ce grand projet de la restauration de la population d’ours, intégré dans un projet de développement durable des Pyrénées Centrales.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de ma plus haute considération.

François ARCANGELI

Maire d’Arbas, Président de l’association pour le développement durable des Pyrénées centrales « Pays de l’Ours-ADET »,

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