Des lynx orphelins dans le Doubs

Le Doubs dans l’oeil du lynx

L'espèce lynx est toujours en expansion dans le département. Les récentes découvertes de plusieurs jeunes lynx orphelins posent question.

Depuis vingt-sept ans, époque de son tout premier signalement dans le Doubs, à Indevillers, le lynx est toujours «en phase d’expansion» dans ce département. Entre 1978 et 2003, 167 indices de sa présence ont été collectés sur 88 communes par le Réseau Lynx, qui suit l’évolution de cette espèce protégée.

Le réseau est également gestionnaire des éventuels dommages occasionnés aux troupeaux domestiques, les dossiers étant instruits par les DDAF (1). «Le Doubs est une zone de transition et de connexion : les deux foyers historiques de réintroduction, les Vosges et le Jura suisse, devraient s’y rejoindre d’ici peu de temps», explique Emmanuelle Dova, agent technique de l’environnement à l’ONCFS (2).

Dix à douze mois

Samedi dernier, à Arc-sous-Cicon, c’est la dépouille d’un jeune lynx âgé de moins de six mois, probablement mort de faim, qui a été retrouvée par un agriculteur dans la remise à bois de sa ferme. « Un petit reste normalement avec sa mère jusqu’à l’âge de 10-12 mois. Celle-ci a-t-elle été victime d’une collision avec une voiture première cause de mortalité du lynx ou d’un braconnier ? L’a-t-elle abandonné parce qu’il était trop faible ? A-t-il été empoisonné par la bromadiolone ingérée par les campagnols qu’il aurait capturés ? » Les résultats de l’autopsie pratiquée par le laboratoire vétérinaire départemental répondront peut-être à ces questions.

Jeune lynx retrouvé mort le 12 novembre à Arc-Sous-Cicon

«Ce qui est étonnant, c’est qu’un autre petit solitaire a été observé à la mi-octobre aux abords et dans le village de La Planée.» Dix jours plus tard, il était vu sur le même massif du Laveron, aux Grangettes, mangeant dans la gamelle d’un chien.

«Un troisième jeune, mais sans qu’on soit certain qu’il soit abandonné, a été vu aux Longevilles-Hautes le 30 octobre, sur le massif du Mont d’Or. Et deux orphelins viennent d’être signalés dans le département du Jura», rapporte Didier Pépin, directeur de la Maison de la réserve, à Labergement-Sainte-Marie. «En l’espace d’un mois, c’est beaucoup

Retour à une situation normale

«On estime qu’entre 50 et 80 lynx vivent actuellement sur le massif jurassien, Suisse comprise» signale pour sa part Michel Cottet. Pour la Fédération naturaliste de Franche-Comté, loin de représenter une «concurrence» pour les chasseurs, le lynx est l’acteur d’une «prédatation positive» : «Il participe de la sélection naturelle, en s’attaquant en priorité à des proies âgées, blessées ou malades. Sa faible capacité cardiaque l’empêche en effet de les poursuivre. L’attaque se fait par surprise et sa réussite dépend de plusieurs facteurs : l’expérience de l’animal, la distance

Une étude suédoise a montré que, pour 70 % des attaques réussies, l’assaut a été déclenché à moins de 20 mètres. Si la tentative échoue, le lynx devra parcourir des kilomètres pour trouver des ongulés - chevreuils ou chamois - moins méfiants.

Provoquant «l’agacement» de chasseurs, le lynx est-il réellement une menace pour les peuplements d’ongulés ? «S’il est vrai que le nombre de chevreuils a diminué dans certains secteurs où il est présent, il a aussi baissé dans d’autres où il n’y a pas de lynx» , remarque Emmanuelle Dova. «En terme de reproduction et d’extension de son territoire, comme tout grand prédateur, le lynx s’autorégule, une surpopulation est impossible», affirme Didier Pépin. «Appartenant naturellement à la faune jurassienne, d’où il avait disparu à la fin du XIXe-début XXe siècle, il revient à un effectif normal qui, selon une étude menée dans le Jura suisse, chiffre à un mâle pour 264 km2 et une femelle pour 168 km2

Christian BERNARD (1) En 2004, la DDAF du Doubs n’a recensé aucune attaque. A ce jour, en 2005, quatre attaques ont été répertoriées : une "probable", à Rosureux, et trois qui, bien que "douteuses", ont également donné droit à indemnisations.

Appel pour sauver « Petit Lynx »

Le 15 octobre, un jeune Lynx était observé à La Planée. Douze jours plus tard, il était aperçu au village des Grangettes en train de se restaurer dans la gamelle d’un chien. Si l’été indien lui a été favorable lorsque les premiers flocons de neige auront recouvert la campagne, incapable de chasser des proies sauvages, il risque bien de connaître le même sort que l’individu d’Arc-sous-Cicon.

Grâce à vos témoignages, il est peut-être encore possible de sauver Petit Lynx. Sa capture et son transfert au centre de soins jurassien Athenas permettraient de le nourrir durant l’hiver et de le relâcher dans la nature au retour du printemps.

Si vous avez la chance d’observer Petit Lynx, merci de le signaler immédiatement en téléphonant soit à la Maison de la Réserve (03.81.69.35.99) soit à l’Office national de la Chasse et de la Faune Sauvage (03.81.58.39.65).

Source : Est Républicain

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