L'argumentaire des uns et des autres (1ère partie)
Voici des morçeaux choisis d'un article paru dans le Dauphiné libéré. J'ai remplacé les noms par les fonctions, j'ai un peu brodé, à peine forcé le trait. Attention, la caricature n'est pas loin..
Pour détendre l'atmosphère : peut-on vivre avec le prédateur dans nos montagnes ?
La question a été posée aux protagonistes de cet épineux dossier, à Cloche-Merle. La Gazette des Alpages avaient invité éleveurs, chasseurs, naturalistes et élus à confronter avis et expériences sur la présence du prédateur dans nos montagnes.
Une série d'attaques de chevreuils et de biches, en février, avaient d'ailleurs enflammé un débat respirant déjà largement le gaz... et qui s'est réinvité sur le devant de la scène, ces derniers jours, à Prédateurs sur Berwinne et dans les Hautes-Montagnes. C'est dire si le sujet fait dépenser beaucoup de salive. D'autant que les colombes sont encore loin d'avoir gagné la partie...
Le Président des éleveurs ovins pensant au complot écologiste :
- « Nous, on est tout de même très très amers ». Le président des éleveurs ovins, n'a pas l'humeur à dix sur l'échelle de risette. « Quand le loup est arrivé, on ne nous a rien dit. La République a dérapé... Et voilà qu'aujourd'hui l'incertitude plane sur l'avenir de notre métier !» Les photos de moutons éventrés, affichées à l'entrée de la salle par quelques-uns de ses confrères venus prendre part aux échanges, témoignaient de la rage qui couve chez certains éleveurs.
Le chasseur, déja équipé de pied en cap, prêt à partir, ses chiens sont dans le coffre du 4X4 garé devant le café où boivent ses copains :
Alors, on fait quoi ?
- « Des tirs de régulation !», répond le leader des chasseurs. La seule solution selon lui «pour réguler une population de prédateur qui s'étend (va s'étendre)de manière importante (puisqu'un ministre incompétent à décider d'en réintroduire, et des étrangers, féroces les étrangers !), sans pour autant l'éradiquer». Il communie, sur ce point, avec les membres de la filière ovine, dépitée de constater « l'insuffisance des mesures de protection des troupeaux, qui nous font en plus passer pour les empêcheurs de tourner en rond du tourisme ».
La responsable d'un mouvement de protection des prédateurs, sortant une liasse de papiers de son attaché-case :
A gauche, on a bondi. Installée à côté des animateurs du débat, une écologiste a vu rouge. «J'ai un problème profond avec cette analyse», a tempéré la représentante écologiste « D'abord parce que tous les éleveurs n'ont pas encore joué le jeu de la protection de leurs moutons. Ensuite car on n'a pas atteint, en France, un niveau de conservation durable du prédateur ».
Levée de boucliers et protestation marquée dans le public. Les pancartes se lèvent et bougent dans tous les sens. Cette fois, ce sont les éleveurs-spectateurs qui venaient de manquer de s'étouffer...
Le responsable d'un mouvement qui croit à une cohabitation possible, calmement :
Un terrain d'entente en forme de miroir aux alouettes ? Le responsable d'un mouvement cohabitationniste veut croire que non. « Il faut de la confiance entre tous les acteurs du dossier. Le débat n'est pas fermé. Mais aujourd'hui, envisager la chasse au prédateur est prématuré !»
Une sortie pas au goût du chasseur, son chien s'est mis à aboyer ...
« Je suis exaspéré par la prédation du fauve sur les ongulés sauvages de nos montagnes. Qu'allons nous tirer bientôt ? Les chardonnerets, y'en a plus ! »
Le naturaliste à lunettes, descendu tout droit de son laboratoire d'éthologie animale de l'Université de (Liège) :
Faux, lui rétorquera le scientifique en brandissant des statistiques symboles du développement actuel de cette faune (avec des courbes de plusieurs couleurs).
Dans l'arène, il y a aussi les naturalistes. Et force est de constater que leurs opinions n'étaient pas faciles à défendre, dans une salle plutôt acquise à la cause ovine.
Un écologiste, travaillant dans une association :
- « Si je fais ce boulot, c'est aussi pour mes enfants, a avancé le président de l'association. Je ne voudrais pas qu'ils vivent dans 20 ans, au sein d'un monde sans faune sauvage, où il ne restera que les pies, les corbeaux et les pigeons ...»
Le Casseur - le chasseur, pardon :
Parlons-en des palombes ...
Le responsable d'un mouvement qui croit à une cohabitation possible, calmement :
Son coéquipier de circonstance dans le camp des défenseurs du prédateur a cherché à calmer le jeu : «Il y a de la place pour tout le monde. Nous serions ravis de collaborer avec vous. Restons zen !»
L'écologiste cohabitationniste :
Travailler main dans la main. C'est ce que je propose au nom de mon association pour la protection de l'environnement : « On peut mettre à disposition des emplois d'aide-bergers bénévoles ».
Un berger :
"J'en veux pas des parisiens pour soigner mon bétail et veiller la nuit. Dailleurs, ils ont sûrement peur du noir (rires dans la salle). Je vais devoir les reconduire dans la vallée dès qu'ils verront une de mes brebis éventrées !"
Réaction du patron des chasseurs :
«La bio-diversité, oui ! Mais pas n'importe comment. Les prédateurs, les promeneurs n'en verront sans doute jamais. Ce n'est quand même pas le cas pour les biches et les chevreuils... C'est à prendre en compte.»
L'élu local équipé de son écharpe et montant sur l'estrade, face à son public, venu nombreux pour le soutenir, car il est mal en point (politiquement s'entend) :
" La majorité des habitants de la région veulent rester maitre de leur destin. Ceux qui disent le contraire sont des menteurs ! Ce n'est pas aux eurocrates de Bruxelles de nous dicter notre conduite face à cette problématique. Je suis un élu et je suis la pour défendre l'opinion de mes électeurs. Il est urgent d'attendre et de demander à l'Etat (à la région) (au département) de délier les cordons de la bourse et de financer une association de responsables territoriaux. Celà permettra de décentraliser la politique de développement local et d'aménagement du territoire, chère à mes concitoyens de la vallée ! Dailleurs, je suis candidat pour la précider. (Salves d'applaudissement et de hourra dans la sale !)
Le directeur de la Direction départementale, locale et régionale de l'agriculture, de la forêt, de la Faune sauvage et de l'intérêt paysager (fraichement nommé) :
L'avenir n'est pas forcément rose. C'est du moins ce qui trotte dans la tête des éleveurs. Jusqu'à en décourager certains. Car le nombre de prédations progresse. « Il y en a actuellement plus que l'année passée », a rappelé le directeur de la Direction départementale de l'agriculture, de la forêt, de la Faune sauvage et de l'intérêt paysager. « Et leur taux de croissance est assez fort. »
Le député chasseur de Chasse, Pêche, Tradition , et Tire-Bouchon lonla lonlère bondit de son fauteuil (son chien doit être entrain de bouffer le siège en skay du 4 x 4 :
Un propos appuyé par le député, ardent opposant au prédateur: « Dans notre enquête parlementaire, on a fait le constat qu'il y a incompatibilité entre la présence du prédateur et certains aspects économiques, patrimoniaux et environnementaux, sur quelques parties du territoire. Depuis, nous nous efforçons de traduire cela dans la loi. Surtout qu'il y a une croissance de l'espèce qui pose de vrais problèmes. » Et ce n'est pas les ..
Le cohabitationniste :
Soyons solidaires. C'est la "conclusion" du cohabitationniste : «Nous sommes prêts à vous aider».
Reste à savoir si l'appel sera entendu...
Romuald : On a tous vécu cela, non ? Remplacez prédateur par ours, loup ou lynx, montagnes par Ossau, Jura, Alpes-Maritimes ou Vercors !
Voilà de quoi commencer une série sur les arguments des "pro" et sur ceux des "antis". Imaginez seulement la brochette d'acteurs qui pourraient nous jouer tout celà ... Je vais déposer le brevet !
La suite au prochain numéro