(Nice matin 1987)
Il y a près de 60 ans, le loup disparaissait du territoire français, victime des acharnements de l’homme à vouloir l’éliminer. Traqué depuis des siècles, la mort du loup est précipitée par l’utilisation massive des armes à feu et du poison dès le XIX ème siècle, une disparition conjuguée à la déforestation et la disparition des proies sauvages. Mais en Italie, le loup n’a pas disparu ; il a survécu...
Ses populations, réduites à une centaine d’individus au début des années 1970, bénéficient, dès 1976, d’une protection totale. Alors, depuis les Abruzzes, le loup commence son irrésistible ascension vers le nord. Après avoir été recensé dans les Apennins Toscans en 1985, puis en Ligurie, il est aperçu dans la province de Cunéo en 1991, une province toute proche de la frontière franco-italienne. Il n’y a alors plus qu’un pas vers la France, un pas que le loup va franchir. Ainsi, en novembre 1992, lors d’un comptage d’ongulés, les agents du parc national du Mercantour, dans les Alpes-Maritimes, observent deux canidés sur une crête. La présence du loup est ensuite confirmée et, en avril 1993, la France entière apprend le retour de l’emblème du monde sauvage.
Un retour naturel donc, quoique contesté par les anti-loups qui ont vu, et voient encore, une manœuvre des écologistes à vouloir réintroduire l’animal en toute illégalité. Et certains opposants au loup, bien conscients de ce retour naturel, trouvent alors ici un moyen de contrer les accords européens quant à la protection du loup afin de demander l’élimination pure et simple de l’espèce des Alpes françaises. Mais si des lâchers illicites ont pu se produire, le loup est bien revenu naturellement. En effet, le loup n’a cure des frontières tracées par l’homme et il est dans sa nature de franchir les kilomètres en de courts espaces de temps. Ainsi, un loup italien a parcouru 85 kilomètres en ligne droite en une seule semaine.
Si le loup est revenu dans les Alpes françaises, ce n’est pas sans raison. Il a pu retrouver un habitat favorable, dont le fort exode rural suivi du retour des forêts et des proies sauvages, a permis la réhabilitation. Le loup devient alors le synonyme d’une nouvelle jeunesse des habitats naturels français.
Le loup infatigable poursuit ensuite sa course géographique, autant vers la Suisse que vers les autres départements alpins. En 2002, 8 départements sont ainsi concernés par le retour du loup : les Alpes-Maritimes, les Alpes de Haute Provence, les Hautes Alpes, la Drôme, l’Isère, la Savoie, la Haute Savoie et enfin le Var. Actuellement, les effectifs minimum de loups comptent moins de 30 animaux dans toutes les Alpes françaises, soit une tendance à la diminution depuis le suivi hivernal de 1999 / 2000. Dans tout l’arc alpin, soit en France, en Italie et en Suisse, on estime les populations de loup à une cinquantaine d’individus.
Le loup dans les Monges.
En 1994, le Réseau Loup, chargé de suivre la progression de la répartition géographique du loup, est appliqué aux Alpes de Haute Provence. Après avoir accueilli des loups probablement erratiques ou en cours de dispersion, le massif des Monges voit ensuite l’espèce installée de façon permanente depuis 1999. A l’instar de la totalité des populations françaises, les effectifs des loups des Monges ne semblent pas augmenter depuis et ont même une tendance à la diminution. En effet, lors du suivi hivernal 1999 / 2000, les pistes de deux loups étaient recensées tandis que le suivi 2000 / 2001 ne comptait plus qu’un animal. Néanmoins, comme aucun cadavre n’a été découvert, les traces d’un second animal ont pu échapper au comptage en raison de courtes périodes d’enneigement. Dans les Monges, les premiers constats d’attaques de loup sur le bétail sont établis en 1996. En 2001, 31 constats ont été établis : 22 attaques furent indemnisées, regroupant 85 victimes, soit moins qu’en 2000 (107 victimes dont 39 par dérochement) et en 1999 (142 victimes). Cette baisse est peut être en relation avec la diminution du nombre de loups dans le massif ou tout simplement, et on l’espère, avec l’efficacité des moyens de prévention mis en place.