Analyses génétiques loups - Entre 1997 et 2002, plusieurs phases de développement des techniques moléculaires nécessaires au typage individuel des loups ont été réalisées. Celles ci ont consistées notamment à sélectionner les «gènes», à améliorer la qualité discriminante des différents micro-satellites et à harmoniser les typages entre les équipes françaises, italiennes et suisses. Ces travaux étaient réalisés sous convention «études et recherches » entre l’ONCFS et le laboratoire d’écologie alpine de Grenoble (LECA) au sein des 2 programmes LIFE.
Depuis Avril 2004, et suite à un appel d’offre international, le Laboratoire d'écologie alpine de Grenoble (LECA) réalise aujourd’hui les analyses génétiques dans le cadre d’un contrat financé par le MEDD et produit annuellement le typage ADN d’environ 450 échantillons de fécès de loups et d’ours en 5 sessions (3 sessions d’analyses génétiques loup, 2 sessions d’analyses génétiques ours).
Pendant la construction de ce dossier, un retard conséquent a été pris de fin 2002 à Avril 2004, période durant laquelle aucune analyse génétique n’a été réalisée. Nous avons choisi de combler progressivement ce retard, plutôt que de sous-échantillonner dans la récolte de données de l’année 2003, tout en maintenant des possibilités d’analyses génétiques en temps quasi-réel sur les nouveaux secteurs de présence.
Etant donné le volume d’analyses génétiques actuel, et les reliquats en cours de résorption, un fonctionnement « normal » du rythme des allers-retours entre collectes de terrain et résultats d’analyse devrait être obtenu à la fin de l’année 2006 (i.e. échantillons de l’année «n» analysés l’année «n+1»).
La synthèse des derniers résultats concernent les échantillons de 2002, 2003 et une partie de 2004. Ils sont présentés dans le tableau ci-dessous. L’ordre de priorité d’analyse des crottes favorise les échantillons en provenance des nouveaux secteurs afin de pouvoir y certifier ou non la présence de l’espèce Canis lupus. Ensuite les analyses génétiques sont réalisées sur la base de la date de récolte des crottes sur tous les échantillons hors Mercantour et sur la base d’un échantillonnage au sein des massifs du Mercantour avec un surplus en Haute-Tinée (site sur lequel une étude approfondie est réalisée sur les relations entre prédateur et proies).
Tableau 1 : Etat d’avancement des analyses génétiques par massifs (tous résultats confondus)
Les résultats des 3 sessions d'analyses génétiques comprises entre avril 2004 et avril 2005 permettent notamment d’illustrer l’organisation spatiale des différentes meutes de loups ainsi que quelques points marquants identifiés dans les départements ci-dessous lors des toutes dernières sessions de septembre et novembre 2005 :
Alpes de Haute Provence - 04
Les mêmes animaux évoluent ensemble sur Allos et le Bachelard en 2003 et en 2004, comme suspecté préalablement, et d’autres animaux évoluent ensemble entre Villar-Colmars, Colmars et Revel-Méolans (fécès de 2003). La confirmation de l’existence de 2 groupes distincts n’a pas pu être réalisée par les opérations de hurlements provoqués de 2005 qui n’ont révélé la présence de jeunes que d’un seul côté.
Hautes Alpes - 05
Les excréments (et 1 poil) trouvés dans le Dévoluy début 2005 étaient des échantillons de chien et renard, ou impossibles à analyser (pas de signature génétique détectée). L’analyse génétique d’un nouvel excrément récolté à St Etienne en Dévoluy a enfin livré le typage individuel d’un loup mâle, qui fréquentait également le Valgaudemar 3 mois plus tôt. On observe également un mouvement de dispersion d’une femelle depuis le Queyras vers le massif du Taillefer entre janvier 2002 et novembre 2003. Les typages disponibles du Béal-Traversier sont malheureusement trop peu nombreux en 2002 et 2003 pour conclure quant à la composition et l ’organisation spatiale de cette meute.
Drôme 26
Le groupe évoluant sur les Hauts Plateaux possède un territoire minimum incluant les communes de St Agnan, Gresse, Chichilianne, Creyers, jusqu'à La Chapelle en Vercors. Les analyses génétiques précédentes tendaient à montrer les premiers éléments tangibles de l’existence de 2 meutes : on avait ainsi pu distinguer 2 individus dans le Vercors Ouest différents de ceux détectés sur les Hauts Plateaux. Cependant, un même animal a été détecté à Bouvante et à St Agnan durant l’hiver 2003/2004, ce qui n’est donc pas un élément plaidant en faveur d’une séparation totale entre les deux groupes précédemment cités.
De même, le hurlement provoqué (wolf howling) ne confirme toujours pas l’une ou l’autre de ces hypothèses. Par contre, les animaux présents autour de la montagne du Jocou sont identifiés comme 2 autres loups, aux signatures génétiques différentes de celles identifiées ci-dessus évoluant ensemble entre Treschenu - Glandage - Lus la Croix Haute (1 M et 1 F). Cette donnée conduit à penser à la constitution en meute sur ce site de ces animaux déjà détectés les années précédentes par les attaques sur les troupeaux.
Isère - 38
Les analyses génétiques des excréments de 2002, 2003 et 2004 montrent que la meute de loups Belledonne évoluait toujours entre les départements de la Savoie et de l’Isère, ainsi qu’au sud de la réserve des Sept Laux. Le loup mâle prélevé dans le cadre de l’arrêté interministériel en Valdaine est bien celui identifié par l’analyse génétique d’une crotte récoltée à St Sulpice de Rivoire 2 mois plus tôt. Cet animal n’avait jamais été identifié ces 3 dernières années. Par contre, le loup prélevé en octobre 2004 dans le Taillefer, aurait déjà été identifié 2 ans avant, dans le massif des Monges (04), mais cette donnée reste à confirmer de part le typage génétique de faible qualité.
Savoie - 73
Les loups de la meute du Thabor-Galibier ont été identifiés pour l'hiver 2004-2005. Le hurlement provoqué confirme la reproduction cette année (au moins deux jeunes entendus), et les dernières analyses génétiques réalisées sur des excréments de loups trouvés sur les sites de rendez-vous font état de 2 nouveaux loups qui pourraient être les louveteaux de cette année (1M + 1F). Cette identification va permettre de suivre le devenir de ces individus potentiellement disperseurs. La louve percutée par un véhicule à Montailleur début 2005, de même que le mâle braconné dans les Bauges cet été, sont des animaux jamais identifiés auparavant ces 3 dernières années. Le constat est le même, pour une femelle identifiée en Basse Maurienne (Montsappey), ainsi qu’un nouveau mâle en Vanoise (Seez). Par contre, le loup présent en Haute Maurienne est une femelle identifiée à 3 reprises à Bramans et Sollière-Sardière entre juillet 2003, et février 2004.
Haute-Savoie - 74
L'analyse génétiques des urines trouvées début 2005 confirme la présence de la même femelle déjà identifiée par les excréments de l'hiver 2004-2005.
Var - 83
Un mâle était toujours présent en 2004 mais le typage individuel de mauvaise qualité ne permet pas de connaître son identité.
Alpes Maritimes - 06
Les analyses génétiques du Mercantour permettent de délimiter les 4 groupes présents en France (dont 3 transfrontaliers avec l’Italie), avec notamment une identification des mêmes individus dans le Haut Var et la Moyenne Tinée en 2002 et 2003. On note également le mouvement d’une des femelles présente en 2002 en Moyenne-Tinée qui pourrait être une des femelles fondatrices de la meute du Haut-Verdon-Bachelard en 2004.
C’est maintenant au tour de l’ours et la prochaine session d'analyses génétiques loup est prévue en décembre 2005, et sera consacrée aux analyses des échantillons du Mercantour (et aux échantillons prioritaires dans les nouveaux secteurs) afin de compléter les jeux de données et réaliser de nouvelles estimations d’effectifs par CMR avec l’équipe du CNRS Montpellier. Les passerelles entre les anciens et nouveaux typages sont en voie d’achèvement. Une fois cette «grosse» formalité technique accomplie, un listing complet, échantillon par échantillon, sera publié dans un prochain QDN.
C. DUCHAMP, E. MARBOUTIN
Source : Bulletin d'information du réseau loup - Quoi de neuf ? n° 14