Dans les zones défavorisées alpines, l’activité pastorale extensive est bien souvent la dernière activité de ces régions délaissées par un fort exode rural. Ce sont donc près de 860 000 moutons qui parcourent la totalité des Alpes, dont 67 % dans les Alpes du sud.
La grande majorité des troupeaux ovins sont destinés à la boucherie. Les quelques troupeaux de brebis laitières restent peu concernés par le problème loup étant donné qu’ils comportent largement moins d’animaux et que les bêtes sont traits tous les matins et tous les soirs, nécessitant un parcage de nuit et une présence humaine plus importante.
Lors de la période d’estive, de juin à octobre en général, les troupeaux sont regroupés dans la plupart des cas et sont ensuite gardés par un berger salarié ou par les éleveurs qui se relaient tout en sachant qu’un troupeau doit compter un minimum de 1000 têtes afin d’être rentable. L’estive s’effectue par quartier pour une meilleure gestion de l’herbe.
Gilbert D. a une quarantaine d’années. Issu d’un milieu rural, la possibilité de devenir éleveur s’impose très vite dans son esprit et, à 20 ans, il effectue sa première transhumance. Il se met ensuite à son compte vers 25 ans, avec 200 brebis. Mais, six ans plus tard, il doit s’associer avec un autre éleveur, Mr Garcin, afin de rentabiliser son activité. Gilbert s’occupe du gardiennage du troupeau tandis que son associé fournit le foin et le grain, indispensables pendant l’hiver, et les béliers. Gilbert est donc actuellement éleveur et berger d’un troupeau d’environ 1000 brebis à ST Geniez, près de Sisteron, dans les Alpes de Haute Provence. De mi-juin à mi-octobre, Gilbert conduit son troupeau à Theous, ferme située tout près de l’alpage, à environ 1100 mètres d’altitude.
C’est donc chez Gilbert D. que j’ai passé deux semaines d’estive afin de lui apporter une aide matérielle dans la surveillance permanente de son troupeau, dans le cadre du programme d’écovolontariat Pastoraloup. La semaine de stage Pastoraloup, du lundi 24 juin au 30 juin 2002, se déroulait également au sein de son activité. Cette semaine de stage, à laquelle participait la première vague d’écovolontaires, avait pour but de nous informer des notions essentielles à la bonne réalisation de notre première expérience au contact d’un éleveur et de son troupeau. Après avoir consacré une pleine journée au retour, à la répartition et aux mœurs du loup, nous sommes entrés dans le vif du sujet : isolation d’une bergerie à l’aide d’huile de vidange, débroussaillage, nettoyage d’une seconde bergerie et enfin connaissance des brebis et des premiers principes du gardiennage. Le stage terminé, je suis restée chez Gilbert les deux semaines suivantes, soit du 30 juin au 14 juillet 2002. Au bout d’une semaine, le troupeau, d’environ 820 brebis, a vu ses effectifs grossir de 102 autres compagnes, dont les agneaux avaient été vendus. La grande majorité du troupeau est composé de brebis de race Préalpes, de quelques Rouges de Péone et de brebis croisées (Sufolk, île de France, Mérinos et karakul). 200 de ces brebis appartiennent à Gilbert, les autres étant à son associé Garcin. Un cadet, mâle castré à l’âge de trois mois, chargé de conduire le troupeau, et une dizaine de chèvres font également partie du troupeau. Deux chiens de conduite, des bergers de Crau, mènent le troupeau. Toutefois, l’un deux étant assez âgé, c’est en général Thora qui a la charge de rassembler les brebis et de les diriger.
Pendant tout le mois de juillet, les brebis sont conduites sur Trainon, dont la crête se situe à 1600 mètres d’altitude. Elles sortent de leur parc de nuit vers 6 heures et sont ensuite conduites sur l’alpage où elles se nourriront de plantes et fleurs diverses. Vers 10 heures, c’est la chôme, une sieste pendant laquelle les brebis digèrent. Il y a 4 chômes sur Trainon, naturelles ou artificielles. Vers 17 ou 18 heures, les brebis repartent et amorcent leur descente pour rejoindre le parc de nuit à 22 heures. Au mois d’août, et jusqu’à mi-septembre, les brebis seront conduites sur l’alpage en face de Trainon (2 chômes). Puis, jusqu’à la fin de l’estive, elles retourneront sur Trainon. Pendant la mauvaise saison, les brebis seront sorties de 9 heures à 17 heures (nuit tombante) sauf en cas de neige. A partir de décembre, suite à la moins bonne qualité de l’herbe, leur alimentation sera complétée par le foin fauché en été par les soins de Mr G. Si une brebis boite ou souffre d’un abcès, elle sera attrapée le matin, avant la montée en alpage, et soignée. Si la brebis suit difficilement le troupeau, elle restera dans une petite bergerie, le temps qu’elle se rétablisse. Tous les 15 jours, l’ensemble du troupeau passe au « bain de pied » afin que la corne des sabots se durcisse. Le drogage a lieu quant à lui deux fois par an et a pour but le déparasitage des brebis. Dans le troupeau de Gilbert, trois agnelages (naissance des agneaux) ont lieu par an : août, décembre et février. Chaque brebis a une portée par an et, après une gestation de 5 mois, met bas en général un petit quoique deux jeunes ne soient pas rares. Les dix béliers seront donc mis à la lutte dans le troupeau trois fois par an pour une période de 34 jours chacune, tout en sachant que le cycle complet d’une brebis est de 17 jours. Les agnelages auront lieu à Sisteron, sous la surveillance de Mr G. Destinés à la boucherie, la quasi-totalité des agneaux seront vendus, certaines agnelles rejoignant par la suite le troupeau afin de permettre le renouvellement le troupeau. Les meilleurs prix de vente seront obtenus aux périodes de Noël et de Pâques.