L'enfer des ours polaires

Des ours polaires qui se dévorent entre eux. D'autres qui se noient ou qui maigrissent à vue d'oeil. Ces scènes désolantes sont aujourd'hui le lot des régions nordiques, aux prises avec le réchauffement de la planète. La situation est si préoccupante que certains écologistes demandent aux autorités d'ajouter le grand ours blanc à la liste des espèces animales menacées d'extinction.

Les ours polaires menaçés de disparitionCertains ours ont choisi le cannibalisme pour assouvir leur faim, du jamais vu en 24 ans de recherches sur ces animaux.
Photo Martin Chamberland

Au cours des derniers mois, des scientifiques ont sonné l'alarme après avoir observé des ours piégés dans les eaux arctiques en raison de la fonte de la banquise. Voguant ainsi à la dérive, certains meurent d'épuisement, selon le Norwegian Polar Institute (NPI).

Plus frappant encore, certains ours ont choisi le cannibalisme pour assouvir leur faim, du jamais vu en 24 ans de recherches sur ces animaux. Parce que le réchauffement fait fondre leur territoire, les ours peinent à trouver suffisamment de nourriture pour survivre.

En 1994, des chercheurs de l'Institut géologique de l'Alaska ont ainsi répertorié au moins trois cas d'ours qui en ont mangé d'autres, dont celui d'une mère dévorée peu après avoir mis bas.

L'Institut Goddard de la NASA a ainsi calculé que la population d'ours blancs a baissé de 22 % entre 1989 et 2004, passant de 1200 à 950. D'autres chercheurs ont noté que le poids moyen des femelles adultes a diminué de près d'un quart au cours des 25 dernières années.

C'est pour toutes ces raisons que l'Union mondiale pour la nature, qui prédit que le nombre d'ours continuera certainement à décliner, a ajouté cette année l'ours polaire à la liste des espèces menacées d'extinction.

Cela va dans le sens de l'Arctic Climate Impact Assessment, plus vaste étude jamais réalisée sur une région donnée, qui indiquait en 2004 que l'espèce a «peu de chances de survivre si la banquise disparaît entièrement l'été, ce que certains modèles climatiques prévoient pour la fin de ce siècle».

«Les ours polaires de la baie d'Hudson sont parmi les animaux qui subissent les changements les plus rapides, indique Louis Fortier du groupe de recherche ArcticNet. Mais ce ne sont pas les seuls

D'autres espèces comme le caribou et l'oie des neiges risquent aussi de voir leurs habitudes bouleversées radicalement au cours des prochaines années. Ils devront entre autres modifier leurs routes migratoires et dénicher de nouveaux territoires pour se reproduire et se nourrir.

Un rapport publié il y a trois ans dans la revue scientifique Nature révélait en ce sens que 1700 variétés de plantes, d'espèces d'animaux et d'insectes avaient déjà commencé à migrer vers le Nord à un rythme d'environ 6 km par décennie.

François Cardinal

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