Le plan de renforcement de la population d'ours 2006 ira à son terme

L'importation de cinq nouveaux ours slovènes divise les habitants des Pyrénées

Dans les vallées ariégeoises, les uns parlent patrimoine, les autres répondent férocité.

En Slovénie, vient d'être lancée la capture des cinq ours, quatre femelles et un mâle, qui doivent être expédiés dans les Pyrénées françaises. Jusqu'à la dernière minute, les opposants à cette décision tenteront de la faire annuler. Mardi dernier, un référé suspension a été déposé devant le Conseil d'Etat.

Dans le village des Cabanes (Ariège), le message est sans ambiguïté. Suspendu au mur, le tee-shirt noir frappé d'une phrase en rouge sang accroche le regard : «Ours en liberté = vies en danger.» Philippe Lacube, propriétaire d'une boutique de produits régionaux, hisse pavillon : pas d'ours ici.

Le dépliant pour se procurer des agneaux directement auprès de l'éleveur est tout aussi clair : « Le broutard du pays de l'ours. » Catherine Lacroix et Gilbert Guillet, éleveurs à Barjac (Ariège) d'une soixantaine de bêtes qui transhument chaque été, sont aussi affirmatifs que Philippe Lacube. Mais, pour dire le contraire : « L'ours fait partie du patrimoine pyrénéen, cela montre que c'est encore une montagne vivante, c'est un emblème. »

Interprétation des sondages

Ainsi vont les querelles en Ariège, comme dans l'ensemble des départements pyrénéens, qui culminent ces dernières semaines avec la décision de Nelly Olin, ministre de l'Ecologie, de réintroduire les plantigrades avant le début de l'été, au nom de la survie de l'espèce. Opposants et partisans s'invectivent souvent, se traitent de menteurs régulièrement, s'échauffent parfois et ne s'entendent jamais. Les exemples foisonnent.

Les enquêtes d'opinion auprès des Français mais également des habitants des Pyrénées aboutissent toutes au même résultat : une grosse majorité de personnes interrogées se disent favorables à l'ours. «Que tous les Français soutiennent l'ours, je veux bien, mais dans les Pyrénées, c'est faux», assure pourtant Philippe Lacube, persuadé que les sondés ont été sélectionnés.

Ce n'est pas un hasard si les ours ont quasiment disparu des montagnes françaises, estiment encore leurs détracteurs : la cohabitation avec l'homme étant impossible, ils ont été exterminés. «En Ariège, le dernier ours a été tué en 1942», rappelle le commerçant des Cabanes. «Les ours n'ont pas été volontairement décimés, conteste Alain Reynes, membre de l'Association pour le développement économique et touristique des Pyrénées centrales, mais abattus pour l'argent qu'ils rapportaient aux chasseurs. Entre la prime, l'argent collecté auprès des villageois grâce au trophée, la vente de la peau, de la tête, de la viande et de la graisse, ils pouvaient toucher l'équivalent de six mois du salaire d'un instituteur.»

Chaque année, entre 200 et 300 morts de brebis sont imputées à l'ours et donc indemnisées. «C'est un animal qui provoque relativement peu de dégâts quand on sait qu'environ 600 000 bêtes pâturent dans les Pyrénées», affirme François Arcangeli, maire PS de la commune d'Arbas, où le premier des ours capturés en Slovénie sera relâché, et dont la mairie a été récemment prise d'assaut par les ennemis de l'ours. «Le loup peut décimer tout un troupeau, ce n'est pas le cas de l'ours. Sans oublier que la mouche qui pond dans les plaies des bêtes blessées reste le plus grand prédateur du mouton.»

Chiens patous

«Un troupeau, c'est le travail de toute une vie et personne n'a le droit d'y toucher au prétexte que l'éleveur bénéficie de compensations», rétorque Olivier Ralu, berger à la tête d'un troupeau de 600 bêtes, lui qui exerçait autrefois l'architecture. «On vit à une époque où tout s'échange et tout se monnaye, alors ce n'est pas à nous éleveurs de montagne qu'il faut tenir un discours sur le développement durable», dénonce ce néorural.

Mais les désaccords ne s'arrêtent pas là. Chaque camp envisage une évolution diamétralement opposée du pastoralisme. Lorsque Catherine Lacroix et Gilbert Guillet estiment que les financements versés en contrepartie de la présence de l'ours ont permis de promouvoir un véritable statut pour le métier de berger, Philippe Lacube affirme que leur situation professionnelle a évolué partout en France avec ou sans ours.

Lorsque les deux éleveurs pensent que les bergers peuvent retourner dans les montagnes dotés de téléphones portables pour donner l'alerte, accompagnés de chiens patou qui effraient le plantigrade, et d'installer des enclos pour parquer les bêtes la nuit, Olivier Ralu affirme qu'on ne reviendra pas en arrière. «Dans notre région, dit-il, la montagne est trop accidentée, on ne peut pas regrouper les bêtes le soir et il faudrait beaucoup trop de chiens patous. Enfin, notre technique ancestrale, c'est de laisser aller les brebis tout en les ayant à l'oeil.»

Le plan de renforcement 2006 ira à son terme

Nelly Olin a tranché : le plan ours 2006 ira à son terme même largement amendé par rapport à celui de son prédécesseur au ministère. Serge Lepeltier prévoyait d'importer trois fois plus de plantigrades. «En ménageant la chèvre et le chou, on va prendre des coups et on ne construit rien», souffle, désabusé, Olivier Ralu.

Marielle Court

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