À cause des polluants chimiques, des ours polaires femelles sont maintenant dotées de simulacres d'organes sexuels d’ours polaires mâles. Le problème, inconnu il y a dix ans, s'ajoute aux autres problèmes : faim, chasse et réchauffement climatique.
Une proportion alarmante d'ours polaires est hermaphrodite. Cette déformation, qui dote l’ours polaire d'un appareil génital similaire à celui du sexe opposé (en plus de celui du sien) frapperait environ 1,2% des 3 000 ours polaires de l'archipel arctique du Svalbard, soit environ 36 ours. Un chiffre qui étonne, car ce problème est habituellement très rare. Les chercheurs croient que des polluants chimiques, les biphényles polychlorés (BPC) sont responsables du problème.
La population locale d'ours polaire est bien connue. Elle a fait l'objet d'une chasse sportive de 1950 à 1972, puis de nombreuses études scientifiques par la suite. Il y a dix ans à peine, l'hermaphrodisme était encore inconnu dans cette population. De plus en plus de femelles présentent une excroissance en forme de pénis, un fait curieux en soit : d'habitude, l'hermaphrodisme frappe surtout les ours polaires mâles, qu'elle dote de simulacres d'appareils génitaux féminins. Le problème n'étant pas d'origine génétique, on lui cherche des causes environnementales.
La population humaine de l'archipel, environ 3 000 habitants aussi, ne pollue que très peu. Les BPC viennent donc forcément d'ailleurs, probablement d'Europe, d'où soufflent les vents dominants. La fabrication des ces produits chimiques, autrefois utilisés dans l'équipement électrique, est interdite depuis des années. Mais de grandes quantités s'en sont échappées dans l'environnement, où la substance ne se dégrade que très lentement. Les BPC affecteraient le système endocrinien des ours polaires, ce qui provoquerait en retour leur hermaphrodisme.
La pollution n'est pas la seule menace qui plane sur les ours polaires du Svalbard. Le climat plus chaud réduit la quantité de glace autour de l'archipel norvégien, ce qui limite leur possibilité de chasse au phoque. Résultat : les ours polaires affamés s'attaquent de plus en plus souvent à l'homme. Il y a eu cinq morts depuis 1973. À Ny-Alesund, le village le plus nordique au monde (60 habitants) les ours polaires sont si agressifs que personne ne sort plus de chez soi sans de puissantes armes de chasse. Et les portes des maisons ne sont jamais verrouillées, afin de pouvoir servir de refuge en tout temps. Des précautions qui ne suffisent pas toujours : en juillet dernier, des ours polaires entrés de force dans une maison ont dû être abattus.