Par Stéphan Carbonnaux
Stephan Carbonnaux est naturaliste, auteur du Cercle rouge - Voyages naturalistes de Robert Hainard dans les Pyrénées, éditions Hesse.
Les intertitres ne sont pas de l'auteur, mais de la buvette.
« Une forêt sans ours n’est pas une vraie forêt »
Le roi de Bulgarie en 1938, cité par Robert Hainard
L’homme marchait depuis deux bonnes heures. C'était une belle fin de journée de printemps dans la montagne pyrénéenne. Il n'était guère pressé, malgré la nuit qui approchait, car le chemin jusqu'à la cabane n’avait aucun secret pour lui. Ce jour-là, la chance sourit enfin. Lui qui n’avait jamais pisté la bête vit son premier ours. Depuis des années il était habité par cette phrase de Robert Hainard : «Pour moi, voir un ours était à la fois un rêve fabuleux et une nécessité de l’existence normale, dans un monde auquel je me sens rattaché et que je ne peux croire révolu à jamais» .
L'animal s’offrait, superbe, à l'innocent. Il évoluait à moins de cent mètres, puissant et félin, dans la hêtraie-sapinière. L'homme sortit ses jumelles et détailla l'ours. Le fauve portait sans nul doute un collier émetteur comme ces lynx du Jura ou d'Andalousie qu'il avait vus à la télévision. Ce collier signait précisément le pedigree de l'animal. L'homme venait d'observer un ours des Balkans relâché par les autorités locales, avec l'aval de nombreux écologistes, et à grand renfort de publicité, pour assurer, disait-on, un développement durable des vallées béarnaises.
Bouleversé par cette apparition il dormit mal. Le matin, descendu au village, il longea Le clos aux ours, salua le patron de L'auberge de l'ours et reconnut au loin le raconteur de pays, celui qui ressasse des histoires d'ours aux touristes de plus en plus nombreux. Quittant La Vallée des ours, il finit par penser qu’il aurait mille fois préféré voir le dernier des Mohicans, le vieillard Pyren, l'ultime descendant de sa race d'ours libres... et condamnés. L’homme avait un sens aigu du tragique et ne supportait décidément pas les colliers.
Voilà ce que je n'aimerai jamais vivre mais qui nous est réservé à tous au nom du développement, de l'argent roi et suprême imposture, au nom de la protection de la nature. Pourtant, avant d'être un outil publicitaire et un objet d'expérimentations scientifiques, l'ours fut adoré et haï. Et l’on sait qu’il est souhaitable d'être adoré ou haï plutôt que d'être utilisé.
Histoires d'ours et légendes
Véritable animal-dieu, l'ours est à l'origine de cérémonies, de légendes et d'histoires puisées au plus ancien fonds religieux de l'humanité. Les anciens Basques ne croyaient-ils pas ainsi descendre de lui. Les accouplements d'un ours et d’une femme ne sont également pas rares dans la mythologie comme la naissance de Jean-de-l'ours en forêt d'Iraty le rappelle si bien. Dans les Pyrénées orientales, on célèbre même chaque année le ball de l'os, une liturgie dégénérée en spectacle populaire, où la chasse à l'animal est le prélude à son sacrifice destiné à féconder la nature.
En Ariège, au début du 19ème siècle, l'histoire d’une femme nue qui passait l'hiver en compagnie des ours marqua beaucoup les esprits. Capturée par des chasseurs, on ne pu tirer d’elle que cette phrase énigmatique : «Les ours, ils étaient mes amis, ils me réchauffaient». Folle, cette femme du Vicdessos ? Pas sûr. Que chacun réfléchisse à ces phrases de Jean-Paul Clébert : « L’aspect anthropomorphique de l’ours, son pelage, son amour maternel ont sans doute crée dans les abris préhistoriques une relation curieuse ; sans devenir domestique, l’ours est devenu animal familier, comme le chat. Si la mère-ourse a accepté quelques fois qu’on mêlât à ses petits les petits des hommes, on imagine bien, au fond des grottes, les matrones confiant leur progéniture aux bras merveilleusement fourrés des ourses allaitantes. Et cette image est si probable que le compagnon idéal des enfants n’a pas cessé d’être l’ours en peluche».
Pour achever cette longue histoire, je n’oublierai pas les fameux oussaillés, ces Ariégeois si pauvres qu’ils en devenaient montreurs d’ours, et bien sûr les grandes traques solitaires ou en battue qui faisaient la gloire des chasseurs puis enfin l’empoisonnement de nombreux animaux par les bergers.
L’ours était adoré et haï. Plus haï tout de même car il est aujourd’hui au bord de l’extinction. Il ne subsiste en effet plus que six ours autochtones dans les Pyrénées béarnaises. Je rappelle que le docteur Couturier évaluait la population de la chaîne pyrénéenne à soixante-dix ours en 1954 (1).
« La connerie progresse »
Ce sont les ours les mieux connus au monde. Leurs traces sont répertoriées, leur territoire peau de chagrin a été finement cartographié par satellite et des appareils photographiques à déclenchement automatique sont disposés sur les passages favoris. Mais surtout ces animaux sont fichés. Génétiquement. Grâce à leurs poils récoltés au moyen de pièges imbibés d’essence de térébenthine. L’ours raffole de l’odeur, vient se frotter contre un arbre et laisse sur une petite grille un peu de sa toison. Les précieux poils sont envoyés dare-dare dans un laboratoire grenoblois. L’ours s’éteint, la recherche avance... et «la connerie progresse» chante Bernard Lubat.
Qui dit fichage dit carte d’identité. Chaque survivant pyrénéen a son prénom. Les séculaires appellations béarnaises Lou Moussu (2) ou Pedescaous (3) sont bien sûr déjà rangées dans le formol des écomusées montagnards. Les prénoms des ours, eux, fleurent bon la désauvagisation chère à François Terrasson : Papillon, Chocolat, Camille, Cannelle (la seule femelle) et Pyren. Le petit dernier-né en 1998 n’a pas encore été baptisé par les enfants des écoles car son sexe est toujours indéterminé. Ce petit morpion est un vrai veinard ! Oh, je fais toutefois confiance à la sagacité locale pour rapidement laver l’affront causé aux hommes par l’anonymat oursin. Un ours sans-papiers est aujourd’hui inconcevable dans notre époque de contrôle absolu.
Donnés pour condamnés depuis bien longtemps, ces morts vivants ont fait un joli pied de nez à l’administration officielle de l’Environnement lorsque Cannelle a donné naissance à deux oursons en 1995 et en 1998. Leur père n’est autre que le plus vieux mâle, Papillon, un ancêtre encore joliment viril. J’ai jubilé lorsque ces oursons sont nés au plus profond de la montagne béarnaise, dans le silence ouaté de la tanière, sans crédits Life de l’Union européenne, bref sans intervention humaine. Ah! quelle belle leçon délivrée par notre couple d’amoureux : la nature, çà marche tout seul pourvu qu’on la laisse faire.
Malheureusement, ces naissances sont un dernier baroud d’honneur. L’ours des Pyrénées va crever. L’arithmétique est impitoyable.
Renforcement
Alors, on s’apprête un jour à renforcer la petite tribu par des ours de Croatie ou de Slovénie. Et l'on sait déjà comment faire. En 1996, sur l'initiative d'une association d'élus locaux, l'Association de développement économique et touristique - eh oui ! - , ont été lâchés à titre expérimental trois ours slovènes dans la montagne de Melles (Haute-Garonne) : Ziva, Melba et Pyros.
Equipés de colliers émetteurs et suivis en permanence, nos ex-Yougos furent plutôt mal accueillis par les bergers. Les menaces pleuvèrent. Le climat local s'envenima. Eurent-ils été capturés en Serbie qu'on les aurait accusés d'être bien plus sanguinaires puisque, c'est bien connu, même les ours serbes ont un couteau entre les dents.
Melba, arrivée pleine, mit trois petits au monde avant d'être tuée par un jeune chasseur à l'automne
1997. L'affaire eut un grand écho national teinté d'une sensiblerie zoolâtre et très urbaine.
Cette réintroduction, puisque l'ours avait disparu des Pyrénées centrales, pourrait passer comme chose banale. Il n'en est rien. Je partage l'idée de Claude Dendaletche qui y voit là une «rupture», «presque une autre civilisation», ajoutant, «derrière la patte de l'ours il y a la main de l'homme». Hier, c'était la main des amants de Pyrène. Ceux qui vénèrent la montagne, éperdument. On connaît l'histoire du comte Henry Russell, dandy de hauts chemins, qui, à la fin du siècle dernier, s'était fait creuser des grottes sous le Vignemale à plus de 3200 mètres d'altitude. Recevant ses amis sur des tapis persans, il aimait les «sublimités maudites».
Les «Monsieurs Ours»
François Merlet, moins célèbre que l'Irlandais, vécut dans la deuxième moitié des années 60, la dernière aventure pyrénéenne authentiquement naturaliste. Autodidacte, ce libertaire très aristocrate a sans moyens fait les plus belles photographies en couleur de l'ours des Pyrénées. Pour Merlet, l'ours c'est «l'atome pyrénéen». Pas un symbole, jamais une réclame, non l'atome. Avec Merlet, on revient aux anciens Basques qui avaient saisi quelle relation essentielle existait entre l'homme et l'ours (4) . Artza dans la vieille Euskadi, c'était quelqu'un et pas un simple mammifère protégé par la convention de Berne (5) !
A la fin des années 80, revenu de ses illusions démocratiques, il fustige le droit au loisir et tire à vue sur les experts et la «corporation des blancs-sorciers». L'homme a compris que la gestion de la nature accompagne le mercantilisme et la domination. C'est aussi la leçon de François Terrasson qui voit derrière la Protection de la nature : mainmise et colonisation. Bien sûr, il n'a pas été écouté, lui qui disait : «Alors, Messieurs les experts, laissez les derniers survivants s'éteindrent au moins en paix, (?), ne serait-ce que par courtoisie».
En 1989, il écrit son déchirant Adieu aux ours et laisse cette phrase si merveilleuse : «La montagne sainte reste silencieuse sous les multiples outrages. Cependant, je l'entends lancer en plein ciel des exclamations pénétrantes comme les flèches du néolithique : Ô Profanation, matricide !»
Qui oserait écrire ceci aujourd'hui serait considéré comme un intégriste ou un ayatollah, car voici en effet venu le temps des gestionnaires sérieux et efficaces.
Ecoutez maintenant Jean-Jacques Camarra, de l'Office National de la Chasse, qui, la même année 1989, dans son Plaidoyer pour l'ours des Pyrénées écrit en évoquant le suivi télémétrique des ours promis au lâcher : «A ce propos, un arsenal de mesures s'offre au gestionnaire, du répulsif au leurre et de la déportation à l'élimination. On estime que le seuil de la production serait atteint en une dizaine d'années. Cela contribuerait par l'intérêt touristique suscité, à redonner vie et dynamisme à ces vallées pyrénéennes».
Manifestement, ce grand spécialiste de l'ours brun, ne goûte plus guère aux magnifiques coups d'épée dans l'eau du réactionnaire Merlet, pourtant présenté comme son père spirituel sur le chemin des ours.
Parmi cette race de gestionnaires en voie de prolifération, je distingue :
- Ceux qui croient sincèrement aux bienfaits de la gestion de la faune ou qui se sont résignés aux valeurs de l'époque. Ce sont les naturalistes membres d'associations de protection de la nature et les agents des administrations de l'Environnement, de la Forêt, de la Chasse... . Certains y trouvent là une Rédemption très chrétienne. L'homme a fait disparaître l'ours, il doit réparer sa faute. Quelques-uns d'entre eux en ont fait leur unique métier ou y passent leur vie entière. Ce sont les «Messieurs Ours», oracles très écoutés surtout à Paris et à Bruxelles.
- Et ceux qui ne veulent en récolter que de l'argent. On trouve ici la grande confrérie des élus locaux, des commerçants, des professionnels du tourisme et des aménageurs. Je l'appelle la loge de l'ours publicitaire, comme il existe une loge de la turbine chère à un ami pourfendeur de centrales et de barrages hydroélectriques. Francis Miot, un confiturier béarnais, pourrait en être le grand maître lui qui avait lancé, furieux, lors de la réintroduction dans les Pyrénées centrales : «Ils nous ont piqué l'ours !».
Mascarade et chantage
Le drame réside dans l'alliance de ces deux familles de gestionnaires. Les uns veulent lâcher des ours par amour de la nature et les autres parce qu'ils doivent rapporter gros. Le tout est mâtiné, on l’a vu, d’un strict contrôle humain sur l’animal afin d’amadouer les opposants à l’opération (il en existe bien sûr; ce sont pour beaucoup des bergers et des chasseurs souvent instrumentalisés par des élus surfant sur la vague des grandes angoisses montagnardes).
Ce petit jeu tourne évidemment au chantage et à la mascarade car la loge tient l’essentiel des cartes en main. En voici quelques exemples :
- Dans les Pyrénées centrales, les élus locaux autour du professionnel du zoo, le Vicomte de la Panouse, réclament un parc de vision, devant accueillir 100000 visiteurs par an, à 1600 mètres d’altitude en plein territoire des ours réintroduits. Dans ce zoo du troisième type, gambaderaient tous les ours du monde, y compris l’ours polaire sur des pains de glace et l’ours des cocotiers sous une serre tropicale. Ce parc se verrait accoler un « observatoire scientifique de la réintroduction » à l’instar de Mac Donald’s voulant mettre du roquefort dans ses Big Mac . Malgré les protestations des uns et des autres, les élus sont fermes. Sans le zoo, pas d’autres lâchers de bestioles!
- En Ariège, le ministère de l’Environnement a donné son feu vert à la capture d’un des orphelins de Melba. Avant « déportation » ou « élimination », le gestionnaire a opéré toute une nuit un ours de 132 kilos, bien gras et en pleine santé, pour lui greffer trois puces électroniques et suivre ainsi à la culotte ce jeune fou qui irrite les éleveurs par ses attitudes ursinement incorrectes.
- Dans les Pyrénées occidentales les élus de la République pilotent un vaste barnum d’aménagement agro-sylvo-pastoral dénommé Institution patrimoniale du Haut-Béarn (un syndicat de communes doté d’une chambre consultative comprenant des représentants des bergers, des forestiers, des administrations, des écologistes...). Cette institution, promue en 1994 par l’Etat après un très dur conflit avec les collectivités territoriales béarnaises, est dépositaire de fonds nécessaires aux coûteux aménagements pastoraux et forestiers.
Ces élus jadis adversaires acharnés de l’ours, et comble, fervents partisans en 1990 du percement du fameux tunnel routier du Somport et du désenclavement de la vallée d’Aspe qui procurent aux valléens et aux ours tout le bien-être que l’on sait, ont posé en 1996 les strictes conditions d’un renforcement de la petite tribu béarnaise. L’affaire s’enlise aujourd’hui en raison du rejet local de l’application de la directive européenne dite Habitats et du refus viscéral de lâchers d’ours, étrangers de surcroît, par une frange influente de la population.
Mais nul doute que le temps joue pour ces élus qui, la tempête calmée, récupéreront le fauve. Dans leur grande majorité, les écologistes, trop inquiets de voir disparaître l’ours en direct et peureux d’entrer en conflit avec les dogmes contemporains, transigeront , préparant malgré eux le royaume béarnais de l’ours publicitaire. Les dissidents, eux, seront accusés d’être des ennemis du peuple ursin. Vous verrez, je n’invente rien, les procureurs ont toujours pullulé chez nous.
Une civilisation anti nature
On pourra alors rêver au succès du parc italien des Abruzzes avec ses 80 ours, deux millions de visiteurs par an, son pactole de 700 millions de francs de chiffre d’affaires et bien sûr des territoires interdits aux hommes, ces envahissants consommateurs de nature.
Bref, le cauchemar d’une découverte naturaliste avec préservatif, barbelés et prohibitions pour le plus grand bonheur des marchands dans toutes les Pyrénées.
Je ne me leurre pas, sauf une très incertaine révolution anti-matérialiste, nous n’échapperons pas à cette logique. Je ne crois pas comme Claude Dendaletche que l’homo urbanisticus va nous susurrer une autre musique sauvage. Non, la civilisation antinature gagnera encore du terrain. Georges Bernanos a, lui, raison lorsqu’il remarquait qu’ «une civilisation disparaît avec l’espèce d’homme, le type d’humanité sorti d’elle». L’homme de l’ancienne civilisation occidentale et l’ours sauvage sont ainsi devenus des Martiens sur Terre qu’on s’empressera d’exhiber dans un musée des Archéos, au cotés d'Eric Pétetin, l'indien apache empaillé telle une vieille chouette ahuris. Ce n’est pas Jérôme Leroy qui me contredira.
Les poujadistes ruraux qui veulent retirer les ours des montagnes seront balayés eux aussi. Bêtement anti-ours, ils sont condamnés par la jean foutrerie écologisante qui invoque le clonage des animaux menacés et qui privatisera un jour les ours pour les coter en Bourse.
Nous aurons bien évidemment droit aux « ourso-ducs », ces passages prévus au dessus de la route menant au tunnel du Somport. Vont éclore des espaces de vision où il n’y aura rien à voir et surtout rien à ressentir. Les caméras violeront allègrement le mystère de la mise bas dans la tanière afin de retransmettre les images sur des écrans devant la foule ébahie. Les bergers céderont la place aux techniciens des « unités de fabrication fromagère ». Le fromage d’estive, pas l’Etorki bien sûr, sera devenu un luxe inouï. Et alors que le formol cherchera à s’instiller dans toutes les veines, tous les pores, tous les atomes, toutes les âmes, les faquins n’auront jamais autant célébré le sauvage et l’authentique.
Qu’importe, il faudra faire face! Je vendrai chèrement ma peau en faisant feu, et en visant juste, sur la loge de l’ours publicitaire. Tous les francs-tireurs, tous les snipers seront les bienvenus.
Que l’on me comprenne bien, ma rage n’est pas idéologique. Je me contrefiche des idéologies. C’est ma première trace d’ours montrée par un ami un lumineux jour de novembre, c’est l’Artzamendi, la montagne de l’ours de mon enfance en Pays-Basque et toutes les parcelles intimes arrachées aux montagnes pyrénéennes que je veux préserver de l’enlaidissement du monde.
FEU !
Stephan Carbonnaux
Notes
(1) Dr Marcel Couturier, L'ours brun, Arthaud, 1954. Cet ouvrage monumental, aujourd'hui épuisé, est une étude très complète de l'ours brun des Pyrénées écrite par un homme qui comprit très tôt le sort attendu par le grand fauve.
(2) Le Monsieur
(3) Celui qui va pieds nus
(4) Un ami de la vallée d'Aspe qui, enfant, a vu un ours se faire dépecer, m'a confié avoir eu la forte et troublante impression d'assister au dépeçage d'un homme.
(5) Artza : l'ours en euskara - la langue basque.
Bibliographie sélective et commentée
Ce texte a longuement mûri et s’est enrichi de nombreux apports. Mon désir est de donner les lectures qui me nourrissent depuis bien des années.
S.C.
François Merlet, L’ours, seigneur des Pyrénées
Marrimpouey Jeune, 1971 et Erables, 1988.
Ce livre est un bijou où se mêlent les considérations scientifiques et métaphysiques, les colères et les émerveillements et les plus belles photographies jamais réalisées de l’ours des Pyrénées. L'homme a mouillé sa chemise et s'est brûlé les ailes. Je le place très loin devant tous les spécialistes patentés d'aujourd'hui et les photographes harnachés de matériels électroniques.
François Merlet, France sauvage
Sang de la terre et la manufacture, 1989.
Contient Adieu les ours qui s'ouvre ainsi : «J'ai relaté mes aventures pros des ours en péril, dans un ouvrage qui leur est consacré. Avant le dernier soupir des malheureux survivants, j'adresse un adieu ému cette race «d'Indiens velus», au nom de leurs montagnes splendides, naguère tranquilles, maintenant dégradées sous la forme d'un damier illimité pour les jeux de la foule, toujours plus avide de droits et de plaisirs. Des devoirs ? Elle n'en a plus. Pas plus que ses meneurs. La Nature et Dieu n'ont que le devoir de se taire».
François Merlet, Pyrénées sauvages
Chabaud, 1991.
Un ouvrage surtout photographique qui rassemble, c'est unique, les clichés des trois fauves pyrénéens surpris dans leurs milieux : l'ours, le loup et le lynx. C'est une pure merveille.
Robert Hainard, Les mammifères sauvages d'Europe
Delachaux et Niestlê, 1998.
En un volume aujourd'hui, c'est la bible du naturaliste avide des émotions de l'infatigable guetteur qu'a été toute sa vie Robert Hainard de sa Suisse romande jusqu'aux Carpates roumaines. L'ouvrage est superbement illustré par les dessins, gravures et aquarelles de l'auteur. Tous les ours représentés sont garantis sans collier ni implant sous-cutané.
Robert Hainard, Expansion et nature
Le courrier du livre, 1972.
Un ouvrage percutant que bien des «protecteurs de la nature» et des écologistes devraient lire de toute urgence pour se débarrasser des dogmes si nuisibles répandus par le Système.
Georges Bernanos, La France contre les robots
Le livre de poche, 1999.
Ecrit en 1945, ce texte est une sublime et prophétique charge contre les imbéciles, le Progrès et la Civilisation des Machines. Bernanos avertit : «L'Etat technique n'aura demain qu'un seul ennemi : l'homme qui croit à autre chose qu'à la Technique!».
Christian Laborde, Lettre à la déesse Pyrène
Krisis, septembre 1993 et Indianoak, Albin Michel, 1995.
L'ours habite ces pages luxuriantes et Christian Laborde sonne la révolte de l'Europe fauve contre l'Europe grise de l'euro, des directives et des clones d'Helmut Delors. Un régal !
Claude Dendaletche, La cause de l'ours
Sang de la terre, 1993.
Le testament ursin d'un grand naturaliste qui a été en première ligne pour la défense de l'ours. C'est un ouvrage précieux pour ceux qui, loin des clichés, veulent s'imprégner du climat pyrénéen. Il a écrit un excellent article intitulé Ours business et loups médiatiques dans le magazine Alpirando des mois de janvier et février 1998.
François Terrasson, La civilisation antinature
éditions du Rocher, 1994.
Après La peur de la nature, François Terrasson se révèle ici encore comme le plus novateur et iconoclaste des auteurs écologistes dans notre pays. Sa pensée est rafraîchissante, stimulante et pousse sans cesse à la remise en question.
Jean-Claude Génot, écologiquement correct ou Protection contre nature ?
édisud, 1998.
A la suite de François Terrasson, ce naturaliste est en rupture avec les milieux officiels de la protection de la nature. Son livre est un joli coup de pied dans la fourmilière.
Jean-Jacques Camarra, L'ours brun
Hatier, 1989.
Une belle monographie sur l'ours brun, des Pyrénées à l'Alaska, écrite par un des meilleurs connaisseurs de l'animal. Un grand regret car l'auteur est prisonnier de l'affreuse gestion de la faune sauvage.
Gérard Caussimont, Avec le naturaliste, sur les pas de l'ours brun des Pyrénées
éditions F.I.E.P. - Loubatiéres, 1998.
Ce beau livre est le fruit de vingt années de riches observations naturalistes et de vie du Fonds d'intervention éco-pastorale. Mais Gérard Caussimont, lui aussi, adhère aux dogmes de la gestion et de la protection de la nature. C'est flagrant.
Bernard Duhourcau, Guide des Pyrénées mystérieuses
Tchou, 1985.
Un guide qui évoque des Pyrénées, montagnes magiques et éternelles. Pour ceux qui refusent les panneaux informatifs, le folklore débilitant, les camps de concentration touristique et fuient les faux routards.