Hervé CHIROUZE
En janvier 1997, sur les Hauts Plateaux du Vercors je découvre un mouflon mort dans la neige fraîche. Il présente des morsures au cou mais n’a pas été consommé, il est en bordure d’un sentier fréquenté et le prédateur a du être dérangé. Je pense au lynx, la rumeur signale sa présence, mais l’examen des traces alentour montre des empreintes de grands canidés : « encore des chiens errants ».
La présence du lynx est attestée depuis quelques années dans le massif voisin de Grande Chartreuse et sa venue est attendue dans le Vercors. D’ailleurs, il y a depuis quelques temps des choses bizarres sur les Hauts plateaux : davantage de carcasses d’ongulés et surtout des attaques inexpliquées sur les troupeaux d’ovins.
Je signale ma trouvaille, le technicien de la DDAF mis au courrant veut en avoir le coeur net et, deux jours plus tard, nous remontons à trois, équipés, chose nouvelle pour un forestier, de matériel chirurgical. Encore inexpérimentés au bistouri nous apprenons à prélever la peau du cou. L’examen du diamètre et de l’écartement des perforations nous amène toujours à penser à un chien de grande taille. Dans les mois qui suivent, je renouvelle cette désagréable opération sur un autre mouflon et deux chevreuils avec le même résultat. Ce ou ces chiens sont décidément bien discrets !
L’analyse génétique d’une crotte trouvée sur les Hauts Plateaux ne donnera la solution qu’à l’automne 1998 : c’était bien du loup.
Depuis lors, la présence va se confirmer d’année en année et, surtout l’hiver, je rencontre régulièrement des traces dans la neige. Petit à petit, je m’habitue à différencier chien et loup, à estimer le nombre de loups sur une piste, à déterminer le responsable près d’une dépouille d’ongulé et à récolter des crottes.
En janvier 2002, le protocole de suivi hivernal est institué, une dizaine de circuits sont à parcourir, à ski de fond. Le premier hiver, seulement sur les Hauts Plateaux où se concentrent alors toutes les observations, puis l’hiver suivant, la surface prospectée est élargie car les observations s’étendent dans le Vercors et le nombre de circuits est porté à 14 puis à 19.
Je suis chargé avec Jean Cogne, garde de la Réserve Naturelle des Hauts Plateaux, du déclenchement de ces opérations 48 h après une chute de neige, et ce parfois, après bien des interrogations météorologiques pour déterminer le bon jour. Nous informons du déclenchement du protocole les personnes des organismes impliqués (pour les deux départements : DDAF, ONCFS, ONF, Fédération des Chasseurs, Techniciens des services environnementaux des conseils généraux, Réserve, association Mille Trace, etc).
Depuis le début, le suivi des pistes nous montre parfois un loup, le plus souvent deux, très rarement trois. Cependant une observation visuelle de 4 animaux a été réalisée à l’automne 2004.
Les opérations de hurlement provoqué mises en place depuis trois ans, sont réalisées simultanément sur les Hauts Plateaux et sur le Vercors ouest. Elles n’ont pas encore pu montrer qu’ils étaient plus nombreux ni qu’éventuellement il y avait plusieurs meutes. Les analyses génétiques apportent pour l’instant des données superficielles.
En tant que correspondant, je collecte les fiches d’indices venant essentiellement des forestiers de mon «Unité Territoriale », des chasseurs en forêts domaniales et de bûcherons. Je vais régulièrement vérifier des informations signalées sur le terrain. Ces informations sont transmises à la DDAF.
Les espaces fréquentés par les loups s’étendent aujourd’hui à des zones plus vastes et aussi plus habitées ; les indices et notamment les observations visuelles, sont plus fréquents. Davantage d’organismes sont susceptibles de recueillir des indices, de ce fait à l’ONF nous n’avons qu’une connaissance fragmentaire des indices.
A défaut de consensus sur la présence du loup, le réseau grands prédateurs permet de faire se côtoyer des personnes d’horizons divers et de sensibilité différente sur le sujet et même de travailler de concert pour en apprendre d’avantage sur cet animal emblématique. Au fait je n’ai toujours pas croisé de traces de lynx …
H. CHIROUZE / ONF - Correspondant Réseau GC 26
Hervé CHIROUZE est entré à l’ONF en 1982, il occupe son premier poste 2 ans en Lorraine dans la Meuse, puis migre vers le sud et reste 3 ans à St Raphaël dans le Var. Il rejoint St Agnan en Vercors dans la Drôme en 1987, pour un poste d’agent patrimonial dans L’Unité territoriale (UT) du Vercors. L’UT recouvre le Canton de La Chapelle en Vercors : communes de la Chapelle, St Agnan, St Julien en Vercors, St Martin en Vercors et Vassieux. Hervé a collecté à peu près 150 indices sur le massif.
Source : Bulletin d'information du réseau loup - Quoi de neuf ? n° 14