Un réseau de plusieurs centaines de correspondants récupère des données, ensuite triées à Gap par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage.
Le cadavre d'un mouton après une attaque dont on soupçonne le loup d'être l'auteur. Grâce à 400 correspondants analysant des indices de présence, une cartographie précise des déplacements du canis lupus peut notamment être établie.
Que faire lorsqu'on voit un loup? A part prendre ses jambes à son cou pour les plus trouillards d'entre nous, il y a d'autres moyens d'exploiter cette information. Car l'Office national de la chasse et de la faune sauvage a mis en place depuis l'intrusion de canis lupus dans le Mercantour un véritable réseau.
De l'aperçu du loup ou d'une des traces qu'il laisse dans la nature à la réalisation des cartes qui permettent de visualiser sa progression en France, tout est codifié.
Ils sont 400, les correspondants de ce fameux réseau loup à quadriller l'arc alpin pour recueillir les indices de présence. Ce sont généralement des gardes de l'ONCFS, de l'ONF ou des parcs nationaux et régionaux. Mais ils sont également issus des associations de protection de la nature, quelques chasseurs et représentants du monde pastoral.
Au fur et à mesure de l'inexorable progression du loup, le réseau s'est adapté. Il a intégré les Alpes de Haute-Provence et les Alpes-Maritimes (1994), puis les Hautes-Alpes (1997), les deux Savoies, l'Ardèche et l'Isère (1998), le Var (2001) et se développera dans les mois qui viennent dans l'Ain. "Mais il nous arrive également de former des correspondants venant des Pyrénées", observe Yannick Léonard.
Cet hiver, 600 fiches sont parvenues à l'Office national de la chasse. Et au total, ce sont 3500 indices de présence qui ont été compilés depuis 1992-1993. Les signalements sont de quatre sortes: des excréments (un tiers), des traces (21%), des observations visuelles (20%) et la découverte de proies sauvages (16%).
Il sont ensuite classés en trois catégories. Lorsque la fiche manque d'éléments techniques, les agents la disent "invérifiable". Quand les critères ne sont pas fiables ou qu'il y a une incohérence dans le témoignage, le renseignement est classé "douteux". Enfin, lorsque l'indice apparaît cohérent, la fiche est estampillée du mot "probable".
A signaler que cette classification signifie que la présence du loup n'est pas exclue, mais n'affiche pour autant pas de certitudes. Le principe, s'il s'agit de se déterminer sur une attaque de troupeau, est que le doute profite à l'éleveur pour son indemnisation.
"Le réseau permet une étude sur les zones de présence permanente et une surveillance à grande échelle", explique Yannick Léonard. Toutes ces données, collectées à Gap par le réseau Loup, permettent de réaliser des cartographies réalistes des territoires colonisés par l'animal.
Mais ne devient pas correspondant qui veut. Des séances de formation sont organisées chaque année. Elles permettent d'appréhender la biologie de l'animal, et de pouvoir recueillir et exploiter des indices de présence. Une autre mission du réseau loup est de pouvoir effectuer les constats de dommages, et de livrer une expertise dès lors qu'il y a litige sur l'origine d'une attaque.
Christophe Duchamp est le responsable du réseau loup à l'échelle nationale. Depuis sa base de Micropolis à Gap, il doit fournir des protocoles standardisés afin d'analyser les données. "On travaille sur plus de 4 millions d'hectares, mais tout est regroupé dans une seule base de données", explique cet ingénieur biologiste.
Pas à pas, le loup est ainsi suivi. Des analyses génétiques sont également mises en place. Aujourd'hui, on sait que 80 loups ont laissé une de leurs traces dans l'arc alpin.
Si vous avez recueilli un indice attestant de sa présence ou observé le loup, vous pouvez vous adresser à l'ONCFS des Hautes-Alpes (04 92 51 34 44) ou des Alpes de Haute-Provence (04 92 89 15 27), ou contacter les parcs nationaux des Ecrins, du Mercantour, ainsi que le parc naturel régional du Queyras, ou encore l'ONF.
Source : Lionel ARCE-MENSO