Retour sur le procès d’André Apiou à Pau
Grand-père a tué l’ours
La mort d’un ours, ça entraîne des frais... Tout ce travail, perdu désormais, pour le suivre, l’observer, le faire cohabiter avec les troupeaux. Et si on veut en importer un autre de Slovénie, et tout: 10 millions de francs.
André Apiou n’en revient pas. De son temps [ NDLB : il a actuellement 85 ou 86 ans ], en vallée d’Aspe, en Béarn, la chasse à l’ours, c’était l’occasion de joyeuses virées. Des photos le montrent, campé près du fauve, avec les autres gars du village et son père. Mais la chasse est interdite depuis 1960.
Qu’est-ce qui lui a pris, à André Apiou, de remettre ça à l’automne 1994 ? La semaine dernière [NDLB : décembre 1998], devant le tribunal correctionnel de Pau, où il comparaît pour « destruction d’espèce protégée », il explique : « C’est la Cristallère, près de Borce, mon village. Un massif escarpé et sauvage. Je le connais par coeur. Je savais que c’était un refuge de sangliers. J’y suis allé avec mon fils et Alain Cedet ».
Alain Cedet, lui, n’a pas connu la belle époque ; il a quarante-deux ans maintenant, mais, dans sa famille, il y a eu des gâchettes.
Ce n’est qu’en février 1997 qu’une dénonciation anonyme (c’est ainsi dans nos campagnes) arrive aux gendarmes et à l’Office de la chasse: «Il y a une dépouille d’ours à la Cristallère et on peut dire qui l’a fait». Sauf qu’à la dépouille d’ours (en vérité, une ourse) il manque la tête et les pattes de devant. Et on suggère, au tribunal, que, de ces trophées on fait un trafic très rémunérateur en Espagne. Ça, Apiou et Cedet le réfutent.
Dialogue avec André Apiou
André Apiou : «J’ai cru que c’était un sanglier. Si j’avais su que c’était la bête, j’aurais pas tiré»
Le juge : «Mais vous avez tiré à moins de vingt mètres !»
André Apiou : «Avec tous ces fourrés!»
Le juge : «Mais le bruit... Le cri du sanglier ne ressemble pas à celui de l’ours!»
André Apiou : «Je suis dur d’oreille».
Le juge : «Pourquoi ne pas avoir reconnu son erreur et avoir tu tout cela?»
Alain Cedet: «On a eu peur».
Quant à Apiou, on se demande s’il n’est pas plus humilié d’avouer une bévue de chasseur que d’avoir ramené la population des ours du Béarn à moins d’une demi-douzaine. Représentant des associations de défense de la faune (toutes, elles ont réclamé plus d’un million de francs de dommages et intérêts), Me Sylvie Godard, de Bordeaux, vise assez juste dans son interprétation : «Vous n’étiez pas partis pour une battue à l’ours. Mais vous en croisez un. Vous avez tiré par atavisme.»
Le ministère public aussi s’en tient à une faute de chasse; il réclame contre les deux le retrait du permis de chasse pour cinq ans et 15.000 francs d’amende. Privé de son fusil, André Apiou pourrait vieillir plus vite.
Pierre Magre
Extrait de Grand père a tué l'ours
L'Humanité du 22/12/98
André Apiou (13 ours a son actif) a été condamné pour le braconnage de l'avant-dernière ourse de souche pyrénéenne, Claude en 1994. L’interdiction de la chasse à l'ours avait été promulguée dès 1957. Ce personnage a donc continué ses méfaits de braconnier bien après.
Réserves Lalonde
« La Cristallère », le lieu où André Apiou a tué l’ourse Claude en 1994 et « Les cabanes de Rouglan », le lieu ou René Marquèze a tué l’ourse Cannelle le 1er novembre 2004 étaient inscrits dans le périmètre des fameuses réserves Lalonde de 1991 car ils étaient connus comme des lieux d'élevage d’oursons par les ourses suitées.
Si Jean Lassalle n’avait réussi à imposer l'IPHB contre l'annulation des réserves Lalonde en 1994 (année où fut abattue Claude, comme par hasard), peut-être que les ourses Claude et Cannelle auraient encore donné des oursons depuis et la population d’ours en Béarn n’en seraient pas réduite à 3 ou 4 mâles.
(Etsaut. L'automne 1951, au cours d'une chasse à l'isard dans le quartier des Sayettes, jean Bernard Apiou, accompagné de son frère André Apiou et de Robert Souc, rencontra une ourse de 150 kg, qu'il abattit. C'était une vieille femelle à la dentition très usée - témoignage d'André Apiou)
Le 24 juin 2006, au 19/20 de FR3, André Apiou, 85 ans environ, parlait de la disparition des ours, et disait que cette disparition était due au fait que la chasse avait été interdite! Suprenant. Comme les éleveurs n’avaient plus le droit de se défendre « par les armes », ils avaient utilisé d'autres moyens plus destructeurs pour les ours et pour toute la faune comme le poison. Lui-même, ancien chasseur d'ours, en avait 13 à son palmarès.
Il s'agit là d'un argument classique des éleveurs : grâce à eux et à leur qualité de « jardiniers de la montagne », grâce aux « soins » qu’ils apportent à la biodiversité, il reste des ours dans les Pyrénées! En fait, c’est juste qu’ils n’ont pas encore « terminé le travail » des ancêtres, «rendre la montagne propre». En effet, maintenant, ce sont les chasseurs qui s’occupent des ours. Enfin, pour ce qu'on voit. Eleveurs et certains chasseurs : mêmes intérêts dans la disparition des plantigrades, surtout des femelles.