Antis-ours: la stratégie des veaux

Pourquoi les antis-ours ont-ils pris le risque de paraître ridicule en mettant sur le dos de l’ours des pertes dans un élevage ou des veaux étaient atteint de septicémie ? Que cache cette stratégie pour le moins surprenante ?

Maintenir la pression

Le lendemain 7 septembre, on attendait à Saint-Gaudens le verdict du procès des dix manifestants anti-ours, qui avaient saccagé Arbas, lors d'une «manifestation spectaculaire» (sic) le 1er avril dernier. Des peines comprises entre deux et quatre mois, de faibles amendes, des travaux d'intérêt général et un stage de citoyenneté avaient été requis par le ministère public le 20 juillet dernier. Maintenir la pression était utile; Il y avait surement le stress de l’attente du jugement, mais cela ne suffit pas.

«Les éleveurs réunis sous ses fenêtres ne pouvaient se satisfaire des réponses formulées par Yves Guillot. Mais déjà leurs pensées se dirigeaient vers Saint-Gaudens où, jeudi, le tribunal doit rendre son jugement dans le cadre de l'affaire des débordements d'Arbas en avril. Dix opposants attendent la sentence. Des peines de prison avaient été requises.» (La Dépêche du Midi 06/09/06)

Philippe Lacube menace: «Nous avons été calmes, cet été, pour des raisons professionnelles, mais nous envisageons le pire, pour l’avenir.» et cherche à faire peur aux pyrénéens et aux touristes: «En effet, les ours s’attaquaient aux brebis, jusqu’à présent. Les éleveurs ont redescendu préalablement les troupeaux d’ovins de leur estive? L’ours s’attaque donc à ceux qui restent : les bovins. Et après, quand les bovins ne seront plus là, à qui s’attaquera t-il, aux randonneurs?»  (Ariège-News du 07/09/2006)

L’argent du dédommagement

Pourquoi ne pas essayer de profiter de  «l’assurance ours» pour déclarer un faux sinistre. C’est très courant dans les assurances. Mettre les dégâts sur le compte de l’ours donnait un espoir de remboursement à l’éleveur puisqu’il y avait déjà eu des attaques d’ours dans le secteur. C’était risqué, mais autant essayer. Et si ça marche, ils essaieront avec les tracteurs. «Quand à l’indemnisation des bovins: elle coûterait cher» (Ariège-News 07/09/2006).

Retirer Boutxy

La Dépêche du Midi titre le 6 septembre : « Retirer Boutxy ?». Qu’il s’agisse de Boutxy en Ariège ou de Franska en Bigorre, le compteur des ours semble bien le nœud du problème. «Quelques observateurs proposent de « retirer » l'ours Boutxy de la circulation.» J’aime beaucoup le «quelques observateurs» vague et imprécis qui permet d’introduire un témoignage de circonstance. Qui sont ces observateurs ingénieux ? Philippe Lacube, Bernard Moules, Stéphane Lessieux ? Peut-être, mais le journaliste de la Dépêche (D.D.) prend bien soin de ne pas le préciser.

Alors que les techniciens de l’ETO (Equipe technique Ours) disent «Ce n’est pas un ours», l'ASPAP affirme «C’est Boutxy !».  Il n’y a pas de fumée sans feu. Après les brebis, les veaux, après les veaux, les touristes. La tentation est trop forte: les antis ours mettent la charrue avant les bœufs. Il faut retirer les ours!

Le compteur des ours

Déjà que Palouma fait le grand saut toute seule, autant utiliser toutes les armes légales dont-ils disposent. Et le «retirer un ours» fait partie de cette stratégie. Il est urgent de faire grimper le nombre de victime pour chaque ours en circulation et un veau vaut certainement plus qu’une brebis. Les troupeaux n’étant pas souvent bien gardés ou même pas gardés du tout, la porte du garde manger de l’ours est grande ouverte et l’invitation est lancée : «Viens te servir, cela te retombera dessus, ton compteur est en marche

Les antis-ours ont même une justification bien réelle pour expliquer l’appétit de Boutxy : «Cet ours a grandi seul, sa mère Melba a été tuée par un chasseur.»  Ce grand garnement sans éducation est un incivique. Il faut le karchériser.  Mais est-ce la faute de Boutxy ? Mohican, l'ourson orphelin de Cannelle est dans le même cas. Suffit t-il de descendre la mère d’un ourson pour retirer celui-ci pour mauvaise éducation ? Deux ours d’une seule cartouche: c’est pratique !

«Difficile de tout attribuer à Boutxy», estime Pierre-Yves Quenette, de l’ETO. «Un autre ours se trouve dans le même secteur. Et puis, chaque animal a son comportement particulier. Certains sont plus prédateurs que d'autres.» Si ce n’est Boutxy, c’est donc son frère, ou bien quelqu’un des siens.

Changer le protocole de gestion d’un ours à problème, adopter le compteur suisse

Le programme de réintroduction prévoit un protocole de gestion d’un ours à problème, mais Boutxy et Franska ne sont pas des ours à problèmes. Ce sont des ours normaux, au grand dam des éleveurs de l’ASPAP. Je ne serai pas surpris que les opposants à la survie des ours dans les Pyrénées sortent une nouvelle stratégie : la modification du protocole de gestion des ours à problème.

Ah, si les français pouvaient être aussi malin que les suisse. En Suisse, le concept loup prévoit qu'un loup peut être abattu «s'il a tué 35 moutons en quatre mois ou 25 brebis en un mois

Un tel système pour les ours couplé au refus des mesures de protection des troupeaux et les antis-ours seraient gagnant sur tous les tableaux : des dégâts pour pleurer, faire la une de la Dépêche et de Lourde-Infos, des indemnisations à demander, le compteur qui monte et avec un peu de patience, des ours à retirer!

Les protecteurs des ours et les ministres devront rester vigilants. Le protocole actuel prévoit la possibilité de retirer des ours. Mais il faut des conditions : soit l'ours est prédateur malgré les clôtures et les patous; soit il est trop familier avec l'homme et s'approche de lui-même en plein jour ; soit il est manifestement agressif et dangereux. Boutxy ne rentre pas dans ces critères.

«Si on retire Boutxy, un autre ours se comportera de la même manière tôt ou tard, juge Alain Reynes. En fait, ce qui est en cause, c'est la vulnérabilité du système pastoral. C'est à l'homme de protéger l'animal domestique. C'est l'animal domestique qui doit être parqué, pas l'ours

Les animaux sauvages et les touristes dans un parc, les animaux domestiques et les chasseurs en liberté

L’ASPAP bien sur pense le contraire. «Les enfermer dans des parcs» demande Philippe Lacube, porte parole de l’ASPAP dans le journal Sud-Ouest du 23 août 2006 : «la vraie question est : doit-on donner la priorité à de telles opérations, en abandonnant les droits d'usage de la montagne si chèrement acquis par nos anciens, pour les rendre à l'Etat ? C'est lui qui nous dira où nous pouvons lâcher des troupeaux, nous promener et chasser ? La montagne est à tout le monde, mais c'est nous qui y vivons, qui y avons une activité, et notre culture vient de loin, affirme-t-il. C'est cela que nous risquons de perdre. L'opération ours n'est qu'un alibi pour que nous soyons rayés de la carte. Déjà des technocrates nous expliquent que lâcher des ours dans des secteurs où il n'y a que deux habitants au kilomètre carré, ce n'est pas très grave

Philippe Lacube désire «continuer le combat d'une autre façon» : «Nous n'allons plus manifester pour risquer de passer au tribunal. On n'a pas voulu nous entendre, très bien; nous agirons sur le terrain en prenant nos responsabilités. Il serait illusoire de croire que l'affaire est classée et que nous nous inclinons. Le seul axe de négociation possible pour sortir du conflit est de regrouper tous les ours dans trois ou quatre vallées comme Orlu chez nous, en les enfermant dans de grands parcs clôturés de 8 000 hectares. On n'en est plus à ça près, au point de vue budget. Les laisser libres sur toute la chaîne est impossible. Les Pyrénéens l'empêcheront.»

Tous les ours à Borce et vive l’observation touristique. enfin des revenus pour l’Ariège! Stéphane Lessieux de l'ASPAP aussi lui emboite le pas : «L'activité humaine, et notamment le pastoralisme et le tourisme sont incompatibles avec la présence d'un animal sauvage. On ne peut pas cohabiter. Il faudrait contenir l'ours dans des zones qui lui soient réservées. Pourquoi pas au-dessus d'Arbas, puisque c'est la volonté des habitants du secteur.» Pourtant il reconnait «Le retrait du malheureux Boutxy ne résoudrait selon lui, rien du tout.» Il resterait d’autres ours.

«Il est également question de l’interdiction de la chasse sur les territoires de l’ours. De la vision «animalière» de ces philosophies de réserves d’ours, sans hommes autour. De la nécessité de rassembler tous les amoureux de la montagne à l’approche des élections de la Chambre d’Agriculture… les éleveurs d’ovins, de bovins, les chasseurs, les randonneurs
(Ariège-News 07/09/06)

L’équipe Technique Ours est dans le chemin, il faut les remplacer

Difficile pour les éleveurs de faire grimper le compteur des ours aussi facilement que souhaité. L’équipe Technique Ours est dans le chemin et refuse de mettre les dégâts ou les pertes pour cause de maladies diverses sur le dos de l’ours comme dans le cas de ce troupeau de veaux atteint de septicémie. Il va falloir remplacer ces gêneurs, jugés trop proches du programme de renforcement de la population résiduelle d’ours dans les Pyrénées par des vétérinaires «indépendants», plus «malléables». Pourquoi ne seraient-ils pas désignés par le Conseil Général de chaque département ? Vous me suivez ? Alors une centaine de sympathisants de l’ASPAP sont allés manifester à Foix.

«Parmi les deux cents manifestants anti-ours, devant la Préfecture, la présence d’élus, parmi les éleveurs et bergers, était remarquée: le président Augustin Bonrepaux, Bernard PiquemalAndré Rouch… Des éleveurs qui ont quelques revendications: des constats par des experts assermentés, indépendants, "les experts actuels sont juge et partie"». (Ariège-News 07/09/2006)

«Une délégation de sept personnes, dont le couple d'éleveurs concernés, le président de la fédération pastorale et des représentants de l'ASPAP, a été longuement reçue par le préfet. Au menu des discussions, la volonté des opposants de pouvoir en appeler à «l'expertise objective de vétérinaires indépendants» dans les cas de suspicion de prédation d'ursidés.» (La dépêche du Midi 06/09/06)

Mauvaise foi

L’ASPAP a publié un communiqué et Lourdes-Infos publie illico le 6 septembre: «Suite au refus de l'équipe technique ours de reconnaître une responsabilité de l'ours dans la mort de 8 veaux (plus 4 veaux disparus), nous avons présenté au préfet les observations qui démontrent l'attaque certaine d'un ours au milieu de ce troupeau de bovins : fracture, déhanchement, l'ensemble du troupeau anormalement affolé dans les jours qui suivent l'attaque, plusieurs attaques (imputées officiellement à l'ours) sur les brebis de la même estive dans les jours précédents.» 

«D’'une manière plus générale, ce dossier met en évidence les problèmes liés au mode d'expertise des attaques : il n'est pas normal que seuls des experts si hâtivement formés par le ministère de l'écologie et sans expérience puissent déterminer si une attaque est imputable ou non à l’ours. Il n'est pas normal non plus que les membres de l'équipe technique ours, acteurs et partisans de la réintroduction, se retrouvent juges et parties de dossiers la plupart du temps très sensibles. C’est pourquoi nous avons demandé au préfet que des professionnels à la fois indépendants et véritablement qualifiés puissent donner un avis plus précis et plus objectif lors des expertises : les vétérinaires semblent être tout désignés pour assurer cette fonction.»

Et puis devant le flop causé par la découverte de la septicémie: «De notre point de vue, l'attaque de l'ours et le problème infectieux sont 2 phénomènes qui viennent se superposer et qui ont engendré simultanément la mort de ces bêtes. Les résultats de l'enquête détermineront la part imputable à chacune de ces raisons.» Manque de chance pour l'ASPAP, l'éleveur ne surveillait pas bien son troupeau. Tout le monde attend l'avis des vétérinaires.

Une stratégie de veaux

L’ASPAP prend les français pour des imbéciles. La stratégie des antis-ours est claire comme l’eau du gave: Se débarasser des ours coute que coute, peu importe la méthode. Les antis-ours attaquent sur tous les fronts, et tant pis s'il faut raconter n'importe quoi: La Dépêche du Midi, Lourdes-Infos et Ariège-Bonrepaux- News leur confirmeront toutes les conneries de l'ASPAP. La presse du Sud-Ouest est exemplaire.

Baudouin de Menten

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