Parole de berger : Joseph Paroix

Outre la vie quotidienne, Joseph Paroix et Anne Rolland, sa compagne, partagent la même passion pour les bêtes et la montagne. C'est pour elles qu'ils ont bâti ensemble, sur le plateau du Bénou, leur bergerie. C'est là, entre vallée d'Ossau et vallée d'Aspe, qu'ils passent l'hiver. L'été venu, ils rejoignent leur cayolar, à une heure de marche du magnifique lac de Bious-Artigues. Mais où qu'ils soient, hiver comme été, ils accueillent avec un plaisir simple et réservé, tous les visiteurs et leur clientèle avant tout locale.

Joseph_paroix "Tout l'intérêt et la richesse de la Civilisation Pyrénéenne construite autour de l'élevage est dans l'adaptation à un milieu difficile, qu'il a modifié peu à peu. Les paysages Pyrénéens, aujourd'hui sont le fruit de ce combat difficile pour la vie des hommes sur leur montagne où, au fil des générations, ils ont développé des savoirs faire et une culture spécifique dans un équilibre toujours précaire.
De ce combat pour la vie entre la terre et les étoiles, ils ont crée une économie et une culture d'hommes libres vivant de leur production.

Je ne sais si aujourd'hui, il faut parler au présent de cette culture tant de fils sont rompus, tant de femmes sont en ruines ! Les critères de rentabilité, l'agrandissement inéluctable, la " modernisation " de l'agriculture de ces dernières années ont fait passer pour archaïques et désuets des modes de production et des petites exploitations qui pourtant ne l'étaient pas parce que basées sur les valeurs de vrai vie.

En témoignage, aujourd'hui, le retour vers des produits liés à un terroir et aux gages de qualité qu'il donne. En témoignent aussi les impératifs d'entretien d'un paysage et d'un pays qui ne peut se faire sans les paysans. En témoignent et surtout, tous les paysans qui ont survécu et continuent à revendiquer leur droit à un avenir.

Pour moi, l'ours est une dimension de la montagne à lui tout seul et sa réintroduction là où il avait disparu est un tel bouleversement comparable à un tremblement de terre qui peut démolir l'édifice déjà fissuré de l'agriculture de montagne. On ne peut imposer à une communauté de montagne d'assumer la sauvegarde d'espèces réintroduites sans qu'elle ne soit assurée de son avenir possible et sûr !

On ne peut transformer un pays en musée en demandant à ses habitants d'en être les gardiens et les jardiniers.

Le retour des ours amène une insécurité, un surplus de surveillance qui rendent encore plus difficile une existence déjà intense et rude et laisse les bergers désemparés et seuls, augmentant encore plus le décalage et l'incompréhension entre eux et la société.  L'espace montagnard est aujourd'hui devenu un espace multi fonctionnel donnant ainsi de nouvelles dimensions et de nouvelles légitimités aux éleveurs de montagne et aux bergers. Pourtant cette légitimité et cette reconnaissance sont toujours à reconquérir.

La cohabitation avec l'ours ne peut se faire sans une réflexion sur le pastoralisme, son avenir, sa survie indispensable et son développement pour permettre l'amélioration des conditions de vie, de travail et l'installation de nouveaux jeunes. La cohabitation avec l'ours ne peut se faire que dans une montagne " vivante " et dans la concertation. La concertation avec tous les acteurs de la vie et de l'économie Pyrénéenne afin de construire de nouveaux ponts ", inventer de nouvelles solidarités et ensemble essayer de tracer un avenir possible.
Tracer un chemin où tout le monde gardera la liberté d'inventer un avenir pour ses enfants dans un pays vivant.

Joseph PAROIX
Berger sur le plateau du Bénou, au dessus de Bilhères en Ossau, 64 - Juin 2001
Plateau de Bious-Artigues
Cabane de Cap de Pount
64440 BIOUS-ARTIGUES

Lire aussi : Le berger dans les nuages
Voir aussi : La tonte des brebis
© Photo Jean-Paul Falguières

Commentaires