Quatre loups en moins cet hiver
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Deux loups ont été tués en octobre dans la cadre du plan loup 2004-2008, une louve à Bouvante dans la Drôme, un loup dans le massif du Taillefer.
Deux autres loups au moins sont morts cet hiver: une jeune louve, renversée par une voiture en Savoie et un autre loup tué par balle (braconnage ?) et retrouvé le long d'une voie de chemin de fer dans les alpes maritimes (sans compter les 7 qui se sont échappés d'un "parc" dont 3 ont été tirés par les gendarmes, mais qui "ne comptent pas" puisque non sauvages).
10% de la population lupine française estimée entre 37 et 41 individus est donc morte cet hiver. J'en profite pour ressortir la réaction au plan loup de
Coralie Hancok que j'avais trouvé sur un ring et gardée sous le coude (normal pour une buvette). Elle date du deuxième tir de loup.
Réaction au plan loup 2004-2008
La mesure ministérielle ne contente pourtant ni les écologistes, qui crient au scandale et se mobilisent, ni les éleveurs qui demandent une éradication totale.
Bergers et loups sont-ils vraiment incapables de coexister ?
Depuis son retour en France, le loup a été rendu responsable de la mort de plus de 7 000 brebis. Le loup tuerait donc environ 1000 moutons par an, soit 0,01 % du cheptel national, alors que dans le même temps, les chiens errants seraient responsables de la mort de 100 000 à 200 000 brebis. Sans que personne ne demande leur abattage systématique. Sans doute parce qu'il est plus rentable de dire que c'est la faute des loups plutôt que celle des chiens. Tandis que les brebis attaquées par les loups sont remboursées, celles qui le sont par les chiens ne le sont pas. Et comme il est difficile de savoir si c'est un loup ou un chien qui a attaqué la brebis (la plupart des attaques étant seulement classées « grands canidés »), le loup devient vite, sans mauvais jeu de mot, le bouc émissaire.
Deux poids, deux mesures ?
C'est que quand on parle du loup, les esprits s'enflamment très vite. « Bête cruelle » des Fables de La Fontaine, assimilé au Diable détournant les brebis du droit chemin, assassin du Petit Chaperon rouge, serial killer dans le Gévaudan, le loup hante l'imaginaire populaire.
Il est néanmoins vrai que la vie des bergers ne s'est pas améliorée depuis le retour du loup. Pourtant, les associations de protection de la nature affirment que les bergers espagnols et italiens cohabitent sans problème avec respectivement 2000 et 700 loups. Alors ? Les bergers français seraient-ils moins malins que leurs confrères ?
Le problème semble plus complexe. En effet, tandis que les bergers italiens et espagnols ont fait le choix de la filière lait, les bergers français ont misé sur la viande. Les premiers possèdent des troupeaux plus petits, et donc plus faciles à garder, qu'ils rentrent tous les soirs pour traire les brebis. Quant aux seconds, leurs troupeaux restent une bonne partie de l'année dans les alpages et surtout dorment dehors, ce qui facilite l'attaque par les loups. D'où un nombre moindre d'attaques de loups chez nos voisins malgré des effectifs plus importants.
Par ailleurs, les loups n'ayant jamais disparu d'Espagne et d'Italie, le pastoralisme italien et espagnol a dû s'adapter à la contrainte loup. Alors que les bergers français étaient bien tranquilles jusqu'à l'arrivée de la bête. Cependant, considérer les bergers espagnols et italiens comme des amis des loups est un peu exagéré. Ainsi, les éleveurs italiens exigent régulièrement l'abattage ciblé de loups, prévu par la législation italienne.
En Espagne, dans la cordillère cantabrique, le loup est classé « protégé » au sud du fleuve Duero et « chassable » au nord. De quoi provoquer un flou administratif induisant des pratiques tout aussi équivoques.
Le braconnage constaté en France aurait ainsi également lieu en Espagne et en Italie, où le WWF estime que, chaque année, 10 à 15 % de la population totale de loups seraient illégalement abattus ou empoisonnés. Bartolomeo Bovetti, directeur de l'association provinciale des éleveurs de Cuneo, dans le nord de l'Italie, affirme même que « si le phénomène -les loups tuant les brebis- devait atteindre les mêmes proportions qu'en France, nous exigerions d'autres méthodes que la prévention et l'indemnisation comme les captures ». Qu'on se le tienne pour dit, les loups ne sont pas les bienvenus sur le territoire des éleveurs de moutons.
Faire cohabiter bergers et loups ?
Le loup n'est pas une espèce menacée ; l'élevage, lui, l'est. Voilà l'argument infaillible des éleveurs pour qui la cohabitation est impossible, la prévention inutile. Pourtant, le « rapport sur le loup en France en 2003 », rédigé par le WWF, le groupe « Loups France » et la SPA, indique que 90 % des attaques surviennent sur des troupeaux laissés sans aucune présence humaine ou canine.
Depuis longtemps, les Patous sont présentés comme la solution. Ces gros chiens blancs sont en effet d'excellents protecteurs de troupeaux. Mais ils ne remplacent pas les traditionnels chiens de bergers, essentiels pour conduire les troupeaux. Les bergers devraient donc se munir d'une vraie meute de chiens, d'où un surcoût qu'ils ne peuvent et ne veulent pas assumer.
Accepter l'argent de l'Etat pour se prémunir contre le loup « serait entériner la présence du loup », reconnaît un représentant de l'association des bergers des Hautes-Alpes. Et puis finalement, se faire manger ses brebis par les loups, c'est bien plus commode que de s'encombrer de chiens énormes : grâce à l'indemnisation de l'Etat, une brebis dévorée par un loup rapporte deux fois plus au berger que s'il l'avait vendue à l'abattoir.



