Fin mars, l'ours des Pyrénées sort de sa tanière. Pour s'extraire complètement de sa tanière d'hivernation, l'ours est parfois obligé de creuser un tunnel dans la neige qui en a obstrué l'entrée. Peu de chance que cela arrive en 2007, l'enneigement ayant été faible.
On a longtemps cru qu'il sortait de son long jeûne complètement affamé, prêt à se jeter sur tout ce qui pouvait alors lui tomber sous les griffes et entre les crocs. Erreur ! A chaque printemps, l'ours fait son entrée dans le monde en douceur. Il pointe sans précipitation son museau hors de son antre, flaire tranquillement l'air ambiant, bâille de langueur.
L'ours en fin d'hivernation ne s'éloigne pas beaucoup de sa tanière et ne parcourt que de faibles distances, la faim ne le poussant pas à s'aventurer sur les hauts versants et surtout les cols encore enneigés en cette saison. En fait, jusqu'en mai, l'ours dispose normalement d'une réserve de graisse encore conséquente qui lui permet d'attendre sans trop souffrir les vraies largesses de la belle saison. Les anciens chasseurs d'ours savaient bien que les ours tirés en mars ou en avril étaient encore bien enrobés.
La muguette
Ceci dit, l'ours ne fait pas le dédaigneux au point de ne pas consommer les glands et les faînes tombés au cours de l'automne précédent et qui tapissent la neige qui recouvre le sol de la forêt. Les fourmilières, où dorment encore les fourmis rousses avant le grand réveil de mai, les larves d'insectes qui lardent les arbres morts, les nouveaux nés des chevreuils, sangliers ou isards représentent des occasions qu'un larron sauvage tel que l'ours ne laissera jamais passer.
A partir de la mi-avril, tout s'accélère :
- La graisse de l'ours a fondu progressivement en même temps que la neige sur les pentes bien exposées.
- Les bourgeons et déjà les premières feuilles poussent aux hêtres, aux noisetiers, puis aux chênes.
- Les prairies se remplissent d'herbes vertes et tendres.
- Mais, surtout, une compétition se prépare. Sous le manteau aminci de la neige, les réserves de tubercules de muguette, de châtaignes ou de conopodes stockées par les campagnols se révèlent au flair aiguisé des grands mammifères. Qui de l'ours ou du sanglier défoncera le premier ces caves miniatures pour en piller avidement tout le contenu? Si l'ours se fait doubler, il se consolera vite en broutant les muguettes elles-mêmes qui poussent hors de terre dès que la neige ne la recouvre plus.
Zones d'élevage
Mais la sortie des tanières, c'est aussi l'éventuelle révélation de la naissance d'oursons. Dans les Pyrénées, comme ailleurs, la sortie des femelles "suitées" se fait en général plus tard que celle des autres ours adultes qui a lieu fin mars ou début avril selon le climat.
Quand ils mettent pour la première fois le nez dehors, les petits d'ours ne sont pas loin d'être sevrés. Leur mère leur apprend très vite à chercher leur nourriture : tubercules de muguette, herbes, mais aussi escargots, larves d'insectes et, pourquoi pas, petits mammifères.
A cette époque de leur vie, les oursons sont particulièrement joueurs, au point d'être parfois inconscients du danger. C'est pourquoi, les zones d'élevage des jeunes se situent toujours dans les sites les plus protégés, les moins accessibles de la montagne. Les mères ourses ont d'ailleurs la réputation d'aimer bien, mais aussi de châtier sévèrement, à l'occasion, leurs turbulents rejetons.
Espoir
L’ours mâle Balou, relâché à Arbas (Haute-Garonne) en juin 2006, est sorti de son repos hivernal. Il a été localisé en Ariège dès le 9 mars. Les trois ourses femelles relâchées en 2006 n'ont pas encore pointé le nez dehors. La naissance d'oursons en 2007 serait une raison d'espérer pour tous ceux qui souhaitent la survie de la population d'ours dans les Pyrénées. Ne reste plus qu'à attendre.