Suivi des ours: une journée sur la piste de Hvala et de ses oursons avec l'ETO
Etienne Dubarry est réputé pour son flair à l'équipe technique ours. C'est lui qui, le premier, a pu vérifier que Hvala était effectivement suivie par deux petites boules de poils depuis sa sortie de l'hibernation, à Melles, dans le Comminges. Il faut dire que le bonhomme connaît bien le terrain.
Jeudi 24 mai, 10 heures, à Saint-Lary en Ariège. Etienne Dubarry passe dans le village en jetant un œil à gauche, vers la vallée. Il pense que la jeune mère a trouvé refuge par là mais hésite entre le vallon d'Autrech et le vallon de Rouech. Pour en avoir le cœur net, Etienne Dubarry file tout droit dans son Nissan pick-up, direction le col du Portet-d'Aspet, puis emprunte un sentier chaotique jusqu'au point le plus haut des environs.
Là, Etienne Dubarry déplie l'antenne qui lui permet de capter les ondes VHF dégagées par le collier de Hvala.
Bip- bip-bip fait le récepteur. Le signal faiblit derrière la branche édentée du gros sapin à gauche. Etienne regarde sa boussole. Elle indique 130° par rapport au nord. A droite, le signal faiblit à 270°. Conclusion, Etienne Dubarry positionne le nord sur sa carte, et trace une droite sur l'axe des 200°. Seulement voilà, les deux vallons sont dans l'axe.
4 heures de planque
Trois relevés, un pique-nique en altitude et bien des kilomètres plus tard, Etienne Dubarry a acquis une certitude. Les plantigrades sont dans le vallon d'Autrech. Il téléphone à la secrétaire de l'équipe pour qu'elle actualise la localisation sur le répondeur, raccroche, puis regarde sa montre. « C'est à peu près ça, quatre heures pour faire une localisation. Sans compter la route. »
Etienne Dubarry pourrait s'arrêter là et rentrer au bureau, à Villeneuve-de-Rivière, en Haute-Garonne. Mais Etienne aimerait bien vérifier de visu que les deux oursons sont encore vivants. Et pour cause, « il y a 50 à 80 % de mortalité accidentelle chez les petits de moins de 2 ans ». Plutôt gênant quand on cherche à réintroduire une espèce dans un biotope.
15 h 20 - Etienne Dubarry décide de monter en voiture jusqu'à l'estive de l'Herbe Soulette. Là, il prend le temps de dégager un cheval coincé dans une clôture, attrape son matériel d'observation, libère sa chienne Oso, s'aventure sur des pentes qu'aucun randonneur n'oserait emprunter. Et c'est parti pour quatre heures de planque.
Le froid qui lui hérisse les poils n'a pas l'air de l'atteindre. Etienne Dubarry reste le plus souvent silencieux, les jumelles en alerte dès que le bip-bip s'accélère. C'est la preuve que Hvala est bien là, dans une zone qu'il situe entre 300 et 500 mètres autour de lui. Manque de chance, le tonnerre n'encourage pas Hvala à sortir du couvert.
En plus, la maline a du flair elle aussi. Elle peut renifler un homme à 500 m. Nouveau point sur sa montre. Il est 19 heures. Tant pis, Etienne Dubarry reviendra demain pour en avoir le cœur net. Il est temps de prévenir les bergers dans la vallée.
Le berger: « Et qui c'est qui va les surveiller nos brebis ? »
19 h 15. Étienne Dubarry redescend de l'estive de l'Herbe Soulette. À la première ferme, il croise René et Carole qui sont en train de rentrer les brebis du groupement de Loubers et de l'Izard. La conversation s'engage.
Etienne Dubarry, poli : « Bonjour, je voulais vous prévenir que Hvala est au vallon d'Autrech. »
Carole, souriante : « Je m'en doutais. Je vous ai vu passer ce matin. »
René, énervé : « Et ça va être cette musique tout l'été ? Et qui c'est qui va les garder les brebis ? Je dois justement les amener à l'estive. Qu'est-ce que je dois faire ? Y coucher ? Ah ça, ne me demandez pas d'être content. Mon avis, il est pas favorable à l'ours. L'autre jour à l'Izard, Balou il a mangé trois brebis, et il y en a une quatrième qui est morte d'épuisement ! » Étienne a l'habitude de ce type de réaction. Il laisse passer l'orage.
Carole, plus diplomate : « Il est là l'ours, qu'est-ce que tu veux y faire ! C'est bon pour le tourisme. Maintenant, il faut trouver des solutions pour pas que ça dégénère. » Puis, vers Étienne : « Il y a moyens d'avoir des subventions pour clôturer ? » René, avant qu'Étienne ait eu le temps de répondre : «Les touristes ils en ont peur de l'ours ! Et si on amène les brebis en montagne, c'est pas pour clôturer !»
Carole : « Je parle de les parquer juste la nuit. » Elle se tourne de nouveau vers Étienne. « Il y a un problème, quand même, avec le répondeur (05 62 00 81 10). L'autre jour, René a appris le lundi que le samedi, il était juste en dessous de l'ours avec les bêtes. C'est pas actualisé. Si ça l'était au moins, on pourrait choisir ! Elle est grande la montagne. Si on sait où il est l'ours, on va ailleurs ! »
Etienne Dubarry : « Le répondeur est actualisé tous les jours en semaine. Le week-end, ça dépend si le gars de permanence est sur le terrain ou pas. Mais vous savez, à terme l'objectif c'est quand même que les ours n'aient plus d'émetteurs. Il faut considérer qu'ils font partie de l'environnement. D'ailleurs, il y a une vingtaine d'ours dans les Pyrénées et la plupart ne sont pas équipés. »
René : « C'est pas contre vous que j'en ai. Au moins, on sait où il est l'ours maintenant. Mais quand même… Bon allez, il faut rentrer les bêtes. Bon soir ! »
Etienne Dubarry : « Bonsoir. Mais avant, je vous donne les portables de tous les membres de l'équipe. Si vous avez besoin, appelez ! Allez… ». Un salut de la main, et chacun repart de son côté. À Aucazein, Etienne Dubarry s'arrête à nouveau pour prévenir un éleveur qui monte souvent à l'estive de l'Herbe Soulette. C'est aussi ça son métier, informer.
Bons et mauvais souvenirs d'Etienne Dubarry
Au rayon des mauvais souvenirs, Etienne Dubarry se rappelle du jour où son petit Pipper a dû atterir en catastrophe alors qu'il était parti faire de la télémétrie en avion. "Une hélice s'est arrêté, le moteur aussi. On s'est posé dans les champs, en vol plané. On a cassé le train. On a fait les champs, les rigoles, les champs... mais heureusement, on est resté sur le ventre. On a rien eu."
Autre mauvais souvenir, quand il a dû aller faire une expertise dommage après une prédation dans un village. Trente éleveurs en colère l'attendaient. Mais il en connaissait certains. Ils ont pu s'expliquer sans casse.
Au rayon des meilleurs souvenirs, il range inévitablement sa rencontre de nuit avec Xiva. "C'était en 98 ou 99. Au départ, j'étais parti avec Pierre-Yves Quenette. On avait bossé comme des fadas dans la voiture du suivi. J'en ai eu marre. J'ai dit "je prends le sac à dos". Le soir, on a attrapé le signal de Xiva sans la localiser. Il y avait le clair de lune. On marchait sans lampe, à près de 2300 mètres d'altitude. On a changé de versant et on a attrapé le récepteur. Le temps qu'il branche l'antenne, je vois une masse marron et je me bloque. Il a compris de suite. Elle était à 35 pas, dans l'axe de marche, en train de fouiller sous un caillou. Le vent nous était favorable. Elle ne nous avait pas senti approcher. Elle s'est levée, elle a crié, et elle est arrivée plein pot vers nous pour protéger ses oursons. Et, à dix pas, elle a plongé dans la pente. On l'a suivie deux heures dans la nuit. A chaque fois qu'on passait sur des névés, il y avait les traces de la mère et des petits. Quand on a fini par poser le sac à dos, je me suis demandé: "j'ai crié ou pas". Je ne sais pas, mais on a pas eu une peur panique. J'ai juste levé le baton quand elle est arrivée et je lui ai parlé; ça a suffi. C'est un souvenir extraordinaire. On ne l'a pas eue à la télémétrie mais à l'expérience. On a bien joué. On était comme des pinsons."
Qui fait quoi dans l'équipe de l'ours ?
Pierre-Yves Quenette, l'ingénieur biologiste, en assume en quelque sorte la responsabilité. C'est un permanent de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), au même titre que Jean-Jacques Camarra, qui exerce la fonction de technicien supérieur, Etienne Dubarry, technicien de l'environnement, et Françoise, la secrétaire.
Tous les quatre reçoivent le renfort de trois CDD ONCFS et de trois techniciens de la Fédération des chasseurs, ou plutôt des fédérations départementales. Tous, hormis la secrétaire, se relaient sur le terrain pour suivre l'avancée des ours sauf mission particulière. La semaine dernière, deux techniciens sont allés dans les Alpes pendant deux jours pour participer à la mise au point des colliers GPS avec l'équipe "loup".
Comment joindre l'équipe technique ours
ETO
Impasse de la Chapelle, F-31800, Villeneuve-de-Rivière.
Téléphone: 05 62 00 81 08.
Fax: 05 62 00 81 09.
Répondeur "localisation ours": 05 62 00 81 10.
Email: stgaudens@oncfs.gouv.fr
B. D.
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