Réintroduction de 5 ours en 2005, Nelly Olin va t-elle tenir sa parole?

5_ours La ministre de l'Ecologie Nelly Olin annoncera dimanche au "pays de l'ours", à Arbas (Haute-Garonne), l'introduction de trois ours slovènes dans les Pyrénées au printemps 2006, près d'un an après la mort de la dernière ourse pyrénéenne Cannelle en novembre 2004.

"Ce sera probablement trois ours au printemps, puis deux à l'automne", explique-t-on dans l'entourage de la ministre.

De quoi décevoir les associations favorables à l'ours, qui attendent "la confirmation des cinq lâchers annoncés par la ministre pour le printemps 2006", explique Alain Reynes, directeur de l'association Pays de l'ours-Adet.

"J'ai bien peur que si on annonce trois ours au printemps, puis deux à l'automne, cela ne se résume à trois en tout et pour tout", craint-il.

Et de déplorer "un recul", par rapport au plan ambitieux annoncé par l'ancien ministre de l'Ecologie Serge Lepeltier en janvier 2005, trois mois apèrs la mort de Cannelle, abattue par un chasseur.

M. Lepeltier prévoyait de doubler la population d'ours (14 à 18 ours actuellement) en trois ans, avec une première introduction de cinq ours à l'automne 2005. Mme Olin a confirmé le premier volet du plan - cinq ours - tout en repoussant les réintroductions à 2006.

Techniquement, tout est prêt. La France a déjà introduit avec succès trois ours slovènes dans les Pyrénées en 1996 et 1997. Les équipes de capture et de lâcher sont prêtes, en Slovénie et en France. La ministre doit se rendre à la fin du mois en Slovénie pour y signer un protocole.

C'est politiquement que les choses se compliquent. La présence de l'ours se heurte localement à l'opposition d'éleveurs relayés par les élus, surtout dans les Pyrénées-Atlantiques.

L'ours fait relativement peu de dégâts (200 brebis en moyenne par an, selon le ministère) comparé aux pertes naturelles en estive. Mais il concentre l'opposition d'éleveurs fragilisés par des conditions difficiles en montagne.

Il reste 14 à 18 ours dans les Pyrénées, versant français et espagnol, dont quatre à cinq femelles, toutes situées dans les Pyrénées centrales. Dans les Pyrénées-Atlantiques, où Cannelle a été abattue, il ne reste que quatre mâles (y compris l'ourson de Cannelle).

"D'un point de vue biologique, il est urgent de renforcer le noyau des Pyrénées-Atlantiques, qui ne compte plus que des mâles, mais il y a d'autres paramètres, sociaux et politiques", convient Pierre-Yves Quenette, responsable de l'équipe technique "ours brun" à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

L'Institution patrimoniale du Haut-Béarn, qui gère le dossier en Pyrénées-Atlantiques, est revenue sur son offre initiale de réintroduction "a minima" de deux femelles.

"Aucune commune des Pyrénées-Atlantiques n'est aujourd'hui candidate pour accueillir un ours", constate M. Reynes. En revanche, deux communes de Haute-Garonne ont donné leur accord à l'issue de la concertation menée au printemps : Arbas, où se rend la ministre, et Burgalays. Dans l'Ariège, Massat est également disposée à accueillir d'éventuelles réintroductions, selon M. Reynes.

Mme Olin devrait opter pour les Pyrénées centrales. "Il faut impérativement que la population locale, représentée par le maire, soit consentante", prévient Gilbert Simon, vice-président de l'association Ferus. Quitte à ce que l'ours "colonise tranquillement d'autres territoires de proche en proche".

La survie de l'espèce dépend de la poursuite du programme sur le long terme, préviennent les experts. Pour être viable, c'est-à-dire au moins se maintenir, un groupe de population doit atteindre au minimum 30 ours.

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