Nicolas Hulot renvoie dos à dos la gauche et la droite
La « majorité des candidats » à l'élection présidentielle en France ignorent le péril climatique, déplore dans un entretien au Journal du Dimanche Nicolas Hulot, qui, du coup, « n'exclut pas » de se porter lui-même candidat en 2007.
« On a toujours pas intégré la plus grande menace qui ait pesé sur l'humanité: le péril climatique. La majorité des candidats à l'élection présidentielle semblent s'en désinteresser (...) C'est atterrant. Quant aux écologistes, faute de privilégier une démarche unitaire, ils sont inaudibles », estime le producteur et animateur de télévision.
Face à cette situation, « si rien ne bouge d'ici novembre, tout est possible. Etre candidat à la présidentielle n'est ni ma vocation, ni mon fantasme. Mais si la seule solution est de franchir la ligne rouge, je ne l'exclus pas ».
« Encore une fois, que les politiques prennent leurs responsabilités, qu'ils osent enfin dire aux Français que nous courons à la catastrophe si rien n'est fait », ajoute Nicolas Hulot, qui renvoie « dos à dos personnalités de gauche et de droite ». Pour le defenseur de l'environnement, qui a par le passé conseillé Jacques Chirac sur ces questions mais a pris ses distances car « les actes ne suivaient les discours », il est primordial de « lutter contre l'effet de serre ».
Nicolas Hulot préconise une « politique drastique d'économie d'énergie », la création d'un « bouquet énergétique en misant sur tout ce qui est renouvelable » comme l'énergie éolienne. On peut aussi « instaurer, petit à petit une fiscalité énergétique qui se substituera à la fiscalité sur le travail », pénalisant « tout ce qui est énergivore ».
En matière agricole, il faut encourager les agriculteurs à « produire de la qualité », en « conditionnant les aides non à la production, mais au coût environnemental », selon Nicolas Hulot qui appelle à une « réforme de la politique agricole commune ». Au total, si « on ne veut pas aller vers une société de privation, il faut imaginer une société de modération », souligne-t-il.
Sans nature pas de futur!
Respecter la nature, c'est préserver l'avenir de l'homme. L'homme est un animal qui a trahi, l'Histoire est sa sanction? s'afflige et s'inquiète le philosophe Cioran.
Force est de constater que, peu à peu, nos sociétés se sont désolidarisées du reste du vivant érigeant un rempart odieux entre l'homme et la nature.
La notion d'êtres vivants s'est au fil du temps délitée pour laisser place à des perceptions confuses ou abstraites. Gardons à l'esprit qu'à l'échelle terrestre, l'époque récente a été dramatique pour la biodiversité. Réductions ou privations de territoires, exploitations aveugles des ressources naturelles ajoutées à mille petites agressions toutes plus sophistiquées et efficaces les unes que les autres, ont mis l'univers du vivant au seuil d'une nouvelle grande extinction, la première d'origine anthropique.
Pour éviter de franchir le cap de l'irréversible, il nous revient de prendre conscience sans sélectivité affective de notre solidarité avec le monde du vivant. Il en va de notre avenir comme de celui des générations futures. C'est un enjeu de sécurité nationale.
Nicolas Hulot
Une campagne d'envergure nationale
En lançant sa campagne « Sans nature pas de futur », la Fondation Nicolas Hulot se fait l'écho d'évènements mondiaux tels la journée internationale de la diversité biologique ou nationaux tels la diffusion de la stratégie française pour la biodiversité. Clé de voûte de ce programme, l'école Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme a été inaugurée à Branféré (Morbihan) en 2004. Site pionnier d'éducation à l'environnement, elle permet à tous les publics de découvrir la beauté et la vulnérabilité de l'univers du vivant et d'adopter des réflexes éco-citoyens simples, mais vitaux pour la préservation de la diversité biologique.
La Fondation développe aussi des programmes de terrain en faveur de la sauvegarde des populations d'espèces animales et végétales menacées. Afin que le plus grand nombre puisse s'approprier le message « Sans nature pas de futur », la Fondation orchestre également une campagne nationale d'information ponctuée de spots télévisés, vagues d'affichage, conférences-débats, exposition, film pédagogique et animations sur son site Internet.
Un vice-premier ministre pour l’environnement
Libération, propos de Nicolas Hulot recueillis par Alain Auffray, 01/06/2006
Vous étiez lundi l'invité du ministre de l'Intérieur. Serez-vous en 2007 l'alibi écolo de Sarkozy ?
Nicolas Hulot: Nicolas Sarkozy m'a proposé de parler devant l'ensemble des préfets. Pour moi, c'était une occasion inespérée de toucher des relais essentiels. Les préfets font la police de l'environnement. Ils sont en première ligne pour l'application de l'arsenal législatif, qu'il s'agisse de la mise en œuvre de Natura 2000 ou de la lutte contre les nitrates en Bretagne.
Que leur avez-vous dit ?
Nicolas Hulot: Que nous vivons en surrégime. On produit plus que la Terre ne peut donner, et l'empreinte écologique de l'homme n'est plus supportable. Envisager le développement durable, c'est se demander comment ne pas spolier les générations à venir. La clé, selon moi, c'est le découplage entre croissance économique et croissance matérielle, avec la mise en place d'une fiscalité écologique fondée sur l'énergie et non plus sur le travail.
Cela nécessite-t-il la présence d'écologistes au gouvernement ?
Nicolas Hulot: L'expérience montre que les ministres peuvent se retrouver impuissants. Dominique Voynet et Serge Lepeltier nous ont dit la même chose : « Au gouvernement, j'étais le seul écolo. » Un ministre, aussi compétent soit-il, ne suffit pas. C'est pourquoi je propose qu'en 2007 il y ait dans le gouvernement un vice-Premier ministre chargé de l'Environnement durable. Si on veut se mettre en ordre de marche, il faut forcément une coordination au plus haut niveau.
Qu'en disent vos interlocuteurs ?
Nicolas Hulot: Les responsables des deux grands partis, PS et UMP, ont accueilli favorablement cette proposition. François Hollande trouve que c'est une bonne idée, et Nicolas Sarkozy me dit : pourquoi pas ?
A-t-on besoin, en 2007, d'un candidat écologiste ?
Nicolas Hulot: Oui, malheureusement. Il est là pour combler un vide sidéral. Il faut reconnaître que les écologistes ont été des défricheurs. Sur ces questions, les grands partis sont totalement désinvoltes. A droite comme à gauche. Les Verts, pour Jospin, c'était d'abord une question stratégique. Il a pris Voynet dans son gouvernement pour élargir son assiette électorale.
N'êtes-vous pas vous-même tenté de vous présenter ?
Nicolas Hulot: On m'a approché. J'y ai réfléchi. Et, tout compte fait, l'aventure m'a paru trop hasardeuse. Il faudrait sortir de cette logique de rapport de forces qui veut que les gouvernements ne fassent de l'écologie que si le candidat des écologistes fait de bons scores. Moi, je m'adresse à Hollande, à Sarkozy, à Bayrou, et je leur dis : quel que soit le score des écologistes, vous devez prendre les mesures qui s'imposent.
Pourquoi pas un candidat unique des écologistes ?
Nicolas Hulot: Au fond, ce qui sépare les candidats déclarés Corinne Lepage, Dominique Voynet et Yves Cochet est infime. Il faudrait, c'est vrai, une candidature unique. Une candidature non dogmatique. Mais je crains qu'on soit mal parti.
Pourquoi les écologistes restent-ils si marginaux en politique ?
Nicolas Hulot: Parce que les intellectuels sont très en retrait. On ne les entend pas, on ne les lit pas. Ils se conduisent comme s'ils étaient immunisés contre le changement climatique. La mutation écologique, c'est le plus grand défi auquel l'humanité ait été confrontée. Le défi humaniste par excellence. Car, dans cette crise, les premiers qui trinquent sont les pays du Sud. Avec le réchauffement, ils vont subir les désordres que nous aurons provoqués.
Un vice-premier ministre pour l’environnement (Libération, propos de Nicolas Hulot recueillis par Alain Auffray, 01/06/2006)
Les Français sont prêts à bouger
Le Figaro Magazine, 26/05/2006
Avez-vous le sentiment que les mentalités évoluent ?
Nicolas Hulot: Je pense que les Français sont prêts pour une mutation de notre société. 500 000, en l'espace d'une année, ont relevé le Défi pour la Terre, chacun agissant en fonction de son potentiel. Beaucoup comprennent que l'on n'a pas d'autres choix et tout à y gagner. C'est aussi un signal fort pour les politiques. Il est temps maintenant d'engager de vrais réformes.
Qui allez-vous soutenir lors des prochaines élections ?
Nicolas Hulot: Je dialogue et travaille avec la plupart des candidats pour essayer de leur fournir ou de faire jaillir des propositions et des solutions concrètes. Leurs réactions me laissent à penser que, pour une fois, peut-être, ils en tiendront compte de façon déterminante dans leurs programmes. Mais je serai vigilant et le premier à dénoncer les impostures.
En savoir plus
- Lire sur le blog de Netpolitique Quel rapport entre Nicolas Hulot, Al Gore et Michael Moore?
- Le site web An Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange)
- Le site web de la Fondation Nicolas Hulot
Dossier de presse "Sans nature pas de futur" Biodiversité Nicolas Hulot
