Le CERPAM, le SIME et l’Ecole Nationale d'Ingénieurs des Travaux Agricoles de Clermont-Ferrand (ENITAC) se sont associés pour élaborer une base de données concernant les dégâts de chiens errants ou divagants sur les troupeaux ovins. Cette base de donnée repose sur un protocole d’enquête homogénéisé : les enquêtes sont exhaustives, menées par entretien direct auprès de tous les éleveurs d’un territoire donné, représentant 30 à 50 troupeaux (résidents ou transhumants), et elles couvrent les 4 ou 5 dernières années.
Les territoires sont choisis hors zone de présence de loups ou d’ours pour les années enquêtées, afin d’éviter la confusion entre les prédateurs. Les taux de prédation sont calculés sur le cheptel ovin âgé de plus de 4 mois sorti au pâturage, mâle et femelle ; cette définition permet une base commune pour les troupeaux en exploitation et en transhumance ; la prédation sur les agneaux jeunes et/ou de bergerie est comptabilisée séparément et ramenée au nombre d’agneaux en exploitation, hors broutards. Chaque épisode de prédation fait l’objet d’une fiche d’enquête détaillée portant sur les conditions de l’attaque, la conduite du troupeau, l’identification du prédateur.
Sur cette base méthodologique, 7 territoires sont en cours d’analyse dans 6 départements (04, 30, 34, 63, 66, 84). Les premiers résultats concernant 5 territoires et 163 troupeaux montrent un taux de prédation annuel moyen variant entre 0,1 et 0,3 % selon le territoire. La prédation sur les agneaux de bergerie est nettement plus faible encore. La fréquence d’attaques est basse, avec un risque d’attaque
une fois tous les 3 à 9 ans en moyenne selon les territoires pour un éleveur donné. Les chiens responsables ne sont pas discrets, ils sont repérés dans la plupart des cas (85 %), ce qui permet souvent de leur interdire de récidiver. Il s’agit le plus souvent de chiens de voisinage, plus rarement de chiens de touristes, exceptionnellement d’un chien errant proprement dit (un seul cas repéré).
Une telle base de données, qui sera complétée par de nouvelles enquêtes, est la plus développée existant aujourd’hui sur le sujet. Le faible niveau de prédation par les chiens permet de mieux comprendre pourquoi l’arrivée de loups est toujours repérée dans un premier temps par une explosion des attaques sur les troupeaux dues à un prédateur furtif.
Attaques de chiens sur les troupeaux ovins dans le Luberon et comparaison avec la prédation en territoires à loups
Garde Laurent publie :«Attaques de chiens sur les troupeaux ovins dans le Luberon et comparaison avec la prédation en territoires à loups», Anthropozoologica, 2005, 40 (2), p. 7-26
Résumé :
«Dans les Alpes du Sud, les éleveurs ovins connaissaient déjà bien le risque d’attaques de chiens sur leurs troupeaux lorsqu’un nouveau prédateur, le loup (Canis lupus), s’est installé à partir de 1992.
Depuis cette date, les défenseurs des loups affirment que les attaques de loups sont peu de choses en comparaison des attaques de chiens. Mais les références chiffrées manquent. Une enquête exhaustive a donc été menée auprès des éleveurs dans un territoire sans loups, le massif du Luberon, afin de recenser les attaques de chiens et de comprendre les conditions de cette prédation. Les résultats montrent un faible taux de prédation par les chiens dans cette région où le cheptel ovin est important. L’essentiel des problèmes est dû à la divagation de chiens du voisinage, très rarement à des chiens réellement «errants». Les résultats ont été comparés à d’autres études menées dans d’autres régions.
La prédation due aux chiens est faible dans un autre massif des Alpes du Sud, mais plus forte dans les régions où l’élevage ovin est résiduel. Les résultats obtenus ont également été comparés à la prédation dans deux massifs où les loups sont installés dans les Alpes de Haute-Provence. Deux indicateurs fortement discriminants ont pu être mis en évidence : dans les territoires à loups, la fréquence d’attaques est très supérieure avec un nombre de victimes par attaque en moyenne plus bas, et l’identification visuelle du prédateur à l’attaque est beaucoup plus rare. Ces résultats visent à fournir aux gestionnaires un outil de «mise en alerte» sur l’arrivée de loups dans une nouvelle zone avant d’en obtenir confirmation génétique, et donc d’améliorer l’action d’urgence (indemnisations, protection des troupeaux) dont on sait que la rapidité est un gage de réussite.
Cette étude montre aussi l’écart entre les discours généralement répandus sur les problèmes de chiens «errants», et la réalité de la situation vécue par les éleveurs dans les Alpes du Sud.»
Pour plus de renseignements :
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Lettre 16 du CERPAM / 1ème trimestre 2006
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