Texte d'Abdesselam Lagrissy, envoyé à la Buvette des Alpages par Patrick Pappola (Papours)
Abddesselam Lagrissy, président de l'Association pour la Cohabitation Pastorale (ACP) , association d'éleveurs, de bergers et d'apiculteurs pyrénéens, analyse et trace le sillon d'un avenir apaisé, loin des positions artificielles et surfaites d'un ultrapastoralisme (1) violent et rigide incarné par l'ASPAP ou l'ADIP. Pour y voir plus clair, il est intéressant de laisser la parole à un homme du terrain rural, pyrénéen, professionnel du pastoralisme.
Texte extrait de la revue "Espaces Naturels" n°15 de juillet 2006
Pastoralisme: choisir la cohabitation
Abddesselam Lagrissy : «Le mode de fonctionnement pastoral actuel est incompatible avec l'évolution économique des marchés, avec les attentes des citoyens, avec certains impératifs environnementaux. Du reste, l'agriculture de montagne est dépendante des aides européennes et nationales et l'avenir des exploitations est compromis.
Pourtant, dans le même temps, le développement des loisirs, le brassage culturel qui s'opère dans les vallées pyrénéennes, ainsi que les nouvelles attentes de nos concitoyens, nous interrogent sur le rôle du pastoralisme. Doit-il rester figé ou bien s'adapter, changer de vision, de modes de production ?
Pendant des décennies, le monde pastoral a façonné la montagne. A cette époque, il y avait des petites exploitations et des hommes aux côtés de leurs bêtes, mais ce travail sur la montagne se trouve radicalement bouleversé. La forêt regagne du terrain ; les estives, faute d'une conduite guidée sont surpâturées sur les zones les plus riches et sous-pâturées sur les pentes les plus pauvres ; la taile des troupeaux augmente et il devient impossible d'assurer un gardiennage correct sur certaines zones.
Par aileurs, le renforcement de la populations d'ours dans les Pyrénées ajoute de nouvelles contraintes. L'histoire pourrait s'arrêter là. Les bergers éleveurs pourraient, par exemple, se battre contre l'ours. Ils tiendraient enfin un coupable. Et derrière les leaders, chacun prêcherait pour son exploitation en vantant les mérites d'un monde pastoral qu'une poignée d'hommes, silencieux eux, s'évertuent à maintenir par leur travail quotidien. L'ours finirait peut-être par disparaître. Mais rien n'aurait vraiment changé.
Alors oui, un autre avenir est possible. Il nécesite de concevoir la montagne comme un tout, où les résidents pastoraux cohabitent avec les forestiers, les chasseurs, les randonneurs, les citadins, et avec une montagne sauvage en équilibre avec leur activité.
En choisissant cette voie, le monde pastoral pourra retrouver ses valeurs. En s'ouvrant et non en s'opposant aux évolutions inéluctables de la société, il passerait outre le clivage ville-campagne qui certains revendiquent pour justifier intolérance et immobilisme.
En s'adaptant aux impératifs de préservation de la biodiversité, le monde pastoral, les communes propriétaires des estives et toutes les autres composantes de la montagne y trouveraient également leur compte.
Les troupeaux seraient de nouveau gardés, les bêtes mieux suivies et soignées, grâce à l'emploi supplémentaire de bergers. Leur travail de conduite guidée contribuerait à un meileur entretien de la montagne.
Et avec la réhabilitation du chien de protection "Montagne des Pyrénées", c'est une part de l'identité pyrénéenne qui serait sauvée.
La cohabitation, cela ne signifie nullement de prendre position en fonction de l'ours, mais d'appréhender l'ensemble du système montagnartd, lequel, pour avancer, doit compter sur toutes ses composantes.»
Abddesselam Lagrissy
Patrick Pappola : (1) Ultrapastoralisme : le terme d' «ultrapastoraux» désigne ceux qui, au nom de leurs pratiques, à ne surtout pas faire évoluer, même avec beaucoup d'aides, souhaitent par tous les moyens, l'éradication de l'ours brun des Pyrénées (et de toute autre espèce sauvage) qui les gênent dans la défense de leur immobilisme.
On sait en effet que refuser les lâchers d'ours de cet été, c'est condamner obligatoirement l'espèce dans les Pyrénées. Prêcher que l'on n'est pas contre l'ours mais contre ces lâchers, c'est faire preuve, soit de manipulation, soit d'une grande confusion, soit d'un obscurantisme qui nie les évidences telles que la viabilité de la population d'ours dans les Pyrénées.
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Analyse de la viabilite de la population d'ours dans les Pyrénnées