Lors d'un petit week-end en baie de somme, je suis tombé sur le calendrier des activités culturelle du Crotoy. Et surprise, comme à Die, les moutons traversent la ville lors des transhumances. On est loin de l'alpage, mais les activités se ressemblent...
Joyau de la côte picarde, visitée tous les ans par des milliers de touristes, domaine des phoques et des oiseaux, la baie de Somme est aussi le berceau de nombre d'activités dites traditionnelles. Impossible de s'y promener sans croiser un pêcheur à pied, ramasseur de coques ou de salicorne, ou encore l'un des derniers bergers et son troupeau d'agneaux de pré-salés.
Le mouton des prés-salés est une activité traditionnelle en baie de Somme.
De mémoire de Picard, on n'a pas le souvenir, de Saint Valéry au Crotoy, d'une baie sans moutons. " Ils ont toujours été là. " Il en reste trois mille aujourd'hui qui paissent sur les prés salés entre Le Hourdel et Le Crotoy, du mois d'avril au mois de décembre. Propriété de l'État, les terres sont louées au domaine maritime par lots de trois cents hectares et par adjudication tous les deux ans.
De la boulonnaise au Suffolk
Autrefois race privilégiée des bergers, la boulonnaise a progressivement disparu de la baie, remplacée aujourd'hui par la suffolk ou l'île de France. Brebis très rustique mais sans forme, aux gigots très allongés, elle ne correspondait plus aux exigences du consommateur et se vendait mal. C'est par la qualité de sa chair que se distingue le mouton de prés-salés, Appellation contrôlée - non grasse et ferme elle est aussi plus rouge que celle de l'agneau de plaine . Plus rare donc plus chère... Elle se vends l'été de 36/40 francs le kilo au grossiste, se revends 45/55 au boucher, et entre 120 et 150 francs au consommateur. L'agneau de plaine coûte deux fois moins cher au kilo selon les morceaux.
Riche en sels minéraux - la mer recouvre totalement les prés six à huit fois par an , le troupeau parcourt en moyenne six kilomètres par jour -,
Depuis le premier juillet 1991, le mouton de la baie de Somme bénéficie d'une appellation contrôlée " estran mouton de pré-salé ", gage de qualité pour le consommateur. Déposée par les éleveurs, l'appellation " ESTRAN " répond à un cahier des charges très précis et certifie d'abord le lieu d'élevage des ovins.
Ne sont considérés comme agneaux de prés-salés que les animaux nés, élevés et engraissés sur les communes de Lanchères, Cayeux, Pendé, Saint-Valéry, Boismont, Noyelles -sur-Mer, Ponthoile, Favières, Le Crotoy et Saint Quentin en Tourmont. L'agnelage a lieu en bergerie du mois de décembre au mois de mai. Pour bénéficier de l'appellation, l'agneau doit avoir passé au minimum cent jours dans la baie, au maximum trois cents. Passé onze mois, il ne peut plus en bénéficier.
Un seul abattoir, celui de Domart- en- Ponthieu, est agréé pour l'abattage de ces agneaux, ils y sont traités par lots constitués élevage par élevage. Une fois certifiée conforme aux normes, chaque carcasse est marquée de la date d'abattage, du numéro d'identification de l'animal, du nom de l'éleveur et enfin du logo de l'association.
Impossible de trouver de l'agneau de prés-salés chez n'importe quel boucher, c'est un chevillard de Friaucourt dans la Somme qui a l'exclusivité de sa commercialisation. Tout restaurateur ou boucher qui vendrait sous la marque " estran " de l'agneau d'une autre provenance s'exposerait à de lourdes amendes pour tromperie sur la marchandise. Réunis en association depuis 1991 les éleveurs s'engagent naturellement à respecter scrupuleusement ce cahier des charges.
Transhumance en baie de Somme
Au printemps, Roland Moitrelle, le berger de la baie de Somme, mène ses moutons vers les pacages d'été. Il y passe sept mois avec pour seule compagnie le vent, ses chiens -des borders collies -, son troupeau et, unique concession au progrès, son téléphone portable.
Chaque automne, il reprend sa houlette et ramène son troupeau sur son lieu d'hivernage. Ressuscitant la tradition de la transhumance, Roland Moitrelle et son troupeau traversent, ainsi, deux fois par an, le bourg du Crotoy. l'automne, il rentre au bercail pour l'agnelage. Les brebis mettent au monde leurs petits pour Noël.
En France, la transhumance dût attendre le Moyen âge pour devenir, enfin, une étape de la vie pastorale. A cette époque, ovins et bovins tondaient à ras les polders gagnés par la mer et les herbus engraissés par les dépôts de vase.
"Jusqu'à la seconde guerre mondiale, tous les habitants de la baie de Somme possédaient des moutons, explique Thierry Bizet, éleveur à Morlay (commune de Ponthoile). Le matin, ils étaient ramassés par le berger communal qui s'annonçait dans les fermes au son d'un corne ou d'un sifflet. Cette tradition disparut vers les années 50 pour réapparaître timidement vers 1960."
Mais c'est l'Estran, marque déposée en 1991 pour l'agneau de prés-salés qui a relancé l'activité pastorale." Calme et patient, Roland Moitrelle, ce berger du troisième millénaire travaille à l'ancienne, avec ses chiens. Dans le troupeau, quelques dizaines d'agneaux lui appartiennent, les autres lui sont confiés par des propriétaires des alentours.
Engraissés à l'herbe tendre et parfumée, ces petits moutons à têtes noires, de race suffolk avec un peu de sang Hampshire, pourront prétendre au titre des prés-salés de la baie de Somme."Inspirés par le modèle du Mont-Saint-Michel, nous espérons obtenir une appellation d'origine contrôlée"
Tout au long du chemin, la routine des villes et villages s'interrompt. Le passage du troupeau est un moment important. Dans les rues du Crotoy, le temps est suspendu, pendant le défilé des moutons…
Au rythme tranquille des ovins, il faut compter quatre à six heures de marche. Les brebis fragiles font la traversée en camionnette, les chiens rassemblent les bêtes égarées et les cavaliers chevauchant les petits chevaux de la Baie de Somme, règlent la circulation.
"Nous sommes une quinzaine de cavaliers, à aider, ainsi le troupeau dans son convoyage," commente Thierry Bizet." L'idée a été lancée il y a quatre ans par Camille Montis, un ami. Et depuis, ce qui était au départ une sortie entre copains, est devenu un véritable événement populaire"