Suisse : le concept Ours brun

La Suisse se dote d'une typologie de l'ours brun et de principes de gestion de l'espèce Ursus arctos

27 février 2006
Le statut de l'ours en Suisse

L’ours brun a été classé espèce animale protégée par la législation nationale en 1962. De plus, la Suisse a ratifié la Convention de Berne en 1979, se déclarant ainsi solidaire des efforts de protection déployés à l’échelle internationale.

L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) est chargé d’élaborer des concepts applicables aux espèces animales particulièrement protégées telles que l’ours brun. Ces documents fixent les principes régissant la protection, le tir ou la capture des animaux, la prévention et la constatation des dégâts ainsi que le versement d’indemnités pour les mesures de prévention. (...)

L’ours en Suisse et dans les Alpes

En Suisse, l’ours a été l’objet, aux XVIIIe et XIXe siècles, d’une chasse intensive qui a abouti à son extermination. Le dernier spécimen a été abattu en 1904 en Engadine, dans le Val S-charl.

Dans la province italienne du Trentin, environ 70 km au sud de la Suisse, une population autochtone comptant quelques individus a survécu, mais sans se reproduire pendant de nombreuses années. Il a donc été décidé de lâcher dix ours de Slovénie dans le parc national Adamello-Brenta entre 1999 et 2002 afin de renforcer ce reste de population. Plusieurs naissances ayant été enregistrées depuis lors, il n’est pas exclu que des ours immigrent en Suisse et, à moyen terme, s’y établissent.

Typologie de l’ours brun et principe de gestion de l’espèce

Ours_suisse_1Lorsque l’ours est chassé par l’homme, il est farouche et se réfugie dans des forêts retirées. Doté d’une grande faculté d’adaptation, il apprend cependant vite à s’approprier de nouvelles sources de nourriture dans les zones habitées, d’où les attaques de bétail et autres pillages de ruchers. Or, s’il s’aperçoit qu’il peut facilement trouver à manger en se rapprochant de l’homme et de son habitat, il devient progressivement moins farouche et les rencontres peuvent alors présenter des risques.

Il existe donc plusieurs types d’ours dont les caractéristiques, même si elles ne sont pas toujours clairement délimitées, peuvent nécessiter la création d’un classement par la Commission intercantonale. Chaque catégorie requiert une gestion spécifique qui a toujours pour but de déceler au plus vite les conflits potentiels afin de les éviter.

Ours farouche

Définition
L’ours peut vivre discrètement même dans des zones habitées, à condition de
trouver suffisamment de nourriture et de possibilités de refuge. En pareil cas, les
rencontres avec l’homme sont rares, mais lorsqu’elles se produisent malgré tout, il peut arriver que l’animal devienne agressif, par exemple s’il est surpris à faible distance ou s’il s’agit d’une femelle ayant des petits. Une réaction de ce type fait partie du « répertoire de comportements » naturel de l’ours et ne doit donc pas être considérée comme dangereuse, pour autant bien sûr qu’aucun homme ne soit blessé ni tué.

Principes de gestion
Dans les régions habitées par des ours farouches, la Confédération participe, en collaboration avec les acteurs concernés, à la réalisation de projets régionaux pour prévenir les dégâts en les soutenant financièrement pendant au minimum trois ans. Dans ce contexte, les cantons, les communes et les organisations
touristiques des zones avoisinantes informent la population et les touristes du
comportement à adopter pour que la cohabitation soit pacifique.

Les cantons veillent à ce qu’aucune nourriture ne soit distribuée aux ours – aux abords des hôtels, par exemple, pour attirer les touristes – et interdisent tout apport de nourriture dans les territoires occupés par les plantigrades.

Ils surveillent les peuplements d’ours en permanence et rendent compte en particulier de l’étendue du territoire où séjournent des ourses avec leurs petits, sachant que ce sont elles qui présentent les plus grands risques.

Ours peu farouche

Définition
Ours_suisse_2L’ours a une grande capacité d’apprentissage. Cet omnivore découvre vite
comment utiliser à son profit les nombreuses sources de nourriture qui s’offrent à lui lorsqu’il s’approche de zones habitées. Ses rencontres avec l’homme ont donc tendance à se multiplier, au point qu’il devient de moins en moins farouche et que les situations de conflits sont quasiment inévitables.

Dans cette catégorie, l’ours peut avoir un comportement nuisible, voire problématique. Dans ce second cas, il peut devenir dangereux (« ours à risque »).

Ours nuisible

Définition
Ce type d’ours cause régulièrement des dégâts matériels. Il s’attaque au bétail
et pille ruchers et vergers. Ses sources de nourriture proviennent exclusivement de l’activité humaine et il devient nuisible.

Principes de gestion
L’OFEV et le canton où séjourne ce genre d’ours élaborent, d’entente avec les acteurs concernés, un projet régional visant à prévenir les dégâts et proposent des mesures de protection aux personnes directement touchées. Si l’ours provoque des dommages plusieurs fois au même endroit, à proximité d’habitations ou en
dépit des mesures de prévention mises en place, il convient d’envisager des actions d’effarouchement.

Ours problématique

Définition
L’ours s’habitue à l’homme et découvre que celui-ci ne présente aucun danger. Il se rend compte qu’il lui suffit de surmonter sa timidité pour avoir accès à de la
nourriture de grande qualité. Il se rapproche donc de plus en plus de l’homme, de zones habitées ou de hameaux, s’introduit dans des poulaillers et des clapiers ou se restaure sur les tas de fumier et de compost. Les rencontres qui peuvent en résulter avec l’homme risquent d’être dangereuses, l’ours commençant à se comporter de manière agressive à son égard, sans toutefois le blesser.

Principes de gestion
Ce type d’ours doit être capturé, être muni d’un émetteur, puis faire l’objet de plusieurs actions d’effarouchement systématiques.

Ours à risque

Définition
Malgré les mesures d’effarouchement prises à son encontre, l’ours au comportement problématique n’est pas devenu plus farouche ou s’est attaqué à une personne de manière agressive, la blessant, voire la tuant.

Principe de gestion
Sitôt qu’un ours est classé dans la catégorie « comportement à risque », il doit être tiré. Le capturer et le placer dans un enclos est une option qui ne doit jamais entrer en ligne de compte.

Effarouchement d’ours au comportement nuisible

Lorsque des mesures d’effarouchement s’imposent, l’OFEV et les cantons concernés mettent sur pied un groupe d’intervention composé de gardes-chasse cantonaux expérimentés ainsi que de spécialistes, la participation de ces derniers étant financée par l’OFEV.

Les actions d’effarouchement à l’encontre d’ours nuisible occasionnant des dégâts matériels ne se justifient que si les attaques ont lieu :

  1. à l’intérieur ou autour d’agglomérations fermées ou à proximité de hameaux habités, de fermes isolées et de chalets d’alpage,
  2. à plusieurs reprises aux mêmes endroits,
  3. malgré la mise en place de mesures de protection éprouvées.

Tir d’ours au comportement à risque

Un ours à risque doit être abattu dans les cas suivants :

  1. Il ne craint plus l’homme, au point de pénétrer dans des zones d’habitation fermées, tente de s’introduire dans des bâtiments ou des étables, suit des hommes plusieurs fois à portée de vue et se montre agressif sans être provoqué; sa peur de l’homme n’augmente pas, en dépit d’actions d’effarouchement répétées;
  2. Il a attaqué une personne et l’a gravement blessée;
  3. Il a tué une personne.

Un ours n’est pas tiré s’il attaque du bétail ou provoque d’autres dégâts matériels, mais n’agresse l’homme que s’il est provoqué.

Réactions

Les suisses se dotent de 5 catégories de comportement bien définies et de règles à suivre strictes pour effaroucher un ours au comportement nuisible. Les conditions pour pouvoir tirer un ours sont encore plus sévères.

Si les bergers béarnais étaient suisses...

Remarquez que les actions d’effarouchement à l’encontre d’ours nuisible occasionnant des dégâts matériels ne se justifient que si les attaques répondent à 3 conditions dont une « malgré la mise en place de mesures de protection éprouvées » ne ne permettrait pas en France de prendre des mesures d'effarouchement sur un troupeau non protégé. Le berger dans ce cas n'a qu'à s'en prendre à lui même !

Photos de l'ours suisse prise durant l'été 2005


Telecharger_8 Télécharger le document complet Concept Ours brun Suisse (PDF - 18pages - 123 Kb) Confédération Suisse - Département de l'Environnement, des Transports, de l'Energie et de la Communication DETEC - Office fédéral de l'environnement OFEV.

Commentaires