Denis Vyns : Le déclin de l'ours pyrénéen, une responsabilité collective

Du dernier ours des Alpes au dernier ours de souche béarnaise

La buvette est un lieu de rencontre. Je m'efforce de permettre à chacun de s'exprimer. Certains avis vont à contre courant des tendances lourdes. Même si je ne suis pas d'accord avec l'entièreté de cet avis, il est intéressant à lire. Texte de Denis Vyns :

- "Afin de communiquer une information juste, ce que ne font ni les médias ni les associations protectrices des grands prédateurs, il s'agit ici de ne pas dissocier la mort accidentelle de l'ourse "Cannelle" à Urdos le premier novembre 2004, de l'ensemble du contexte responsable du déclin naturel des Ours dans les Pyrénées, précisément dans la vallée d'Aspe et d'Ossau.

Déclin de l'ours

Voici ci dessous, une information qui tente d'être aussi juste qu'impartiale.
Une information pédagogique destinée à tous, afin que chacun comprenne mieux que notre responsabilité est COLLECTIVE !

Ce qui a changé depuis 100 ans ?

Tout d'abord, il convient de rendre un hommage appuyé aux habitants des vallées d'Aspe et d'Ossau dans les Pyrénées. Ces Béarnais sont à féliciter d'avoir su cohabiter avec les ours si longtemps ! Cet état de fait ne doit appeler dans l'esprit de tous, qu'un profond respect. Aujourd'hui, dans cette "mécanique équilibrée" d'antan, plusieurs "polluants", maintenant imbriqués, se superposent.

Le développement économique des vallées

A  l'époque, vers 1910, 1950,  la seule petite route d'accès depuis Asasp, faisaient de Lourdios (et les autres) un village perdu. Une centaines d'ours vivaient ici, dans les forêts presque inaccessibles, et descendaient aux abords des villages prélever leur nourriture, dès que les bergers quittaient les pâturages, vers la mi-octobre. Il arrivait aussi que des chasseurs, tuent un ours ça et là, las de voir les troupeaux trop souvent attaqués. Cette cohabitation était naturelle et légitime.
Voici les faits à prendre en compte :

  • La population Française est passée de 37 millions en 1950 à 62 millions aujourd'hui, et presque 70 millions en été.
  • Dans l'ensemble des massifs montagneux français, les routes et pistes sillonnent les moindres parcelles de forêt. (20 fois plus qu'en 1960).
  • Le problème est le même sur l'ENSEMBLE de la planète : Pour citer Nicolas Hulot ; "Au XXème siècle, la population mondiale à triplé, les chiffres de l'économie mondiale ont été multipliés par vingt, la consommation de combustibles fossiles par trente, la production industrielle par cinquante, et les quatre cinquième de cette augmentation se sont produits après 1950". Et inéluctablement : "En 2025, l'humanité ne bénéficiera plus que du quart de la quantité d'eau disponible en 1950".

Dans les vallées des Pyrénées (Aspe et d'Ossau), le développement économique n'a pas été si rapide qu'ailleurs; c'est pourquoi, il y a encore des ours ! Néanmoins on constate :

Pour ne donner qu'un exemple précis, (Carte IGN TOP 25 N° 1546 OT) : En 1960, à Lourdios Ichère, la route s'arrêtait avant le col d'Ichère à l'est, et à "Badarié" au sud-ouest, Lourdios était ainsi un cul-de-sac et non un passage. Aujourd'hui, le beau territoire à ours qu'est la splendide forêt d'Issaux est "sillonné" par des routes qui permettent d'aller, en continuant aprés "Badarié", d'une part à la Pierre Saint-Martin à l'ouest (D441), et d'autre part à Osse-en-Aspe (D442), et Lees-Athas (D441) à l'est.  (Ces routes permettent de surcroît l'accés à de nouvelles pistes !)

Personne n'était venu perturber les lieux depuis les bûcherons de la marine royale du XVIIIème siècle, qui venaient ici prélever les arbres pour confectionner les mâts des grands voiliers de l'époque ! Nous avons le souvenir précis du silence ABSOLU qui régnait au coeur de la forêt d'Issaux en 1960. Jamais, nous n'avons pu retrouver un tel silence dans cette forêt ! Il était alors courant de voir l'ours descendre aux abords du village de Lourdios, au début de l'hiver.

Maintenant, les tronçonneuses et autres camions permettent à seulement 3 hommes de couper et de charger un hectare de bois par jour, et surtout pénètrent toujours plus profondément dans le territoire de l'ours grâce aux nouvelles routes et pistes.

Il ne reste plus maintenant à l'ours un territoire suffisamment grand et tranquille pour qu'il puisse survivre. Ceci l’oblige a être de plus en plus mobile. L’apport énergétique de sa nourriture est tout juste équivalent à la dépense effectuée pour la récupérer. Ce point d’équilibre entre la dépense et les bénéfices d’énergie, (le passif et l’actif de l’alimentation) à présidé à l’extinction ou à la prospérité de bien des animaux sauvages. Pour peu qu’il lui soit moins rentable de chercher à manger que de rester à se reposer, un animal finit par s’éteindre. Ce qui expliquerait en partie, la disparition progressive de notre « ursus arctos pyréneica ».

Voir la réduction progressive du domaine vital des ours
Fort de ce constat, Jacques Vyns, en 1980, avait prévu la disparition totale de l'Ours pour 2000. Il s'est seulement trompé de 4 ans car Papillon a eu une résistance exceptionnelle.

Voir la courbe prévisionnelle du déclin de l'ours dans les Pyrénées.
Il n'y a donc PAS DE SOLUTION autre que de limiter la prolifération des hommes sur la planète. Cette espèce unique d'homo sapiens-sapiens se répands de façon exponentielle, poussée par une économie de marché qui ne laisse plus la place suffisante aux animaux et à l'équilibre de la nature en général. Nicolas Hulot ne cesse d'alerter à ce sujet les politiques ! Lire en référence : "Le syndrome du Titanic" de Nicolas Hulot, aux éditions Calmann-lévy. Un livre essentiel, à lire d'urgence !

L'ours en liberté disparaîtra, C'EST UN FAIT, notre responsabilité est COLLECTIVE. Cette disparition s'inscrit comme tant d'autre, dans l'évolution infernale que nous imposons à notre planète. L'avenir sera encore plus noir, pour se terminer rapidement par notre disparition, car nous avons perdu le sens de la continuité de l'espèce, nous sommes devenus aveugles à ce qui nous entoure.
PERSONNE ne peut se permettre de critiquer quiconque.

Il est, pour l'instant, un constat triste mais réel, que nul ne peut ignorer : OURS en liberté n'est pas compatible avec DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE. Pour qu'une espèce soit viable à long terme, il faut qu'elle soit représentée par un grand nombre d'individus. Pour garantir la survie d'un grand nombre d'individus, il faut un espace en relation avec ce nombre. Pour restaurer cet espace : Sauf à bloquer totalement l'économie et le développement d'une partie de la région, et ainsi réintégrer les ours dans leur milieu d'antan, c'est à dire sans les routes et sans les pistes, aucune autre solution ne s'avèrera efficace pour conserver des ours en liberté. Il faudrait aussi au moins réintégrer 40 ours minimum, dans leur milieu d'antan restauré ! Ceci est impossible maintenant. Nous ne pensons pas être bien loin de la vérité en écrivant ceci !

Le plus grand prédateur de la planète, c'est l'espèce humaine, sa capacité de destruction et de pollution à été multiplié par 100 depuis 1900 alors que son cerveau ... a même pour beaucoup régressé, en ce sens que la majorité de ceux qui vivent dans les villes ont perdu l'écoute et le contact permanent avec la nature.

A ce titre il est capital de préciser, nos photos en atteste, que les populations de ces vallées perdues des Pyrénées sont restées authentiques et relativement hermétiques au développement économique. Ils consomment et polluent 20 fois moins qu'un citadin !  Beaucoup devraient prendre exemple. On est loin ici des appartements surchauffés et climatisés des villes, des poubelles remplies d'emballages plastiques, et on ne mange pas de fruits exotiques qui arrivent à Rungis en 747. On consomme ce que l'on produit, ce que l'on conditionne soi-même, on n'achète que le sucre et le café et on roulait trés peu en voiture, certains n'en ayant pas.

Mais l’évolution étant ce qu’elle est, avec la prolifération des routes, le désenclavement de toutes les exploitations, les voitures se multiplient, les tracteurs sont rentrés dans le paysage, les quads agricole découvrent les pistes… ...et les camions arrivent. On appelle ça le progrès. Et qui pourrait critiquer ce progrès qui a rendu la vie de l'homo sapiens-sapiens plus facile et plus sûre, en permettant ce développement qui continue sans cesse, même au détriment des autres espèces. C'est la simple loi de la nature qui s'applique ici, comme ailleurs.

Par contre, ...  il y a une catégorie d'homo sapiens-sapiens en voie de disparition que PERSONNE ne remplacera s'ils disparaissent : LES BERGERS !   ... et leurs cabanes !

Les lobbies de l'ours

Personne ne peut mieux décrire l'historique, que Jean Lassalle, enfant du pays, puis élu de la vallée. Personne ne peut mieux représenter les habitants de ces vallées. Vous irez donc lire son texte de 1996 : Des montagnes, des ours et des hommes. On constate aussi, dans la composition de ce lobby de l'ours que certains recherchent leur intérêt particulier pour conserver leur fond de commerce !

Les associations de protection des grands prédateurs

On serait en droit d'attendre des associations de protection des grands prédateurs en France, un rôle bénéfique en ce qui concerne la protection de ces nobles animaux, malheureusement, on constate qu'elles tiennent toutes des propos très virulents et non constructifs, qui attisent les polémiques et alimentent les médias. Aucune ne prend en compte le contexte général.

On lit sur certains de leurs sites des propos haineux et irréfléchis qui attestent incontestablement de la profonde méconnaissance globale du problème de l'ours, problème indissociable de l'évolution globale de la planète, largement décrit dans "Le syndrome du Titanic". Aucune ne prend en compte le contexte général car chacune ne pense en fait qu'à "alimenter son fond de commerce".

Bien que les idées défendues par ces associations soient louables, et c'est ceci qui rassemble, (il est incontestable que le grand public aimerait voir dans les Pyrénées, dans les Alpes ...dans les Vosges...) des ours en liberté,  mais il est totalement indécent de ne pas informer globalement et de manière objective les populations. Dans leurs manifestations pour l'ours, certaines associations de protection de l'ours ont fait défiler à Paris des enfants avec des pancartes de gentils nounours autour du cou : Il est mensonge de faire croire au public que l'ours est un gentil nounours. C'est un animal noble, qui valorise cette région, mais c'est un prédateur dangereux, qui a, de tout temps, fait parler de lui. Il est aussi indispensable de préciser:

  • Les sangliers se reproduisent 30 fois plus vite que les ours,
  • Les sangliers mangent exactement ce que mangent les ours,
  • Les chasseurs sont indispensables sur le même territoire pour éliminer les sangliers.

(Pour comprendre le coût et l'importance de ces dégâts de sangliers).

Les bergers et les brebis sont indispensables à l'entretien de la montagne, sur le même territoire aussi. Il est donc normal d'accepter que des brebis soit attaquées. Il est donc aussi normal d'accepter qu'arrive malencontreusement des rencontres ours-chasseurs qui finissent mal (pour l'un ou pour l'autre).

La cohabitation de tous est nécessaire, sinon, comme le dit à juste titre Jean Lassalle, c'est la disparition inéluctable de la vie dans la montagnes... La cohabitation ours-berger et chasseurs-ours à toujours été difficile et le restera toujours et de plus en plus, chacun se sentant légitimement chez lui, et surtout, les territoires restant devenant de plus en plus exigus.

Fort de ce qui a été dit au sujet du développement économique, il est inconcevable de s'obstiner à polémiquer. Si aujourd'hui, dans l'état actuel du développement du tourisme, des pistes et des routes, on lâchait quelques ours, il faut bien être conscient qu'il y aurait inévitablement des accidents avec des groupes d'enfants ou de touristes ... et on parlerait alors d'inconscience des pouvoirs publics !

Il est à ce titre judicieux aussi de rappeler, qu'il y a quelque 30 ans, des enfants d'une colonie de vacances avaient trouvé à Borce un gentil petit ourson dans la forêt. Si la mère ourse avait été vivante, il y aurait eu au moins dix petits cercueils d'enfants à Borce !

L'information parcellaire des médias

Le battage médiatique que journaux et télévisions provoquent, alimente et ravive toutes les polémiques, en donnant successivement la parole à ceux qui, volontairement ou par ignorance ne donnent aucune information globale et mettent de ce fait ceux qui les écoutent dans l'incapacité totale de se faire une idée juste du problème. Tous parlent sans savoir. Ceci est très nuisible à tous, surtout à l'ours et aux habitants de ces vallées. Le travail admirable de Jean Lassalle, qui à sans cesse oeuvré pour une cohabitation harmonieuse et naturelle des bergers au pays des ours, se trouve dangereusement compromis, en tout cas brouillé par les médias avides de "prime time" et de "première page". Chacun de ces médias écrivant ou racontant seulement un morceau de l'histoire... Car l'Ours, il faut en parler objectivement ou se taire !

Conclusion

Force est de constater qu'il est vain, et malhonnête, d'accuser les gens du pays, chasseurs ou bergers des Pyrénées, de la disparition des ours. Ceux des Alpes, des Vosges, seraient alors aussi à blâmer ... mais à l'époque, les médias étaient quasiment inexistants, les "excités" des associations n'étaient même pas nés, et les préoccupations étaient autres ! Il fallait simplement survivre.

Nos chasseurs d'Urdos, ce premier novembre 2004, auraient évidemment mieux fait de jouer au cartes au bistrot. Ceci étant dit, les choses étant ce qu'elles sont maintenant, il est inutile de se taper la tête contre le mur des lamentations. Il est impératif maintenant que chacun prenne ses responsabilités ; Les associations qui réclament de nouveaux ours devront prendre leur part de responsabilité financière et civile, en regard des dégâts et accidents générés par ces ours venus d'ailleurs. Il n'est pas permis maintenant, de se défiler après avoir tant enflammé le coeur des foules.

D'autre part : Faut-il rappeler que la France est encore un état de droit ! Aucune faute en regard de la législation ayant été commise par les chasseurs, l'état de légitime défense étant prouvé (enquête de gendarmerie et autopsie de l'ours), une quelconque condamnation signifierait qu'en vallée d'Aspe, la vie d'un homme vaut moins que le vie d'un ours !

Pour terminer, il ne faut  pas oublier de se souvenir ni occulter que dans les Alpes, dans les Vosges, ... il y a longtemps que les ours ont été éliminés et que les hommes ont conquis leurs territoires, pour de simples raisons économiques. Dans les Alpes, le dernier ours a été tué dans le Vercors en 1937. Que l'on soit pour, que l'on soit contre, c'est un fait. Allons nous revenir sur ceci et réintroduire des ours dans les Alpes?, dans les Vosges?. Y survivraient-ils MAINTENANT, au milieu des stations de ski qui font aujourd'hui la richesse de ces régions ! Tout le monde sait que non !

De 1937 (dernier ours des Alpes) à 2004, (dernier ours de souche béarnaise) il s'est passé 67 ans. Les Béarnais sont à féliciter d'avoir su cohabiter avec les ours 67 ans de plus que dans les Alpes ! C'est au prix d'un retard économique de 67 ans, qu'ils ont conservé leurs ours. Les photos, éclatante d'authenticité, dans notre rubrique "Béarn", corroborent nos affirmations. Cet état de fait ne doit appeler dans l'esprit de tous, qu'un profond respect à leur égard. A ce titre, c'est avec humilité, que nous nous ressourçons auprés d'eux.

Sources

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