"Le grand retour de l’ours", un livre de J.P. et Y.-C. Jost bien mal documenté

Louis Dollo apparaît dans le livre «Le grand retour de l’ours» comme conseiller technique, spécialiste et «ardent défenseur de l’ours» ! Une compilation hétéroclite et mal documentée sur l’ours brun.

Par Jean-Paul Mercier

Des sources visiblement dépassées

Louis Dollo, conseiller technique, spécialiste et «ardent défenseur de l’ours» dans Le Grand retour des ours - Jost Cet ouvrage est exemplaire de ce que j’appellerais la désinformation «de bonne foi». Je suis dès les premières pages surpris que ce livre, qui vient de sortir, contienne des chiffres sur la distribution des populations européennes datant des années 1980. De plus, une carte sépare bizarement une souche hispano-franco-suédoise d’une autre italo-balkanique ? (pages 11,12,13).

Plus loin J.P. et Y.-C. Jost citent Marcel Couturier et Gérard Caussimont, mais certains commentaires m’alertent déjà : «Dans les Pyrénées françaises (…) de nombreux endroits où l’ours vivait au XVIII ème siècle n’offrent plus aujourd’hui la tranquillité, la sécurité et la nourriture dont il a besoin» (page 23). Tiens, tiens, cela me rappelle des arguments déjà entendus ou lus cet été !

Mon inquiétude grandit encore : En liaison avec les dégâts commis sur le cheptel ovin pyrénéen, dérochements compris bien entendu, le choix de la Slovénie, pays source, est contesté : «Il est concevable qu’un jeune sujet, originaire des pays de l’Est et qui a visité avec sa mère les charniers mis à leur disposition dans certaines régions, ait pris goût à la viande et devienne principalement carnivore. Aussi, après avoir été capturé et relâché dans un autre pays, il s’attaquera selon toute vraisemblance au bétail » (page 82).

«Louis Dollo, ardent défenseur de l'ours !»

Puis viens la révélation (page 92) : «Selon Louis Dollo (guide de pays et ardent défenseur de l’ours, (sic) (…) il est aussi très important de savoir si les populations des vallées concernées sont d’accord d’accepter (sic) et de protéger l’ours ». Les deux pages suivantes développent d’ailleurs tous les arguments des opposants à la réintroduction : coût des opérations, divorce entre les  Pyrénéens et le pouvoir central «qui n’engagea la discussion avec les locaux qu’une fois son initiative prise», territoires profondément modifiés par les nouvelles installations et donc inadaptés à la présence de nouveaux ours  etc.

Louis_dollo_defenseur_ours Image : "Louis Dollo : guide de pays et ardent défenseur des ours"

Tout est clair : J.P et J.C. Jost ont fait appel à un «conseiller pour les Pyrénées» qui les a documentés à sa façon. Et pas de chance, ils sont tombés sur Louis Dollo. Cette technique de manipulation/déformation des faits, nous la connaissons depuis longtemps, elle est signée Louis Dollo, chroniqueur de la page "faits divers" de Lourdes-Infos !

Le florilège continue page 111 : «les ours slovènes (...) génétiquement très proche de ceux des Pyrénées ( ce qui n’est pas l’avis de tous les experts)». Enfin, apothéose de la désinformation (page 110) Roland Guichard, présenté comme le directeur d’Artus (feu Artus !), aurait fait partie des voix qui «s’élevèrent contre la réintroduction d’ours provenant des pays de l’Est européen». Dans la réalité, il fut l’un des artisans les plus efficaces du premier renforcement ! 

[ NDLB : Or Roland Guichard a toujours fait partie de ceux qui était POUR l'apport d'ours. C'est ARTUS via le travail de Roland Guichard et Michel CLOUET qui a évoqué le projet de réintroduction, même dans les Alpes ce qui a échoué mais réussi dans les Pyrénées puis payé sur ses fonds propres les premières études de faisabilité de la réintroduction avec apport d'ours extérieurs. Diverses analyses ont été faites toujours par ARTUS pour le choix du pays source et même si d'autres pays que les pays de l'Est ont été analysés, ARTUS s’est fié aux conclusions évidentes que la Slovénie était le meilleur pays source. ]

Enfin, il est remarquable que le nom de l’ADET n’apparaisse pas plus que Ferus dans le chapitre traitant des « réintroductions ». Le Fiep y est mentionné une fois et Artus pour mémoire (voir ci-dessus). L’Equipe Technique Ours (ETO) y est également inconnue. Enfin, pour qui connais un peu ces régions, on ne peut ignorer que l’Europe centrale et les Balkans constituent actuellement le principal peuplement européen, Russie exceptée.

Il est navrant que ce livre n’en parle rapidement que pour nous livrer des informations déformées, par exemple concernant les sites de «nourrissage» slovènes qui n’existent plus depuis des années ou obsolètes comme la population de Croatie qu’ils estiment à 400, alors qu’à ce jour elle dépasse le millier ou celle de Bosnie, bien inférieure aux 1200 annoncés, puisque la guerre l’a réduite de 60%, qu’elle se reconstitue lentement et atteint en 2006 environ 420.

Les auteurs qui ont commis ce fascicule avaient déjà publié auparavant dans la même collection: les marmottes, le renard, les chamois, le bouquetin. C’est du stakhanovisme naturaliste ! Ayant, comme ils l’avouent, marché une ou deux fois dans le Park de Yellowstone, ils s’imaginent avoir la compétence pour parler de l’ours européen. Et puis, pour compléter la documentation il leur suffit de faire appel à un spécialiste, et quel spécialiste… c’est aussi simple que cela.

Je ne mets d’ailleurs pas en cause la bonne foi des auteurs. Voilà où mène le travail de compilation et la consultation d’un spécialiste douteux. Louis Dollo n’a rien d’un « ardent défenseur de l’ours », c’est même le webmaster anti-réintroduction le plus virulent de la toile.

De grâce, un peu d’air pur !

Jean-Paul Mercier

"Le Grand retour de l'ours " De J.P. et Y.-C. Jost - Editions Cabédita, Suisse - Collection Regards et Connaissance

Commentaires