L'ours, histoire d'un combat perdu?

Dans son livre « L’Ours. Histoire d’un roi déchu », Michel Pastoureau, historien raconte l’histoire de la désacralisation de l’ours par l’église pour cause de culte païen et les relations passionnelles entre l’homme et l’ours. Il a suffit que Michel Pastoureau dise : «J'ai le sentiment que pour l'ours des Pyrénées, le combat est perdu» pour qu’il soit de suite instrumentalisé par les opposants à la réintroduction et récupéré comme un nouveau scientifique opposé à la sauvegarde de l’ours des Pyrénées.

L'ours, patrimoine pyrénéen

Pourtant dans son livre Michel Pastoureau démontre à souhait que l’ours fait partie intégrante du patrimoine pyrénéen depuis des temps immémoriaux et que si l’ours est tombé de son trône, c’est parce que l’église cherche à le déprécier en montrant que les hommes de Dieu sont plus forts que lui. « On le voit sur cette image du début du XIV siècle, la chasse à l'ours se pratique à pied. C'est une chasse violente, sauvage, un corps-à-corps entre l'homme et la bête avec échange de souffles et de sangs. Cette intimité bestiale terrifie les théologiens, et l'Eglise cherche à imposer la chasse au cerf, moins brutale. Mais les guerriers germains et slaves ont longtemps préféré l'ours, dont ils admirent la force. En le tuant, le guerrier capte sa puissance. En plein Moyen Age chrétien, les rituels païens subsistent ; le guerrier tue l'ours, boit son sang, revêt sa peau pour partir au combat. La lutte contre l'ours commence à l'époque de Charlemagne. Elle va durer des siècles, jusqu'à Saint Louis. Peu à peu la chasse à l'ours est dévaluée, la chasse au cerf s'impose comme divertissement royal, tandis que le lion devient le roi des animaux. »

La Dépêche saute sur l'occasion

Fidèle à ses habitudes et à ses titres sensationnels, la Dépêche du Midi n’en retient qu’un extrait et titre « Le combat est perdu », toute contente de pouvoir en pleine hibernation de l’ours, remettre les opposants au devant de la scène par une déclaration scientifique. Une nouvelle manipulation grossière reprise de suite par certains opposants, associations et par leurs portes paroles dans les forums et sur Internet.

Dominique Delpiroux dans la Dépêche - Et que pensez-vous de la polémique actuelle sur l'ours des Pyrénées ?
Michel Pastoureau : «En tant qu'historien, je suis étonné par les passions que cela suscite, du côté des partisans, comme des adversaires. Cela dit, j'ai le sentiment que pour l'ours des Pyrénées, le combat est perdu. Mieux vaut concentrer les efforts vers les ours de Scandinavie ou des Carpates

Viabilité de la population d'ours après les réintroductions

Michel Pastoureau est historien, et son livre est passionant, mais je ne pense pas qu’il soit un grand spécialiste de la zoologie de l’ours ou de la modélisation de la survie des populations d’ursidés. Pour cela, je préfère faire confiance :

Which future for the French Pyrenean brown bearWhich future for the French Pyrenean brown bear (Guillaume Chapron, Pierre-Yves Quenette, Stéphane Legendre, Jean Clobert)

Which future for the French Pyrenean brown bear

Analyse de la viabilite de la population d'ours dans les Pyrénnées.pdf

La conservation de l'ours brun dans l'Union Européenne - actions cofinancées par LIFE-Nature - Commission Européenne Conservation de l'ours dans l'Union Européenne LIFE Nature
(PDF 49 pages 1,1 Mo)

Ours en Pyrénées centrales - Rapport final LIFE Nature Ours en Pyrénées Centrales Rapport LIFE Nature Tome 1 1997-2000
1 - Diren Midi Pyrénées - Conservation des grands carnivores en Europe 1997-2000. (PDF, 76 pages, 1614 ko)

Ours en Pyrénées centrales - Rapport final LIFE Nature Ours en Pyrénées Centrales Rapport LIFE Nature Tome 2 1997-2000
Tome 2 - Diren Midi Pyrénées - Bilan des actions contractualisées dans le cadre du programme LIFE "Conservation des grands carnivores en Europe" 1997-2000. (PDF, 60 pages, 2243 ko).

Voilà qui pèse bien plus lourd que le simple sentiment de Michel Pastoureau, retiré de son contexte et récupéré par "La Dépêche". De plus, il ne faut pas oublier que l'ours est une espèce qui dispose d'un statut spécial et que la France s'est engagée à le protéger.

Bilan de la première réintroduction d'ours dans les Pyrénées La première réintroduction est considérée par les scientifiques comme une réussite. Sans cette réintroduction d’ours dans les Pyrénées en 1996, la population d’ours serait sans doute éteinte aujourd'hui. Le graphique montre un redressement spectaculaire et il en sera sans doute de même pour la réintroduction de 2006. Les premières naissances pourraient bien avoir lieu en ce moment, dans les cavernes des ourses ou au printemps prochain. Les lecteurs de la Dépêche ne sont d'ailleurs pas tombés dans le panneau comme le montre leurs réactions.

Réactions

Ne baissons pas les bras!

Par respect pour toutes les personnes qui tous les jours travaillent pour cette réintroduction, il est inacceptable de dire que ce "combat est perdu". Je pense au contraire que c'est le combat de nos chers anti ours qui est perdu ! Cette réintroduction est une chance à saisir autant pour préserver l'histoire de nos montagnes, mais également aider un grand nombre d'éleveurs à qui on propose des aides plus que correctes ! S'il vous plait ne baissons pas les bras et au contraire continuons à se mobiliser afin de gagner ce combat et récompenser tous ceux qui se battent pour cette cause ! Un Jeune Ariègeois. (Cyril DELMAS, Toulouse)

Que non, il n'est pas perdu ce combat!

Que non, il n'est pas perdu ce combat ! Et à quoi on servirait nous les "oursophiles" ? En 1996/1997, on a commencé à renforcer la population et depuis des oursons sont nés dans ce coin des Pyrénées. Parce que les ours ils y sont bien dans nos Pyrénées, ils y trouvent ce qu'il faut pour vivre …si on les laisse tranquille. En 2006, une deuxième étape pour le renforcement a eu lieu dans les Pyrénées Centrales avec le lâcher de 5 ours (une ourse malheureusement est décédée depuis)
Et cette année on attend des oursons de ces nouvelles venues.

Il restera le Béarn, où il faudrait le plus vite possible renforcer la population par des femelles, car il ne reste que 4 ours mâles. Malheureusement quelques uns s'y opposent… seulement quelques uns, mais ils font beaucoup de bruit. Pourtant il y a de la place pour tout le monde dans les Pyrénées et même pour les ours ! Et nous les "oursophiles" on ne lâchera pas cet animal emblématique des Pyrénées qui appartient à notre patrimoine. (Claire F, Bordeaux)

Non, le combat n'est pas perdu

Non , ce n'est pas un combat perdu d'avance et l'issue de ce combat qu'il vaudrait mieux appeler concertation dépend pour une grande partie d'une prise de conscience et des convictions politiques de chacun . Aujourd'hui dans les Pyrénées Occidentales , par choix , l'Ours est volontairement maintenu dans un état de stérilité absolu (absence de femelle ). La population d'ours y fond comme neige au soleil ...

En effet, ayant depuis des années refusé toute réintroduction les élus et l'IPHB qui ont en charge le dossier ours se contentent de gérer la disparition programmée de l'espèce, alors que dans les Pyrénées centrales, au contraire, avec de la bonne volonté et malgré les difficultés on peut se rendre à l'évidence que l'ours renait et sa population est en forte croissance pour redonner ses lettres de noblesse à nos montagnes.

Ainsi a-t-on l'impression que d'un côté (Haut-Béarn) le combat semble perdu d'avance alors que de l'autre (Pyrénées Centrales) tout est vraiment possible! Oui, il faut se battre, je veux dire dialoguer et convaincre car l'ours à lui seul accompagne et fait revivre par sa présence tout un pan de l'histoire de notre patrimoine disparu, coutumes ancestrales, langues et folklores, vieux métiers et vieilles pierres que chacun par ailleurs s'ingénie à faire revivre.

Il serait ridicule que Lou Moussu disparaisse, lui qui est l'emblème, l'authentique et le sauvage, que dis-je , l'identité même de ce massif. Non seulement l'ours est un témoin vivant de notre mémoire mais il est également le maillon d'excellence de toute la Chaîne en matière de biodiversité et d'écologie. Nous devons nous battre pour lui, faire des choix politiques et soutenir les actions de toutes les bonnes volontés et de toutes les associations qui vont en ce sens. (Christian Bacqué, Pau)

Résultats concrets du renforcement des effectifs ursidés

Oui, à ce jour, au vu du décompte officiel des effectifs, la situation de l’ours dans son milieu naturel est bien meilleure qu’il y a quelques années. Je partage avec plaisir ce constat. Toutefois, ce programme nécessite divers efforts (volonté et action politique) constants pour assurer une vie pérenne de l’espèce. Ce programme de renforcement est donc à continuer et à renforcer, par extension non seulement pour cette espèce mais pour l’espèce animale en sa globalité, dans notre pays.

A l’essentiel son seul prédateur, l’homme, comprenez ici une certaine catégorie minoritaire d’extrémistes sont comme à leur habitude, actif.  Plus le temps passe plus des événements anti démocratie locale se rapportant à l’ours, récupération ou manipulation partisane médiatique anti nature (toujours par une minorité) sont dénoncés, et déniaisés. Leur seul plaisir, (à ces extrémistes), est leurs actes et volonté, d’extinction non naturelle d’une espèce vivante. L’ours (ou autre animal) pour ces gens, ne sont qu’un prétexte dont personne n’est dupe ni approbatif, depuis longtemps.

Revenant sur l’essentiel de cette tribune : ours des Pyrénées, perdu, c’est non. A l’inverse, les résultats actuels démontrent le succès grandissant du renforcement de l’ours. En ce qui concerne les récupérations, les tentatives de divisions voire d’échec de cette action, ceci n’est pas nouveau. Les derniers événements socio politiques contredisent l’idée d’un échec voulu et mis en scène par une minorité. Il n’est de constater que de plus en plus les gens tiennent compte de leur environnement naturel et cadre de vie voir pacte Nicolas Hulot. Demande d’indemnité affaire Erika, etcetera….
De plus en plus de personnes se reconnaissent dans un contenu écologie de n’importe quel sensibilité ou non politique qu’elle soit.

Les Chasseurs aux dire de certains, seraient (à priori seulement) contre l’ours. Ce groupe de chasseur diminue lui aussi dramatiquement année après année. Ils étaient 2 600 000 il y à 20 ans, mais 1 300 000 aujourd’hui. Les années passent apportant chacune leur lot de nouveauté positive pour cet animal et le résultat concret du renforcement des effectifs ursidés. (Michelet Franck, Saint-Gaudens)

Des chiffres ?

Dans sa réaction Madame Estrémé veut venir en aide aux étudiants nécessiteux avec l'argent du programme ours. Fort bien. On peut juste se demander si Madame Estrémé se paie la tête des étudiants en question ou bien tout simplement si elle ne sait pas compter. En supprimant tous les crédits du programme ours, on doit royalement arriver à économiser 50 centimes par Français, ce qui devrait permettre de payer un (1) repas par an au resto-U à chaque étudiant. Les étudiants remercient chaleureusement Madame Estrémé pour cette proposition qui va changer leur vie, n'en doutons pas.

Madame Estrémé, soyez sérieuse s'il vous plaît. Et à défaut, ayez un peu de respect pour les étudiants que vous prétendez défendre, en évitant de les brandir comme prétexte pour vous attaquer au programme ours, dont le coût au niveau national est ridicule. (Pierre Hugonnet, Pau)

Ours des Carpates en disparition ?!

Je suis assez curieux de savoir où notre éminent historien a entendu dire que l'ours des Carpates est en voie de disparition. D'autre part, je trouve que cette phrase (je suis étonné par les passions que cela suscite) dénote une grande méconaissance du sujet. S'il se fie aux seuls déballages médiatiques, pas étonnant alors que l'auteur se range du côté des ourso-sceptiques ! (Eric Visentin, Wroclaw - Pologne )

Ben non, ça va plutôt mieux!

Loin d'être perdu, le combat pour une montagne riche de la présence d'ours et d'autres grands prédateurs en général est au contraire en passe d'être gagné : le loup fait naturellement son retour en force et pose les bases d'une cohabitation entre le monde pastoral et la faune sauvage en montagne. Les éleveurs se dotent peu à peu des moyens de prévention des attaques (patous, bergers, clôtures) et la population française et pyrénéenne est très largement favorable au retour de ces icônes de notre patrimoine biologique et culturel. Que peut-on demander de mieux ? (Sébastien Louzanne ( Pau - France )

Pour une cause "perdue", elle se porte plutôt très bien !

Outre que les combats perdus sont surtout ceux que l'on ne mène pas, la situation de l'ours s'est considérablement améliorée dans les Pyrénées ces dernières années. En 1995, on ne comptait plus que 6-8 ours; aujourd'hui, ils sont plus d'une vingtaine ... en attendant les naissances probables de cet hiver, dont nous prendront connaissance au printemps. Il est fort probable que l'on atteigne l'objectif fixé par Serge Lepeltier en janvier 2005 : 30 ours en 2008.

Michel Pastoureau a fait un travail d'historien remarquable. Son ouvrage apporte beaucoup à une meilleure compréhension de la relation homme - ours. Mais il n'est pas biologiste et il est toujours hasardeux de s'aventurer en dehors de son domaine de compétences.

Les meilleurs spécialistes internationaux de la conservation de l'ours ont validé le programme de restauration de la population d'ours dans les Pyrénées. Ne cédons pas à la désinformation orchestrée par les opposants à l'ours, le retour d'une population viable d'ours est en très bonne voie en Pyrénées Centrales. 

Par contre, il est plus qu'urgent de lâcher des femelles en Béarn, où il ne reste plus que 4 mâles ... L'expérience des Pyrénées Centrales démontre que c'est largement possible, si l'on en a la volonté. (Alain reynes, Arbas)

Le livre "L'ours, histoire d'un roi déchu" est disponible à la boutique du Pays de l'ours.

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