Par Farid Benhammou
à paraître dans la revue Politis
Un an après l'abattage de l'ourse Cannelle par un chasseur, résultat de l'incapacité de l'État à sauver les derniers plantigrades des Pyrénées, la protection de la nature est au plus mal en France.
Alors que, des élus locaux au président Chirac, les mots de « développement durable », «biodiversité», «écologie» sont mis à toutes les sauces, le budget du trop petit ministère de l'environnement est, en proportion (et « à périmètre constant ») le plus bas de toute son histoire: 896 millions d'euros soit 0,3 % du budget national. Depuis l'arrivée de la droite en 2002, les crédits environnementaux n'ont cessé de diminuer alors qu'ils avaient atteint 0,7 à 0,8 % du budget quand les Verts étaient au gouvernement. Pour comparaison, le budget du ministère de l'agriculture est de 29,5 milliards d'euros.
Et puis on ne manquera pas de bondir en détaillant certaines affectations. Par exemple, 237 millions d'euros - le quart du budget environnemental ! -, continue d'aller à la recherche sur le nucléaire, énergie notoirement écologique et « durable » ! De même, l'achèvement du réseau de sites naturels remarquables, connu sous le nom de Natura 2000, coûtera « 90 millions d'euros sur deux ans» (2006-2007). Cela servira à payer d'énièmes études inutiles et à arroser des lobbies ruraux (élus, agriculteurs, chasseurs) hostiles à cette mesure de protection. Ces derniers ayant retardé la mise en ouvre de ces sites, la France est poursuivie par l'Union européenne.
Premières victimes de cette rigueur budgétaire, les associations de protection de l'environnement, dont les subventions n'ont pas cessé de diminuer depuis 2002, et qui vont connaître une chute de 20% en 2006 après une baisse de 10 % en 2005. Ce secteur associatif, très important, qui remplit en fait des missions que le ministère ne peut pas toujours assurer (pédagogie, expertise, alerte), se trouve de plus en plus dans l'incapacité d'agir. Sa perte d'effectif se chiffre déjà à 25 % entre 2003 et 2004, elle pourrait atteindre 50 % d'ici 2006, estime le réseau France nature environnement.
Le 5 novembre 2005, date anniversaire de la mort de Cannelle, de nombreuses associations de protection de la nature appellent à une grande manifestation à Paris (14h30, au Panthéon), ainsi qu'à Valence (13h, gare SNCF), exigeant une vraie politique de protection de la nature et dénonçant toutes ces régressions environnementales (1).
Nelly Olin, la ministre de l'écologie, a annoncé la réintroduction de trois ours dans les Pyrénées au printemps 2006 afin de ranimer une population exsangue. Verra-t-on, dans quelques années, réintroduire des associations de protection de l'environnement après les avoir laissé dépérir ?
Farid Benhammou, géographe, Engref, étudie les politiques de conservation de la nature.
Il est l'auteur de « Vivre avec l'ours » (éditions Hesse)
et co-auteur de « L'ours des Pyrénées, les 4 Vérités » (éditions Privat), parus en 2005.
Voir également la note : "Les grands prédateurs contre l'environnement".
(1) départs de bus de plusieurs villes de France.
Contact : association Ferus ( +32 4 91 05 05 46 , )