L'épisode de l'ours grison rappelle que l'espèce était encore bien présente chez nous aux XVIIIe et XIXe siècles. Mais où les derniers ont-ils été tués?
Un ours est de retour en Suisse, et c'est à croire qu'on met autant d'énergie à courir le voir et applaudir sa présence qu'on en a mis, il n'y a pas si longtemps, à massacrer ses ancêtres jusqu'au dernier. Aux images de touristes massés près du Parc national pour l'observer, jumelles en mains, répondent les gravures et les photographies d'autrefois montrant nos arrière-grands-pères lancés, fusil au poing, dans de sanglantes battues qui allaient liquider l'espèce jusqu'au dernier, bébés compris.
Comme le loup, l'ours a été exterminé en Suisse parce que réputé nuisible et dangereux. Le dernier a été abattu aux Grisons en 1904. Mais où sont donc tombés les derniers spécimens de Suisse romande?
Pas de statistiques
Les sources sont multiples, parfois contradictoires, de toute façon partielles. Et le conditionnel reste souvent de mise devant les dates, les lieux, le récit de ces chasses. A l'époque des grandes traques, il n'y a jamais eu de recensements ou de statistiques. Les experts, les musées, les amateurs éclairés qui disposent aujourd'hui d'informations s'appuient sur des chroniques de l'époque, des articles de journaux, des ouvrages qui ont tenté de compiler ces informations dès le XIXe siècle. Sur des documents officiels aussi, faisant état de mises à prix et de récompenses versées.
Car les autorités offraient pour l'abattage d'ours de coquettes primes, qui ont largement contribué à son éradication. A l'époque, estime le conservateur du Musée de Sion, un paysan qui arrivait à tuer un ours pouvait vivre pendant six mois du montant de sa prime.
Dès le début du XIXe siècle, l'ours a pratiquement disparu du Plateau. Il ne se cache plus que dans le Jura, d'où il disparaîtra vers 1850, et dans les Alpes, où il bénéficiera encore d'un sursis de quelques années.
En Valais, le dernier pourrait bien avoir été tué en 1865, au fond du val d'Anniviers. A partir de là, en Suisse romande, l'ours est mort et bien mort. Reste juste le temps du rêve et de l'inconstance des hommes, qui les fera courir aux Grisons, plus d'un siècle plus tard, pour entrapercevoir, le coeur battant, ce touchant voisin d'autrefois qu'on a si méthodiquement massacré.
Source : le matin