Le Conseil d'État annule l'arrêté interministériel autorisant la construction des pylônes dans les Alpes-Maritimes.
Cela fait vingt-trois ans qu'il bataille contre le projet d'une ligne très haute tension de 400 000 volts en plein coeur du site classé des gorges du Verdon. Mais aujourd'hui, Robert Ferrato, président du collectif d'associations de défense du site, jubile : le Conseil d'État a annulé hier l'arrêté interministériel du 5 décembre 2005, déclarant d'utilité publique (DUP) les travaux de construction de la ligne devant relier Boutre, dans le Var, à Carros, dans les Alpes-Maritimes. La juridiction saisie par une vingtaine d'associations, de collectivités publiques et de particuliers a aussi annulé la dérogation à l'obligation d'enfouir les lignes électriques dans les sites classés.
« C'est une décision historique. Il est très rare que le Conseil d'État annule une DUP », se félicite Robert Ferrato. « C'est très important d'avoir une décision qui rappelle qu'il n'y a pas d'utilité publique quand il s'agit de détruire un site exceptionnel, ajoute Corinne Lepage, avocate du collectif. Il n'y a pas de précédent pour une ligne de 400 000 volts. Le seul cas est l'annulation de la ligne de Val-Louron dans les Pyrénées mais c'est Alain Juppé, alors premier ministre, qui avait pris la décision de retirer le projet. » Pour Robert Ferrato, « c'est une capitulation de l'État dans l'État qu'est EDF-RTE et du tout pylône qu'il veut imposer avec l'appui des lobbies des fabricants. »
« Un intérêt exceptionnel »
Réseau de transport d'électricité (RTE), propriétaire des infrastructures électriques, et EDF militent depuis des années pour la construction de cette ligne dans le but de sécuriser l'alimentation des Alpes-Maritimes. Mais le Conseil d'État a estimé qu'« alors même que la ligne à très haute tension avait vocation à se substituer à deux lignes électriques de 225 000 et 150 000 volts traversant déjà ce site, les atteintes qui seraient portées à la région des gorges du Verdon par l'opération projetée sont telles qu'elles privent cette dernière d'utilité publique ». Le Conseil d'État relève que la région « présente un intérêt exceptionnel », qu'il s'agit d'un « site classé », et que laligne devait traverser le parc naturel régional du Verdon dont la charte prévoit un « encouragement à l'enfouissement des lignes électriques ».
Source: Le Figaro - Photo Baudouin de Menten