François Arcangeli : l'amorce d'un développement basé sur la valorisation des atouts et des spécificités des Pyrénées

Le maire d'Arbas voit dans l'annonce des lâchers l'amorce d'un développement basé sur la valorisation des atouts et des spécificités des Pyrénées

François Arcangeli est maire d'Arbas et Président de l'Association Pays de l'Ours-ADET. Durant ce mois de mars, François Arcangeli a répondu à l'annonce du lâcher de 5 ours par Madame Nelly Olin et a écrit au Président de la République. Il insiste sur la concertation qui a précédé et la demande du peuple français qui s'est majoritairement prononçé pour la sauvegarde de l'ours des Pyrénées.

Discours lors de l'annonce des lieux des lâcher de 5 ours au printemps

13-03-2006

Madame la Ministre,

Je voudrais tout d’abord vous remercier pour l’annonce que vous venez de faire et pour le travail que vous avez entrepris ces derniers mois, sur le terrain notamment, en prenant le temps de la concertation, le temps d’écouter les avis des uns et des autres, pour finalement prendre cette décision – mesurée - de procéder au renforcement par l’apport de 5 ours slovènes dès ce printemps dans les Pyrénées.

Vous avez pris le temps, nous avons pris collectivement le temps, depuis la réintroduction expérimentale faite à Melles il y a 10 ans sous l’impulsion d’André Rigoni, le maire de Melles, mon prédécesseur à la présidence de l’association « Pays de l’ours – Adet ». Réintroduction sans laquelle aujourd’hui nous ne compterions plus que 2 ours dans les Pyrénées. Pendant ce temps, l’Italie a procédé de son côté – et sans polémique - au lâcher de 10 ours en 3 ans.

Cette décision relève bien de la crédibilité de la France à respecter ses obligations morales et ses engagements internationaux. Elle donne sa propre contribution au maintien de la biodiversité. Elle relève aussi de la volonté très majoritaire de la population, de toute la population, qu’elle soit citadine, rurale ou montagnarde. Toutes les études d’opinion l’ont montré : 77 % des habitants des trois départements de montagne de Midi-Pyrénées y sont favorables, 77 % aussi dans les Pyrénées-Atlantiques, et deux habitants sur trois dans les seules communes de montagne.

Cela relève donc de l’image de la France, mais aussi de celle des Pyrénées et des Pyrénéens : Pour notre part, nous ne pouvons imaginer choisir d’abandonner un pan entier de notre patrimoine naturel, d’effacer avec lui cette fierté que nous avons, nous pyrénéens, de prendre en main notre avenir en conciliant tous les enjeux de notre territoire dans une vraie démarche de développement durable.

La sauvegarde de l’ours relève d’une responsabilité collective, mais commence par des responsabilités individuelles : nous prenons donc la nôtre en refusant d’imaginer laisser disparaître l’ours au moment même où nous occupons nos modestes fonctions d’élus locaux.

Nous le faisons, je l’ai dit, avec l’appui sans faille de l’opinion publique. Faut-il rappeler également notre comité de soutien composé de plus de 300 élus de toutes tendances politiques et de professionnels avec lesquels nous avons signé des chartes de qualité ? Rappeler aussi notre pétition qui compte plus de 125.000 signatures ?

Madame la Ministre, Il y a probablement peu de décisions politiques aussi consensuelles !

Pourtant certains dénigrent, condamnent, dénoncent le retour de l’ours au nom de conceptions dépassées opposant l'Homme à la Nature. Nous, nous sommes fiers de ce retour et nous voyons dans cette histoire l’amorce d’un nouveau développement dans les Pyrénées : un développement basé sur la valorisation des atouts et des spécificités d’un territoire remarquable, tant par son environnement naturel que culturel.

D’un point de vue culturel précisément, et conformément à la tradition pyrénéenne, nous lançons dès aujourd’hui les opérations de baptême de ces ours dont les noms seront proposés par la population, par les enfants, en partenariat avec la presse : toutes les précisions sont portées sur notre site internet paysdelours.com. Nous aurons à choisir également pour ces ours des parrains et des marraines issus des personnalités du spectacle, du cinéma et du sport.

Madame la Ministre,
Au nom de ceux d’entre nous qui travaillons depuis 10 ans pour sauver les ours dans les Pyrénées, je vous remercie. Je vous remercie de nous permettre aujourd’hui d’écrire ensemble une des plus belles pages de notre histoire pyrénéenne.

Le lundi 13 mars 2006

François Arcangeli, Maire d’Arbas, Président de l’association pour le développement durable des Pyrénées Centrales « Pays de l’Ours – Adet »

Lettre au Président de la République

Jeudi 9 mars 2006

Monsieur le Président,

Dans quelques jours, Madame Nelly OLIN, Ministre de l'Écologie et du Développement Durable doit annoncer les détails du programme de renforcement de la population d'ours dans les Pyrénées, notamment les sites retenus pour les lâchers. Les opposants à ce programme ont donc logiquement choisi ce moment pour rappeler leur désaccord.

En cette période sensible pour l'avenir des Pyrénées, je tiens à vous rappeler notre soutien et celui de la majorité des Français et des Pyrénéens sur ce dossier.

Le bruit et l'agitation que vont créer les opposants à l'ours ne doivent pas occulter la réalité de l'état de l'opinion sur cette question. Les occasions de la mesurer ont été nombreuses et ont invariablement conclu dans le même sens : les Français, comme les Pyrénéens, y compris les montagnards, soutiennent massivement la restauration de la population d'ours des Pyrénées et les lâchers nécessaires pour y parvenir. Vous trouverez ci-joint à ce sujet les résultats des différents sondages réalisés. Depuis 15 ans, aucune étude d'opinion n'a jamais conclu à une opposition significative à l'ours dans les Pyrénées.

De même, les occasions de constater la mobilisation des Pyrénéens et des Français en faveur de l'ours n'ont pas manqué :

  • en mai 2000, alors que l'Assemblée Nationale venait de voter le retrait des ours, plus de 1.000 personnes ont défilé à Saint-Gaudens.
  • En novembre 2004, c'est plus de 2.000 personnes qui se sont réunies à Oloron-Sainte-Marie suite à la mort de Cannelle, la dernière femelle ours pyrénéenne.
  • La pétition que nous avons ensuite lancée a recueilli plus de 125.000 signatures en faveur du renforcement de la population d'ours.

Au delà de l'état de l'opinion, je souhaite également insister sur le fait que le programme mis en œuvre par l'état n'est pas seulement une opération écologique. En effet, depuis 1994, le programme "Ours" consacre chaque année plus de la moitié de son budget au soutien du pastoralisme, en particulier pour le financement de postes de bergers en montagne, la protection des troupeaux et l'amélioration des conditions de vie et de travail des bergers.

Il s'agit donc bien d'un programme équilibré, favorisant la conciliation des enjeux écologiques et économiques, dans l'esprit même du Développement Durable.
Les faits montrent d'ailleurs l'efficacité de ces mesures favorisant la cohabitation élevage - ours. Une récente étude, dont vous trouverez ci-joint la présentation démontre que les chiens de protection mis en place dans le cadre du programme "Ours" permettent de réduire en moyenne de 90% la prédation sur les troupeaux. En plus du bénéfice de pouvoir embaucher des bergers, ces actions mènent à une conclusion sans appel sur le terrain : la mortalité dans les troupeaux pyrénéens a significativement baissé depuis dix ans, et ceci grâce à la réintroduction de l'ours !

L'enjeu de cette opération n'est donc pas seulement écologique. Le retour d'une population viable d'ours dans les Pyrénées est également un enjeu patrimonial et socio-économique.

La culture pyrénéenne a depuis longtemps intégré le voisinage de l'ours. Selon certaines légendes pyrénéennes, le premier ours serait un homme déchu ; d'autres expliquent à l'inverse que l'homme descend de l'ours. Ainsi un proverbe basque dit : « Ne tue pas l'ours, c'est ton père ! ».

Toujours complexe, souvent houleuse, la relation Homme - Ours est donc un élément fondamental de la culture pyrénéenne.

Il serait tout à fait paradoxal, incompréhensible, que nous choisissions l'époque où nous avons enfin les moyens techniques et financiers de cohabiter de manière apaisée avec l'ours, pour décider ce que n'ont jamais fait nos ancêtres : faire disparaître l'ours des Pyrénées.

Enfin, l'ours dans les Pyrénées est un enjeu majeur pour le développement durable de ce massif. Comment imaginer en effet de laisser disparaître sciemment un des plus beau fleuron du patrimoine naturel français quelques années seulement après avoir défini et adopté comme principe d'action fondamental la conciliation des enjeux écologiques et économiques.

D'autant que la présence de l'ours est un atout fort pour le développement durable montagnard : il est à la fois un élément mobilisateur d'énergies et de moyens, et le garde-fou garantissant que l'on gère le patrimoine de manière respectueuse et responsable pour les générations futures.

L'ours est en effet une espèce biologiquement exigeante. Intégrer sa présence dans les stratégies de développement impose d'adapter les activités humaines afin de concilier les approches écologiques, économiques et socioculturelles.
C'est sans doute ce qui dérange le plus les opposants à l'ours. Ils savent que la conservation de cette espèce les limite dans leur vision seulement économique de la montagne. De notre point de vue, ce n'est pas le moindre des intérêts de ce programme.

Pour toutes ces raisons, Monsieur le Président, je tiens à vous renouveler le soutien de nos communes et des membres de notre association, de la grande majorité des Pyrénéens et des Français pour le maintien et la poursuite du programme de restauration de la population d'ours dans les Pyrénées.

L'ours est à la fois notre histoire et notre espoir, l'âme des Pyrénées. Nous vous demandons et vous remercions par avance pour votre soutien à ne pas le laisser disparaître.

Je vous remercie de l'attention et des suites que vous accorderez à la présente, et vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l'expression de ma plus haute considération.

A Arbas, le jeudi 9 mars 2006
François ARCANGELI

Maire d'Arbas, Président de l'association pour le développement durable des Pyrénées Centrales "Pays de l'Ours - Adet".

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