Je suis oursphelin : Oraison funèbre pour Cannelle
Le jour de l’annonce de la mort de Cannelle, un roulement de tonnerre a grondé dans le ciel de Pau. Des grosses gouttes, glaciales et lourdes commençaient à chuter. Le regard de Christian Laborde annonçait clairement l’idée de ce qui allait s’abattre d’une seconde à l’autre. Le Tonnerre a cessé. Ca c’est mis à tomber. Toute l’eau du ciel s’est mise à tomber.
" Ils ont tué Cannelle, ils n’ont aucun sens des saveurs. Cannelle, c’est qui, c’est quoi ? Quelques mots dans une chanson d’Antoine : « Je l’appelle Cannelle, parce que sa peau est sucrée... » Vous me direz : ne mélangeons pas tout ! La Cannelle d’Antoine est une jeune fille, la Cannelle d’Urdos était une ourse.
Je ne mélange rien, je me souviens simplement de ce que mon père, qui était chasseur, me disait, à Aureilhan, dans la cuisine, quand il ne me racontait pas les exploits de Charly Gaul :
- « Les chasseurs d’ours - je te parle d’il y a longtemps ! -, quand ils avaient tué une ourse, quand ils lui avaient retiré sa fourrure, ils étaient gênés, tu comprends, gênés comme tu peux l’être quand tu surprends une femme dans son intimité. Les attaches d’une ourse dépecée sont aussi fines que celles d’une jeune fille, tu comprends. T’es devant une jeune fille, tu comprends. C’est pour ça qu’ils étaient gênés... Finis ton chocolat !»
Sans sa fourrure, l’ourse est une femme, l’oursonne, une lolita. Nue sous son manteau de fourrure, la femme a quelque chose d’une ourse, d’un animal merveilleux. C’est à cela qu’ils ont touché, porté un coup fatal.
Ce ne sont pas des gens de goût. Ils n’étaient même pas saouls. Ils étaient seulement là où ils n’auraient jamais dû être, où ils n’avaient pas le droit d’être puisque Cannelle se baladait sur ce sentier avec son ourson de dix mois qui maintenant va mourir.
L’homme descend du singe. C’est ce que prétendent les biologistes et autres lecteurs d’éprouvettes. Tous ignorent que, dans les contes basques et dans ceux d’Europe centrale, on appelle l’ours « Grand-Père.» Bref, l’homme descend de l’ours.
Quand il se dresse devant vous, on croirait un géant, un mec qui au Stade Toulousain joue devant. L’ours est le seul pilier qui marche au miel. Gamin, dans le bol de chocolat qu’il me fallait finir, je trempais des biscuits Latapie. Sur le rabat des boîtes bleutées contenant les biscuits Latapie, un ours était dessiné. Je le regardais tous les matins, je lui parlais, et ma grand-mère qui priait, assise sur la chaise basse, me souriait. Cet ours, ils l’ont tué en tuant Cannelle. Je suis oursphelin. "
Christian Laborde Ecrivain
Source : ADET - Pays de l’ours
La question suivante mérite d’être posée : Tous les automobilistes que nous sommes sont-ils coupables chaque fois qu’un imbécile au volant de sa voiture cause la mort d’innocents ? Si vous qui respectez scrupuleusement les règles de sécurité, ne vous sentez pas toujours responsables du comportement des autres usagers des routes, comprenez alors que l’immense majorité des chasseurs se sente injustement accablée par les reproches adressés à tous les chasseurs, sans distinction, depuis plusieurs jours.
Désolé si je contrarie certains d’entre vous par mes propos, mais il me semble que ce fait divers désolant a été une occasion inespérée pour quelques-uns de laisser s’exprimer leur haine et de réaliser un lynchage en règle de tous les chasseurs. Dans les circonstances actuelles, tout cela n’est pas très digne, car nombre de chasseurs ont été catastrophés en apprenant la mort de ce symbole de la nature sauvage des Pyrénées qu’était devenue Cannelle.
Oui, messieurs les anti-chasse, je suis chasseur et pourtant j’ai éprouvé une peine sincère et profonde en apprenant la nouvelle, et j’ai ressenti une grande colère contre les imbéciles qui ont fait ça. J’avais de la peine parce que je savais que Cannelle était la seule et la dernière, et qu’elle ne demandait rien à personne, juste d’élever son petit au calme. J’étais en colère parce que je savais aussi qu’auparavant il y avait eu Claude, précédente femelle braconnée en 94 et puis au cours des décennies qui ont précédé, tous les autres ours anonymes victimes de la bêtise des humains.
Sans cette accumulation de fautes, une espèce prestigieuse serait encore présente dans nos montagnes et on ne parlerait pas de renforcements.
Avec Cannelle, l’Aquitaine a perdu un élément de son patrimoine. Certains diront que c’est de la faute des chasseurs, d’autres des pyrénéens... et les plus réalistes ajouteront qu’il y a déjà longtemps que, face au développement, le sort de l’ours des Pyrénées était scellé.
Quoi qu’il en soit, une chose est sûre, c’est l’humain qui est responsable, et après l’épisode Cannelle vite oublié, l’homme continuera à détruire et à polluer sa planète comme d’habitude, jusqu’à ce qu’elle soit inhabitable.
La bêtise à l’état pur ! On aurait voulu faire disparaître à tout jamais l’ours de souche pyrénéenne qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Depuis des siècles on répète les mêmes erreurs, l’homme domine la nature, l’homme a tout les droits, il faut éliminer les bêtes féroces (comme dit un intellectuel dans Sud-Ouest des sous-espèces). Ancien chasseur de sangliers, il faudra m’expliquer comment un ou des chasseurs expérimentés confondent des traces d’ours (le secteur était truffé d’indices) avec celles de sangliers. De plus Ducon, une ourse suitée qui défend son petit charge au même titre qu’une laie avec ses marcassins.
Légitime défense et battue organisée, tout cela s’est de la mascarade, après que toute la semaine la pression monte suite à l’éventuel renforcement de la population actuelle d’ours dans le Béarn. Certains ont bien préparé leur coup, tout cela était organisé et c’était bien une battue à l’ours. Alors Marquèze tu t’es fait l’ours, tu es content et bien j’espère que tu auras la pudeur ainsi que tes équipiers de fermer ta grande gueule et d’arrêter de te vanter en vallée d’Aspe. Tu salis l’image des Pyrénéens et des chasseurs en particulier.
Tout cela est le résultat d’un environnement malsain, ou la loi du plus fort et des grandes gueules est d’actualité. Alors Monsieur Lassalle qui râlait contre les écolos de salon, contre l’état qui se mêle des affaires locales, qui prenait la défense du chasseur expérimenté pour calmer les esprits (vous validez des actes de voyou), qui vous montrez avec votre béret à la télé ou avec le ministre de l’écologie, vous demandez de gérer localement le dossier ours, taisez-vous et agissez.
On vient de voir que nous Pyrénéens, nous sommes incapables de gérer notre avenir, nous sommes la région la plus médiocre de France et d’Europe, on détruit nous mêmes notre propre patrimoine. Quant à l’IPHB, quelle est sa fonction ? Hervé le directeur qui laisse courir les bruits d’un ours hybride ou d’une deuxième femelle, sans aucune preuve. Belle initiative pour travailler sereinement. A chaque fois qu’il faut aborder le renforcement, on traîne des pieds ou on attend les résultats de l’inventaire de la population, qui est connue depuis des années. On gagne du temps et on fait plaisir aux syndicats agricoles, en espérant que la population actuelle s’éteindra doucement.
Pourtant les fonds européens sont bien récupérés et les opposants ont eu leur cabanes retapées, les héliportages sont réalisés en début de saison pastorale, les dégâts d’orages ou accidentels qu’on passe sur les dégâts d’ours arrangent tout le monde....
Je pense que les contribuables ont le droit de demander des comptes, soit on s’engage sur la sauvegarde de nos ours soit on arrête cette supercherie et tout simplement on dissout l’IPHB. Au moins que cet argent aille plutôt chez nos voisins italiens, espagnols ou alors grecs qui arrivent à cohabiter avec leur grande faune.
En espérant un sursaut vital des Pyrénéens, il est possible de faire cohabiter l’ours, le chasseur et le berger mais notre société doit prendre en compte l’existence et la valeur du travail des exploitants agricoles de montagne et arrêter de tenir sous perfusion cette profession.
Un Pyrénéen qui adore son pays