C’est pas l’ours le problème, c’est le prix de l’agneau
La réintroduction de l’ours dans le milieu pastoral a mis les bergers pyrénéens en colère. A juste titre ? Oui et non. Si, en effet, le repeuplement de notre faune naturelle est essentiel à l’équilibre écologique du pays, le repeuplement sociologique de nos campagnes avec de « vrais » agriculteurs devrait également être la priorité des gouvernements de la République.
A l’instar de l’hebdomadaire basque Enbata qui, raillant l’actualité, titrait « Cinq paysans réintroduits dans les Pyrénées », on pourrait en effet se moquer de ces pouvoirs publics qui plantent un arbre pour mieux cacher la forêt par eux dévastée. La paysannerie se meurt et nos cultures authentiques disparaissent sous les coups répétés que la Chiraquie agricole (dont Luc Guyot, ancien patron de la FNSEA, fût le nervi en chef) assène depuis près de quarante ans avec la complicité nocive du productivisme agro-industriel. Un lobby dont la puissance et l’agressivité se manifestent tous les jours au niveau des OGM. Le cauchemar n’est donc pas près de s’inverser.
Toutefois, pour en revenir à nos ours, ne nous conduisons pas comme des moutons car nous risquerions de finir en côtelettes. Autrefois il en reste encore quelques-uns , les bergers vivaient en montagne, avec leurs troupeaux. Aujourd’hui, ils ne montent que deux fois l’an en 4x4, en se contentant de comptabiliser, en fin de saison, le nombre de têtes manquantes. On ne compte plus, en effet, les troupeaux décimés par des chiens errants qui passent par pertes et indemnités. Sait-on que, chaque année, victimes de la concurrence des agneaux exotiques traités et congelés dont la grande distribution sature ses frigos, 700 000 brebis invendues finissent à l’équarrissage ?
Il n’est pas question de dénigrer l’exaspération des bergers dont l’ours a mangé les ovins, mais, si cette profession était mieux rémunérée et l’agneau vendu à son juste prix au lieu d’engraisser les profits intermédiaires, la détresse pastorale ne viendrait pas se heurter à la légitime reconstitution de notre patrimoine naturel. Réhabilitons notre agriculture « vivante » et les moutons seront bien gardés. Parole d’ours.
La moitié du budget du programme Ours est consacré à l’élevage et permet également de résoudre des problèmes indépendants de l’ours.
Périco Légasse
Extrait de l’hebdomadaire Marianne n° 476
