Europe - Préservation des grands prédateurs : ours, loup et lynx.
Très menacés, les ours, loups et lynx européens ont pu être largement préservés, voire réintroduits dans certains pays, grâce à la Convention de Berne qui célèbre ce 1er décembre 2004 à Strasbourg son 25e anniversaire.
"Cette convention a établi la première liste d'espèces protégées pour toute l'Europe à une époque où très peu de pays avaient leur propre liste", explique Eladio Fernandez Galiano, chef de la division du patrimoine naturel et de la diversité biologique du Conseil de l'Europe.
25 ans après son adoption, la Convention de Berne a été ratifiée par la Communauté européenne et 44 pays, soit la plupart des 46 pays membres du Conseil, à l'exception notable de la Russie, auxquels sont venus s'ajouter quatre pays africains (Tunisie, Maroc, Sénégal et Burkina Faso).
En établissant des bases minima de conservation des espèces de faune et de flore menacées pour toute l'Europe, largement reprises dans la directive "Habitat" de l'Union européenne en 1992, la Convention de Berne a donné un coup de frein à la disparition progressive d'oiseaux ou de grands carnassiers, à la fois victimes des chasseurs et d'une destruction de leur habitat traditionnel.
Objet de peurs ancestrales, le loup, tout comme l'ours, avait pratiquement disparu il y a 25 ans de plusieurs pays d'Europe occidentale comme la France, la Suisse, l'Allemagne ou la Norvège. Les politiques de protection ont "permis de faire à nouveau accepter ces espèces, notamment en France, même si des problèmes de cohabitation avec l'Homme subsistent", relève M. Fernandez Galiano.
Alors que 2.000 à 2.500 loups vivent aujourd'hui, sans trop de problèmes, en Espagne où l'espèce n'a jamais disparu, et que 500 subsistent en Italie, les autorités françaises ont décidé l'abattage, dès cette année, de quatre des 55 à 60 loups répertoriés en France où les meutes commencent à peine à se reconstituer, grâce à des apports italiens.
Sur les 8.000 à 10.000 ours bruns recensés aujourd'hui en Europe (hors Russie), la plupart vivent en Roumanie où on en chasse environ 600 par an, tandis que l'Italie et l'Espagne s'efforcent, tant bien que mal, de maintenir leurs populations à une centaine de têtes.
Dans les Pyrénées françaises où les ours ont été réintroduits à partir de Croatie et de Slovénie, ils ne sont guère plus d'une dizaine aujourd'hui, confrontés à de fortes pressions touristiques dans leur zones traditionnelles d'habitat. "L'ours a en effet besoin d'espace et de calme, ce qui est souvent loin d'être le cas à côté d'une station de ski", note M. Fernandez Galiano.
La dernière ourse de souche pyrénéenne en France a été abattue début novembre par un chasseur, causant la consternation des militants pour la survie des plantigrades.
Un peu moins menacés que les loups et les ours, les lynx, à l'exception du lynx ibérique, dont il ne reste plus que 130 exemplaires, ont eux aussi recolonisé ces dernières années plusieurs pays, notamment la Suisse et la France, à partir de l'Europe centrale, et surtout des Carpathes où ils subsistent en grand nombre.
La Convention de Berne a également permis de suaver des espèces moins emblématiques, mais tout aussi importantes pour la biodiversité, comme l'outarde barbue, un oiseau échassier autrefois très prisé des chasseurs, une variété rare de rouge-gorge ou encore une orchidée poussant dans les Alpes.
Le nombre de zones protégées en Europe a été multiplié par 20 ou 30 au cours des 25 dernières années. "La nature a grandi en importance publique, elle est devenue un atout touristique" reconnait M. Fernandez Galiano pour qui la prochaine étape devrait être de "protéger la nature hors des zones protégées", grâce une meilleure intégration de la protection de l'environnement dans les politiques agricoles, routières ou industrielles.
STRASBOURG, 29 nov (AFP)
Le texte complet de la Convention de Berne avec ses annexes