Un colloque sur les grands prédateurs à Orléans. A première vue, cela a pu surprendre. Pourtant, comme disait un professeur de philosophie : « l’estomac n’est pas le mieux placé pour parler de la digestion ! ».
Les questions du partage du territoire avec l’ours et le loup, ainsi que leur conservation sont de formidables cas d’école. Comme le rappelle Laurent Mermet, ces espèces et la problématique qu’elles posent sont symptomatiques des difficultés qui se retrouvent dans la plupart des dossiers environnement / agriculture. Pour aller plus loin, nous pouvons ajouter que d’autres acteurs sont concernés : chasseurs, forestiers, accompagnateurs en montagne, naturalistes etc. Le retour des grands prédateurs est révélateur de tout une série d’enjeux non seulement écologiques mais également socio-économiques, culturels politiques et territoriaux concernant des zones rurales plus ou moins marginales. Ces territoires connaissent alors une demande d’environnement qui parcoure toute la société, mais celle-ci n’est pas sans rencontrer des résistances. Elles prennent bien souvent des formes plus complexes que la caricaturale opposition entre des ruraux a priori hostiles à la conservation de la nature et des citadins écologistes rêvant d’une nature sans homme, soutenu par un Etat central. Ce poncif qui a la vie dure doit être sérieusement nuancé. En effet, des personnes en zone rurale concernée par le loup ou l’ours sont favorables à la conservation des grands prédateurs et / ou à un vrai débat qui pose sereinement les questions environnementales soulevées par ces espèces. De même l’opposition à l’ours et au loup se retrouvent à différentes échelles du territoire à travers des groupes et des acteurs qui n’ont pas l’exclusivité du localisme .
L’exposition du Muséum sur le loup, le partenariat entre Nature Centre et Férus Centre ont ainsi donné l’occasion d’amorcer et de faire partager un débat résultant d’expériences de recherche (la mienne notamment) portant sur l’ours et le loup en France. Celles-ci ont donné l’occasion de rencontres riches avec des acteurs de terrain, des institutionnels, des professionnels de l’élevage, du tourisme…à travers les Pyrénées et les Alpes. Elle a aussi permis de tisser des liens avec de jeunes chercheurs de divers disciplines qui travaillaient, soit en sciences naturelles, soit en sciences humaines sur ces questions.
La plupart de ces personnes, dont la parole est peu relayée, ont accepté de participer à ce colloque, quitte à faire de grands déplacements, alors que les moyens ont cruellement fait défaut. L’ENGREF, l’IRD d’Orléans, Férus, Nature Centre, l’Association des Géographes de l’Université d’Orléans, l’ATEN, le Muséum et la ville d’Orléans ont répondu présents principalement par un soutien institutionnel et logistique. Les deux principaux organisateurs (Jacques Baillon et moi-même) n’ont également pas été avares de leur temps. Certains partenaires nous ont en revanche « lâché » en cours de route. En effet, l’Environnement et la Recherche ne sont pas actuellement dans des contextes que l’on peut juger favorables, bien au contraire et ce, malgré les discours.
L’expression « développement durable », un peu passe-partout certes, était pourtant dans l’intitulé du colloque. Cette expression risque de plus en plus d’être dévoyée. Cependant, il suffit de s’entendre sur une définition relativement simple : un développement des activités humaines viables économiquement et socialement, et qui intègre un fort souci de conservation de l’environnement. Cela semble être une question de contenu et d’évaluation des résultats environnementaux. Il nous a donc semblé, outre un souci de conservation, qu’une réflexion sur la place des grands prédateurs aux côtés des activités humaines entrait parfaitement dans ce cadre. Plusieurs communications le montrent.
Nous avons essayé de ne pas trop entrer dans des réflexions excessivement théoriques afin que les communications soient les plus accessibles possibles. Des éléments de cadrage ont pu néanmoins être apportés ici ou là. Pour un géographe, qui par définition est censé se trouver à la croisée de sciences humaines et naturelles, il a été particulièrement riche de réunir de nombreux propos pluri-disciplinaires et de donner la parole à des acteurs de terrain qui réfléchissent à l’avenir de leur territoire ainsi qu’à la place à accorder à la nature en général et aux grands prédateurs en particulier. Cela donne un tableau parfois rococo, souvent riche, qui, espérons le, contribuera à poursuivre une réflexion constructive sur la cohabitation avec ces espèces.
La cohabitation Hommes / Grands prédateurs en France (Ours et Loup)
Présentation des actes du colloque du 21 et 22 mars 2004 au Museum d'Orléans.
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