Réintroduction d'ours dans les Pyrénées : Réactions en sens divers

L'annonce le jeudi 13 janvier 2004 de la réintroduction de cinq ours en 2005 dans les Pyrénées et le souhait du ministre de l'Ecologie Serge Lepeltier d'un doublement de leur population d'ici trois ans a suscité des réactions divergentes des amis de l'ours , des députés locaux et des représentants des éleveurs.

Le député UDF Jean Lassalle
Le député UDF des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle a mis en garde jeudi le président de la République Jacques Chirac contre une réintroduction "massive" d'ours dans les Pyrénées. Dans une lettre envoyée, le député écrit : "Des rumeurs de plus en plus insistantes me parviennent selon lesquelles vous vous apprêteriez à annoncer l'introduction de dix ours dans les Pyrénées. Les Pyrénées ne peuvent supporter une arrivée aussi massive d'ours", estime le député UDF qui avait préconisé la réintroduction de deux femelles dans le Haut-Béarn (Pyrénées-Atlantiques) où ne subsistent plus que quatre ours mâles, dont l'ourson orphelin de Cannelle. "Vous avez entendu les pleurs de l'ourson de Cannelle, entendez la complainte des derniers hommes de la montagne", écrit encore le député, prenant le parti des éleveurs locaux réticents à la réintroduction de nouveaux plantigrades. "Je vous en supplie, Monsieur le Président, n'annoncez pas ce plan funeste" écrit encore le député, maire de la commune de montagne Lourdios-Ichère.

L’Association Pays de L’ours-ADET
L’association «Pays de l'Ours - Adet» d'Arbas (Haute-Garonne), maître d'oeuvre des premières réintroductions d'ours réalisées en 1996 et 1997, « se félicite de la décision historique prise  par le ministre. Elle y voit la confirmation de sa démarche globale visant à concilier tous les enjeux du territoire: faire progresser conjointement l'économie, l'environnement et les dimensions socio-culturelles dans une vraie démarche de développement durable. »
L'association fait valoir que 80.000 personnes ont signé une pétition lancée dernièrement par la coordination associative pyrénéenne pour l'ours «CAP Ours»; elle assure qu'elle poursuivra son partenariat avec l'Etat et attend désormais avec impatience les prochains lâchers d'ours qui auront lieu sur son territoire.

Noël Fourtine, maire en Hautes-Pyrénées
En revanche, Noël Fourtine, vice-président du parc National des Pyrénées, et maire d'Esterre (Hautes-Pyrénées), a indiqué qu'il comptait réagir violemment au projet de réintroduction d'ours. Interrogé dès jeudi matin, avant même l'annonce officielle par le ministre, M. Fourtine a estimé que le pastoralisme est appelé à disparaître (...) si les ours se reproduisent comme on le dit. M. Fourtine a indiqué qu'il s'opposerait à une réintroduction en tant qu'éleveur et responsable de la chambre d'agriculture. Il faudra compter avec nous parce qu'on se battra jusqu'au bout, a-t-il ajouté.

L’Association FERUS
FERUS(Ce qui est sauvage en latin) née de la fusion d’ARTUS (sauvegarde de l’ours brun ) et du Groupe Loup France estime que le projet de reprendre les réintroductions d’ours dans les Pyrénées va dans le bon sens. Après des années d’immobilisme, les pouvoirs publics se décident enfin à agir pour sauver une de nos espèces phares. Alors qu’on n’a jamais autant parlé de biodiversité sans faire grand chose pour stopper son érosion, voilà enfin du concret. FERUS rajoute que le programme de réintroduction d’une dizaine d’ours n’est pas un objectif en soi : Si des difficultés surviennent (braconnage, maladie, accident, stérilité), il faudra poursuivre l’opération jusqu’à obtention d’une population viable. Les experts de l’UICN estiment qu’une cinquantaine d’animaux représentent le minimum pour qu’une population d’ours survive durablement. Si les éleveurs se font garantir que tous les moyens qui permettent de limiter au maximum les attaques (aides bergers, chiens, clôtures) leur seront payés, et que les surcoûts dus à la présence de l’ours seront intégralement pris en charge, rien ne justifiera l’abandon du projet. Certains ont misé contre l’ours depuis longtemps et continueront de le faire mais ils n’ont pas d’argument sérieux à faire valoir. Leur vision d’une montagne morte, vidée de la nature qui dérange l’économie, n’est pas partagée par la majorité des montagnards.

La FDSEA
"C'est pire que ce à quoi on pouvait s'attendre", a déclaré Jean-Marc Prim, responsable de la FDSEA des Pyrénées-Atlantiques et éleveur dans la commune de montagne Lestelle-Bétharam. Cet ancien berger critique une "décision politique qui nie l'agriculture". "J'ai peur que les 10.000 exploitants de montagne soient quantités négligeables face à la pression médiatique", commente-t-il encore. Les éleveurs reprochent aux ours de faire des dégâts importants dans les troupeaux de moutons sur les pâturages d'altitude. M. Prim appelle le gouvernement à accompagner cette décision de mesures importantes pour la protection des troupeaux en estive avec de "gros moyens économiques".

L’Association FIEP
Le président de l'association de défense Fiep-Groupe ours Pyrénées, Gérard Caussimont, s'est déclaré pour sa part satisfait de la "politique de restauration de l'ours" dans les Pyrénées

Commentaires