Le 22 septembre 2004, une femelle lynx et son petit ont été découverts agonisant à proximité du chamois qu’ils avaient tué. Leur proie avait été «chargée» au cyanure. Alors que chasseurs et agriculteurs ne comprennent pas ce geste, le canton porte plainte contre X.
Jeune femelle épargnée Le canton a donc déposé plainte pénale contre ce mystérieux tueur de lynx dont personne ne connaît l’identité. "Nous ne comprenons pas cet acte, poursuit le conservateur. Notre service n’a enregistré aucune plainte depuis des années dans cette région, notamment de la part des agriculteurs. Nous n’avons pas connaissances de dégâts, ce qui soulève de nombreuses interrogations demeurant pour l’heure sans réponses." Début novembre, une jeune femelle lynx de 5 mois avait déjà été retrouvée entre la vie et la mort dans un jardin de Montricher, près des poules et des lapins d’une exploitation ! L’animal n’avait pas survécu. "Avec le recul, nous imaginons qu’elle faisait partie de la même famille, et qu’elle a échappé au poison, relève Sébastien Sachot. Les analyses génétiques ne sont pas encore en notre possession, mais nous serons rapidement fixés." Emprisonnement possible Dans le canton, on estime le nombre de lynx à quelques dizaines seulement. Et la macabre découverte incitera forcément les regards à se tourner vers les chasseurs, lesquels s’y attendent déjà. "Pour ces animaux, le chamois est une proie naturelle comme elle l’est des chasseurs, mais nous nous gardons bien d’avancer des hypothèses. Il appartient à la justice de déterminer les circonstances de cette attaque envers une espèce protégée." Un acte qui n’est pas à prendre à la légère, puisque la loi prévoit des peines allant jusqu’à l’emprisonnement, même s’il sera très difficile de mettre la main sur le coupable près de quatre mois après les faits. Incrédulité à Montricher Pascal Buffet, Un agriculteur du village estime impossible que l’un de ses collègues soit mêlé à cette affaire. Il tombe des nues lorsqu’on lui apprend la nouvelle. "J’ignorais cette découverte, s’étonne l’ancien député. Je n’ai jamais entendu un collègue se plaindre de cet animal, lequel n’est pas très dangereux pour nous qui n’avons pratiquement que des bovins. Il y a, en effet, très peu de moutons ou de lapins et je n’ai pas le souvenir d’une attaque récente. Il me paraît donc impossible qu’un agriculteur du village soit mêlé à cet empoisonnement." Les lynx retrouvés dans cette forêt de 1000 hectares ne sont pas les premiers à connaître pareil sort sur sol vaudois. En février 2000, une femelle et ses deux petits avaient déjà été retrouvés empoisonnés dans les environs de Rougemont, mais l’enquête s’était conclue sur un non-lieu, le coupable n’ayant pas pu être identifié. Réactions des chasseurs Président de la Diana, section de Cossonay, Henri Moor parle d’une atteinte grave qui va à l’encontre de l’esprit de sa corporation. «Nous condamnons cet acte de vandalisme!, Vous allez encore écrire les pires choses sur nous..." Contactés hier, les chasseurs de la région se doutaient bien que la corporation allait se retrouver en première ligne ce matin. "Ça peut être un chasseur, mais aussi un paysan ou un forestier, estime Henri Moor. C’est surtout un acte de vandalisme que nous condamnons et qui est contraire aux pratiques de la chasse. Je trouve cela très grave, d’autant que sur les crêtes du Jura, le lynx existe, mais ne pose aucun problème." Selon Henri Moor, l’animal se nourrit à 70% de chevreuils et de chamois, ce qui n’empêche pas une bonne cohabitation entre ce prédateur et les amateurs de chasse. "On sait que le lynx est présent dans des limites raisonnables, et que son espèce est protégée. Sans préjuger de l’affaire, je vais faire passer le message dans nos rangs pour rappeler certaines règles. Car l’empoisonnement est le premier signe d’un cercle vicieux dans lequel il ne faut surtout pas entrer. En France, ceux qui se sont attaqués aux taupes ont fini par tuer les sangliers qui se nourrissaient de taupes. Dans le canton, nous faisons énormément d’efforts en collaboration avec le Service de la faune et je ne peux imaginer qu’un chasseur responsable ait pu commettre une telle bêtise." Droits : Cédric Jotterand, photo DR
Mais qui peut avoir une dent aussi aiguisée pour en vouloir pareillement aux lynx établis au pied du Jura? Si des problèmes existent dans les Préalpes et en Valais, l’animal est parfaitement toléré dans la région, et tous les spécialistes, chasseurs compris, demeurent perplexes à l’annonce de la découverte du Service de la faune. Le 22 septembre dernier, une femelle et son petit ont en effet été retrouvés agonisant dans les bois de Montricher, vers la combe de la Verrière, victime du cyanure. "Ils sont sans doute revenus vers un chamois qu’ils avaient tué pour se nourrir à nouveau, explique Sébastien Sachot, conservateur de la faune. Quelqu’un a passé près de cette proie avant eux pour la "charger" de poison. Vu leur état, nous avons dû procéder à leur euthanasie et il nous a paru important d’attendre le résultat des analyses avant de rendre cette affaire publique, puisque ces prélèvements permettent désormais de conclure à un empoisonnement délibéré."