Dans son édition du 16 juillet, le magazine Libération publie l'interview de l'éleveur qui a tué un loup il y a deux semaines : "«J'aurais aimé que ça ne se sache pas» a t-il déclaré. C'est son frère qui a révélé le tir du loup. Ils vont pouvoir s'arranger entre eux maintenant.
Lise Barneoud l'a rencontré, en Savoie. L'éleveur se retrouve en mauvaise posture puisque son acte est hors la loi et que des plaintes ont été déposées, par la ministre de l'écologie et par des associations de défense de la nature. Mais il trouvera certainement une meute de défenseurs au fronts burinés par le soleil et à coupe-rose, et certainement pas les moins bruyants. La France profonde quoi.
Nelly Olin a déclaré que le loup tué portait de 6 à 5 le nombre de "prélèvement" qui pourraient être effectués.
J'aurais aimé que ça ne se sache pas
Massif des Bauges (Savoie). Avec cette ambiance de temps de pluie, des nuages accrochés aux télésièges, l'alpage rocailleux de Denis Dupérier, sur les flancs de la station de ski de Margeriaz, dans les Bauges (Savoie), n'apparaît pas très accueillant. Pour l'homme du moins. Car ce paysage quasi lunaire a tout pour plaire à un autre animal, ô combien redouté : le loup.
Ici, jusqu'au mois dernier, on ne se sentait pourtant pas concerné par le grand prédateur. Dans sa folle recolonisation de l'arc alpin, le loup avait comme «oublié» cette grande forteresse montagneuse. Mais, depuis une dizaine de jours, l'animal est dans toutes les conversations. Et pour cause : un loup de 30 kg a été tué, d'une balle dans le cou, à 106 mètres exactement de la bergerie de Denis Dupérier.
J'ai d'abord cru que c'était un chien !
«J'ai d'abord cru que c'était un chien. J'ai tiré en l'air pour le faire partir, mais une heure après, l'animal était de nouveau là à rôder autour de mes chèvres, raconte l'éleveur. Alors j'ai pris ma carabine et j'ai visé.» Il lui aura suffi d'une seule balle, «un coup de chance pour moi qui ne suis même pas chasseur» pour abattre l'animal et s'apercevoir qu'en fait de chien il s'agissait plutôt... d'un loup !
C'était le 2 juillet. La nouvelle ministre de l'Ecologie, Nelly Ollin, avait aussitôt condamné cet acte mené «sans que les procédures du protocole mis en place aient été préalablement respectées».
D'habitude, les bergers braconniers font des trous dans la montagne..
L'histoire aurait pu s'arrêter là et l'affaire être passée sous silence avec l'enfouissement de la dépouille du loup, comme cela se produit parfois en secret dans les montagnes.
C'était sans compter le frère du berger, maire d'une petite commune voisine, bien décidé à prouver la présence de la bête sur ses terres. Le lendemain du tir, il vient chercher l'animal et le transporte jusqu'à la porte de la maison du parc naturel régional des Bauges, où se trouve également l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).
Deux jours plus tard, tout le monde est au courant. Du loup abattu et de l'auteur du tir. «Personnellement, j'aurais préféré que personne ne sache jamais rien de cette histoire», confie le berger, qui risque 9 000 euros d'amende et jusqu'à six mois de prison pour avoir abattu une espèce protégée. «Mais là au moins on ne pourra plus dire qu'il n'y a pas de loup en Bauges !»
Sortie des violons
Tout en nourrissant un agneau au biberon, l'éleveur raconte ses vingt étés passés sur cet alpage, sa bataille permanente contre les chiens errants, son bouc dévoré l'an passé, «peut-être par le loup mais les gardes ne sont pas venus faire de constat». Lorsque des randonneurs s'arrêtent à la bergerie, il reprend en détail son histoire, insiste sur ce tir «de 106 mètres !», et assure que si c'était à refaire il tirerait à nouveau, sauf qu'on lui a confisqué sa carabine.
«Zéro loup». «On avait zéro loup dans les Bauges, maintenant on en a moins un», ironise-t-on dans les couloirs de l'ONCFS. Les gardes assurent en effet qu'aucun indice ne permettait de suspecter la présence du loup dans le massif : pas une empreinte, pas une carcasse et toujours autant de gibiers sauvages.
«Il suffisait pourtant d'observer la colonisation vers l'est de l'animal pour savoir qu'il allait arriver», reproche Isabelle Bouvier, qui possède, elle aussi, un troupeau de chèvres dans un immense parc situé plus au sud, sous la croix du Nivolet, juste au-dessus de Chambéry. Ici, pas de fusil à la cabane, juste un chien qui aboie mollement contre les intrus. «Il aurait fallu nous mettre en zone à loups avant qu'ils arrivent. Ç'aurait décrispé la situation et nous aurions pu recevoir des subventions pour nous protéger. C'est dommage que la prévention ne soit pas au programme du plan loup !»
Il y a quelques semaines, Isabelle avait justement décidé de se procurer des chiens de protection : «J'ai demandé s'il existait des subventions pour m'aider, on m'a dit non. Mais avec ce qui s'est passé, ça va peut-être changer...» Propriétaire de 70 chèvres, qu'elle trait deux fois par jour à la main avec son mari, Isabelle veut continuer de croire que des solutions existent. «Mais il faudrait que les éleveurs et les écologistes apprennent à s'écouter», précise-t-elle. En attendant, les associations écologistes ont porté plainte pour destruction d'espèce protégée. Quant aux éleveurs, ils sont plus que jamais prêts à dégainer à la prochaine incursion du prédateur.
Romuald : Maintenant ils savent ce qu'ils risquent. Quoi qu'on attend de voir le lobby de la corporation à l'oeuvre. Omo lave plus blanc.
Les bergers avaient exigés... La ministre a accordé des permis de tir, sous conditions, au grand dam des associations de défense de 6 animaux théoriquement protégés ( Ah la maudite ville de Bern qui ne comprend rien à la montagne et au pastoralisme ! ). Les conditions n'ont pas été respectées! Mais la profession s'en tappe ! Le bergers exigent encore. Les "élus locaux" volent au secours de leur petit électorat contre les hordes de chevelus post-soixante-huitards venus tout droit de la ville; eux qui ne mangent même pas d'agneau ! Des végétariens pour sûr ma p'tite dame! Si on a même plus le droit de se faire justice soi même! Le petit émigré Hongrois de deuxième génération est en route pour l'Elysée. Français, vous n'aurez plus qu'à voter et à choisir votre camp. Chasse pêche nature et liberté fait des émules.
source : Libé (pour le texte en noir ..)