Les gendarmes de l'Isère ont mis fin à l'activité de cristalliers isérois qui extrayaient illégalement, depuis une vingtaine d'années, des cristaux de roche dans d'anciennes mines et ils ont saisi plusieurs tonnes de quartz, a indiqué vendredi le parquet.
Neuf personnes ont été interpellées mercredi. Six d'entre elles, notamment des acheteurs de minéraux, ont été remises en liberté jeudi.
Trois cristalliers, qui creusaient la montagne à l'explosif, ont été présentés au juge vendredi et mis en examen pour "infractions au code minier, infraction au code de l'environnement, travail dissimulé et non déclaré et infraction à la législation sur les explosifs", puis remis en liberté. Ils encourent des peines allant jusqu'à cinq ans de prison et des amendes.
Lors d'une conférence de presse, les gendarmes ont montré des photos des sites pillés, dans les montagnes de l'Oisans et du Vercors. "Le volume de minéraux saisis est si important chez certains collectionneurs que nous avons renoncé à transporter les caisses à la gendarmerie et que nous avons tout regroupé dans une pièce de la maison en posant des scellés sur la porte", a expliqué le capitaine Vincent Corbel, qui dirige la compagnie de La Mure (Isère).
Des explosifs faits maison, 200 détonateurs, 15 bâtons de dynamite, des tonnes de quartz d'une valeur allant de 100.000 à 200.000 euros, des marteaux-piqueurs ont été saisis. "Ce n'est pas du grand banditisme", a précisé le parquet, "mais il est illégal de ramasser des minéraux dans un terrain qui appartient à l'Etat, l'utilisation et la détention d'explosifs obéissent à des règles strictes et l'extraction de ces roches alimentait l'économie souterraine".
"Ces gens, jamais condamnés, appartiennent à un petit monde de passionnés, un peu comme les collectionneurs de tableaux. Il y avait parmi eux deux titulaires de diplômes en géologie. Chez certains, il y a des cristaux dans toutes les pièces. Ils extraient, vendent, achètent entre passionnés des quartz dont le prix peut monter jusqu'à 15.000 où 20.000 euros", explique l'adjudant Patrice Thierry, porte-parole de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, une unité spécialisée créée en juin 2004.
Les cristalliers travaillaient dans une vingtaine de sites du Vercors et de l'Oisans, notamment dans l'ancienne mine d'or de la Gardette, au dessus de Bourg d'Oisans, fermée en 1969, d'où ont été extraits les cristaux ornant les lustres de la galerie des glaces du château de Versailles. "Dans un site du Vercors, ils avaient installé des rails et des wagonnets pour extraire les minéraux", a expliqué le capitaine Corbel.
La justice a traité peu d'affaires de cristalliers au cours des vingt dernières années dans les Alpes. En 1993, la Cour de cassation a confirmé une peine de 2.000 francs d'amende pour "dégradation de site classé" infligée à chaque membre d'un groupe de cristalliers, qui avait extrait une tonne de cristaux dans le massif du Mont-Blanc. En 1994, deux cristalliers qui avaient stocké 180 kilos de dynamite sur leur balcon, dans un quartier HLM de Grenoble, avaient été condamnés à un an de prison avec sursis et à des amendes. Les artificiers avaient dû évacuer le quartier pour enlever l'explosif.
(Source AFP)













