Des poisons sont utilisés pour faire disparaître les loups, 3 indices différents le confirment

Les caves de la buvette contiennent de bonnes bières belges habiles à délier les langues : les bergers utilisent des poisons pour faire disparaitre les loups. Récit et argumentation.

Après quelques jours de vacances dans le sud et quelques prises de contact avec « les clients de la Buvette » et oui, tous les bergers ne sont pas des extrémistes! Il semble que durant cette estive, dans les vallées du Haut Verdon et de l’Issole, le nombre d’attaque de loups sur des troupeaux domestiques a considérablement chuté par rapport à l’année passée.

Par ailleurs, les vallées de la Vaïre, de l’Ubaye et le Val d’Allos ont connu cette année des modifications importantes dans la façon de procéder des loups dans la gestion de leurs attaques sur les troupeaux. Par contre, la plupart des attaques ont été beaucoup plus meurtrières.

1 - La chute du nombre des attaques

A la grande et heureuse surprise des bergers, une partie de la Vallée du Haut Verdon, très exposée l'année dernière, a été complètement épargnée cette année (entre Villars-Colmars, Thorame-Basse, Lambruisse et Chaluffi).

Quelles pourraient être les raisons de cette diminution des attaques ?

Une mise en pratique plus scrupuleuse des mesures de prévention modifie les comportements du prédateur. D'une part, l'intensification de la protection et des mesures de prévention :

  • présence permanente du berger ou d'un aide (mesure prescrite),
  • regroupement en parc de nuit (mesure prescrite),
  • présence de patous (mesure prescrite),
  • éffarouchement par le tir de sommation (mesure découragée par l’administration),
  • présence régulière d’étrangers « invités » auprès du troupeau (mesure inédite)

à modifié le comportement du prédateur. Il attaque moins souvent, comme si le danger potentiel l'incitait à économiser les risques.

Mais les attaques sont sans doute plus fortes, le nombre de victimes par attaque semble plus élevé (à confirmer par les chiffres officiels). Il semble que les attaques du loup se focalisent notamment sur les parcs de nuit. La conséquence est une opportunité de fuite très réduite pour les bêtes. Il en est de même pour le loup ou pour le berger : Il lui est plus facile d’attraper les brebis dans un parc qu'en liberté sur la montagne.

Peut-être que les longues périodes qui séparent deux attaques sont propices à faire grandir la volonté de chasse chez l’animal: la faim ferait sortir le loup du bois en quelque sorte. Peut-être se rattrape-t-il de son attente ? Dans certains endroits, sans doute dans des zones périphériques au territoire d’une meute, les attaques se répètent pendant plusieurs jours de suite au petit matin comme si des loups exploitaient une zone du territoire voisine de leurs zones habituelles. Après quelques jours, les attaques cessent aussi brusquement qu’elles ont commencé.

La discrétion de certains éleveurs déterminés mais un peu bavards

D'autre part, après avoir palabré plus longtemps au coin du bar de la Buvette, les langues se délient plus facilement. Ah la Kriek Lambic et la Duvel sont fortes!

Nettoyage de printemps ?

Strychnine Il semblerait aussi que « le ménage » ait été fait, qu’il y ait eu du « nettoyage » cet hiver ou ce printemps (extraits) :

  • « Je n'avais jamais observé ce phénomène et, une relative démobilisation des collègues bergers et des éleveurs, tous plus ou moins entré dans une logique de gestion-collaboration avec les administrations et les agents techniques, me laissaient penser qu'il n'en serait jamais rien. Je ne pensais pas que les paroles exprimées sous le coup de la colère seraient suivies d’actes. »
  • « Sans doute que les énormes pertes localisées dans ces vallées l'été passé ont suscité une réaction et que quelques personnes sont passées à l'acte. Très intelligemment, pour une fois, sans se vanter, mais efficacement, semble t-il. »
  • « Maintenant presque tous les bergers protègent leur troupeau. Certains appliquent les mesures T, d’autre se tiennent au troupeau en permanence et font tonner le fusil dès qu’ils soupçonnent la présence de loups, d’autres encore mettent au point des mesures de protection inédites et à leurs propres frais. »

2 - La volatilisation surprenante d'une meute

« Il y avait une meute importante entre les montagnes de Thorame-Basse et de Beauvezer, elle avait à son actif plus de 250 victimes l’année dernière et, rien n'expliquerait que la meute de Thorame-Basse ne soit plus présente, si ce n’est que des gens l'aient éliminée par le tir ou l’empoisonnement».

3 - La confirmation par les aigles

Plusieurs cas récents de destruction d’espèces protégées par ingestion d’appâts empoisonnés témoignent d’une recrudescence de l’usage du poison dans les Alpes du Sud.

Les aigles et les vautours se trouvent en fin de chaîne alimentaire. Il suffit d’une carcasse ou d’appâts empoisonnés pour occasionner des dégâts importants parmi les volatiles.

Les dommages colatéraux se multiplient

Une Rappel des quelques derniers faits d’empoisonnements et des espèces qui en ont été récemment victimes :

  • Novembre 2003 : un berger du parc national du Mercantour est condamné par le tribunal correctionnel de Nice à un mois de prison avec sursis pour "destruction d’espèce protégée", en l’occurrence pour avoir empoisonné des loups en 1997. Le procureur avait requis 7 500 euros d’amendes avec sursis.
  • Fin décembre 2004 : Un loup mâle de souche italienne, âgé de 7 ans, a été empoisonné dans l’enceinte du Parc Animalier des Monts de Guéret (voir l'article de loup.org)
  • Le 18 février 2005, un aigle royal mâle adulte est retrouvé mort empoisonné à Valensole (Alpes-de-Haute-Provence). Empoisonnement aux inhibiteurs des cholinestérases : insecticide dans une marmotte servant d'appât. (Info : LPO PACA)
  • Le 4 avril 2005, une femelle aigle royal adulte est retrouvée morte à Allos (Alpes-de-Haute-Provence). Très forte présomption d'empoisonnement mais la toxicologie n'avait pas été demandée à l'autopsie. (Info : LPO PACA)
  • Le 22 avril 2005, un loup est retrouvé mort dans les Alpes maritimes, tué par balle. (Lire à la Buvette : Le cinquième loup tué par balle, illégalement dans les Alpes Maritimes)
  • Le 10 mai dernier, c’est un chien qui est mort après avoir absorbé un appât badigeonné à la strychnine. (Info : Site de FERUS et Leisoursoun)
  • Le 28 juin 2005, un aigle royal mâle, appartenant à l’un des 10 couples de la région, a été retrouvé empoisonné dans le parc national du Mercantour, plus précisément dans la vallée de la Roya. L’autopsie a révélé des quantités importantes de méthiocarbe (insecticide). Un procès-verbal destiné au parquet de Nice a été dressé. (Info : Site de FERUS et Leisoursoun)
  • France Nature Environnement a également annoncé avoir eu connaissance d’autres cas de tentatives d’empoisonnements qui auraient pu avoir une issue gravissime (je n’en sais pas plus).

Les vautours sont en première ligne

De plus, dans cette région a été réintroduit un des trois noyaux de population de vautours fauves des Alpes du Sud (colonie de 80-100 individus dans les Gorges du Verdon) qui, à l'image de ce qui se passe dans les Pyrénées, estive dans les hautes vallées du Mercantour où ils trouvent des carcasses en nombre. Une curée sur un appât empoisonné pourrait être un carnage…

Les Centres de soins pour la faune sauvage estiment qu’environ 5 % des animaux tués sont retrouvés. Quand on sait qu’en plus le poison n’est pas sélectif et qu’un animal empoisonné peut à son tour être consommé par d’autres, cela laisse augurer du pire quant au nombre et à la diversité des espèces touchées.

L'objectif, se débarasser des loups

C'est bien sûr le loup qui est visé, quatre loups au moins ont été empoisonnés dans le Mercantour. Le danger existe pour l’homme aussi puisque certaines des substances utilisées sont hautement toxiques et interdites d’emploi en France (strychnine, cyanure). Les procès des éleveurs « pris sur le fait » d’autodéfense incitent certainement les autres à plus de discrétion.

Convergance d'indices ou hasard ?

La volatilisation d’une meute, la chute surprenante du nombre d’attaques dans une partie du Haut Verdon qui était très touchée l’été 2004 et les rapaces empoisonnés sont trois éléments concordants qui me poussent à dire que le poison est de retour.

Ce n'est pas un hasard. Les empoisonneurs agissent contre le loup. L’analyse des chiffres (dégâts et comptages) permettra peut-être de le confirmer. Merci de m'envoyer vos infos complémentaires ou témoignages par e-mail ou en commentaire de cette note.

Lire aussi : Mercantour, le poison est de retour pour le loup

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