La Finlande veut continuer à chasser ses loups

Le loup finlandais va-t-il brouiller le bon élève européen qu'est la Finlande avec l'Union européenne ? Ce pays est décidé à défendre jusque devant la Cour européenne de justice le droit de chasser le loup.

Helsinki affirme que ses loups, lorsqu'ils ne sont pas chassés, sont très bien protégés, et a refusé de plier face aux exigences de la Commission européenne. Pour Bruxelles, la Finlande a abusé d'une dérogation en délivrant trop systématiquement des permis de chasse au loup sans que l'urgence ou le danger se fassent franchement sentir. C'est pour cette raison que la Commission menaçait la Finlande de poursuites depuis plusieurs années.

Photo_loups Elle souhaite que la population de loups, qui selon les Finlandais s'élève à environ 200 bêtes, puisse se développer bien plus. Helsinki rétorque qu'en quatre ans 180 demandes de permis de tuer ont été déposées, mais seulement 25 honorées, a précisé le ministère de l'agriculture. Il n'empêche que la menace communautaire s'est précisée : fin septembre, l'UE a déclenché la procédure judiciaire. Helsinki n'a pas faibli ; le comité interministériel des affaires européennes vient de rejeter les remarques de la Commission. L'affaire se réglera donc devant la Cour de justice européenne.

Les loups français et italiens sont des freluquets

Pourtant, les autorités finlandaises se font elles-mêmes copieusement critiquer dans les petites villes où les loups se rapprochent des habitations. Parfois, on les connaît par leur petit nom, comme Taru, une femelle venue de la frontière russe. La presse finlandaise rapportait ce printemps qu'Ursa, une louve qui vagabondait le long de la côte nord-ouest, avait été aperçue dans un jardin, à 20 mètres d'un enfant de 5 ans. Dans certains villages, on ne laisse plus les enfants sortir seuls. Peut-être se rappelle-t-on que c'est à cause de "loups tueurs d'enfants" que, vers la fin du XIXe siècle, le Sénat finlandais avait décidé de les exterminer.

"Pendant tout le XXe siècle, nous n'avions presque plus de loups, raconte Erik Granqvist, ancien conservateur des collections zoologiques de Finlande. Dès qu'un loup venait en Finlande, il était poursuivi et abattu." Depuis les années 1970, le loup, désormais protégé, est de retour. Il pose des problèmes pour l'élevage, notamment pour celui des rennes par les Samis. Les Espagnols et les Italiens ont beaucoup plus de loups mais les respectent, affirme Bruxelles. Ce qui fait ricaner les Finlandais. "Les loups finlandais sont deux fois plus gros que ceux d'Europe du Sud, gronde M. Granqvist. Et ce sont des prédateurs." Sous-entendu : pas comme ces freluquets des bords de la Méditerranée.

Le loup prend son élan

Un loup consomme une dizaine d'élans par an, ce qui représente environ 95 % de son menu traditionnel. Le reste du temps, il se contente de lièvres, de petit gibier, parfois de quelques chiens ou chats s'il se promène en ville. En 2004, les loups finlandais auraient ainsi tué 2 000 élans et 50 chiens. M. Granqvist assure que le loup de Finlande n'est que la branche la plus occidentale du loup de Sibérie qui se trouve en Russie à des dizaines de milliers d'exemplaires, et qu'il n'est donc absolument pas menacé d'extinction. "Nous les Finlandais sommes quand même mieux placés que les fonctionnaires de Bruxelles pour savoir comment gérer la population de loups. On ne va pas interdire la chasse à l'élan en Finlande parce qu'il n'y en a plus au Portugal !"

Les exigences européennes agacent généralement les Nordiques, qui n'aiment pas qu'on leur fasse la leçon en matière d'écologie et de gestion des ressources naturelles, qu'il s'agisse du loup, de l'ours ou du lynx, que l'Estonie a obtenu de pouvoir continuer à chasser en petit nombre. En Suède, des voix s'élèvent pour le rétablissement de la chasse aux loups, strictement interdite. Les Norvégiens ont repris la chasse commerciale à la baleine en dépit du moratoire en vigueur depuis 1986. Oslo estime dépenser suffisamment de millions de couronnes pour affiner sa connaissance des stocks de baleines, et aussi de phoques, pour se permettre d'en chasser des quantités limitées.

Source: Le Monde - Olivier Truc

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