Témoignage de Jean-Marc
Association pour la sauvegarde du patrimoine d’Ariège Pyrénées, tout un programme. L'ASPAP, cette jeune association, créée en janvier 2006 suite au plan de renforcement de la population ursine dans les Pyrénées, labellisée anti-Ours/Lynx/Loup, a désormais compris que pour avoir le soutien de l’opinion publique, elle lui devait impérativement changer de stratégie de communication.
On connaissait le coté cabochard et peu objectif de certains éleveurs, voici un nouveau trait de caractère aussi peu reluisant qui apparaît au grand jour: l’hypocrisie et la manipulation de l'ASPAP : Association pour la sauvegarde du patrimoine Ariège Pyrénées.
Une biodiversité estampillée «ASPAP»
En effet, les têtes pensantes de l’ASPAP ont enfin compris que la protection de l’environnement est de plus en plus présente dans les esprits, et qu’il ne fallait surtout pas en faire abstraction. Et voici que, comme par enchantement, l’ASPAP se met à parler d’écologie, de protection de la biodiversité, où elle se place en fervente actrice. Et oui, citoyens Français, ne vous y méprenez pas, si les Pyrénées sont ce qu’elles sont aujourd’hui, riches d’une biodiversité flamboyante, c’est grâce aux éleveurs de l’ASPAP.
Seul Bémol, le mot «biodiversité» prend là une définition toute particulière. En effet, cette biodiversité «made in ASPAP» a une diversité biologique restreinte où les grands prédateurs comme l’ours, le lynx ou encore le loup n’ont pas leur place. Paradoxal me direz-vous, quand ont sait pertinemment bien que ces espèces font parties intégrantes de la biodiversité, la vraie cette fois ci! Paradoxal pour vous, mais pas pour l’ASPAP, pour qui le droit à la vie de ces animaux sauvages n’est pas légitime. Ainsi, et vous l’aurez compris, l’ASPAP se veut protectrice d’une biodiversité pas vraiment très diverse.
Les arguments de l’ASPAP sont pourtant solides: «la cohabitation ours/pastoralisme est impossible.» Elle n’est pas possible a tel point qu’ils n’ont d’ailleurs jamais essayé de voir si éventuellement elle aurait pu l’être.
Je suis de bien mauvaise foi me rétorquerons les membres de l’ASPAP, car comme ils prétendent, dans l’un de leurs derniers communiqués, «10 ans d'immenses efforts d'adaptation l'ont prouvé». Certes, permettez-moi tout de même d’en douter, surtout lorsque l’on constate qu’en un siècle, la population d’ours bruns dans les Pyrénées est passée de 200 individus environs, à, tenez-vous bien, une vingtaine.
Des efforts «immenses» d’adaptation qui auront conduit également à la disparition de la dernière ourse de pure souche pyrénéenne sans que cela n’émeuve un tant soit peu les éleveurs de l’ASPAP. Si la mauvaise foi était une maladie incurable, il est fort à parier que l’ASPAP ne ferait pas long feu.
Ils nous apprennent même, je cite: «Que la biodiversité que certains veulent nous apprendre à gérer depuis Paris ou Toulouse, est ici préservée et remarquable.» Effectivement, quand on a pour définition de la biodiversité celle de l’ASPAP, celle-ci est il est vrai, parfaitement préservée: plus de loups, une population d’ours qui s’effondre tout comme celle des Grands Tétras, des pistes pastorales qui fleurissent de plus en plus, des écobuages mal gérés qui se propagent en détruisant toute la faune et la flore sur leurs passages, allant même jusqu’à tuer des randonneurs ; un productivisme de plus en plus développé qui grignote petit a petit les espaces. Et oui, des critiques qui sont difficiles à avaler pour le monde pastoral, mais qui sont pourtant totalement objectives. Mais l’autocritique et la remise en question ne font pas vraiment parties, il faut bien le reconnaître, des nombreuses qualités de l’ASPAP et de ses membres.
«Celui là, il est clairement opposé au pastoralisme, et il déteste les bergers» diront certains en me lisant, et bien détrompez-vous, j’adore le pastoralisme, mais un pastoralisme respectueux du milieu dans lequel il évolue, tolérant de la faune, toute la faune, qui fait que les Pyrénées ont pu garder encore un peu ce coté sauvage et mystérieux.
Je refuse que l’on cherche à éliminer une espèce animale sous prétexte qu’elle occasionne des dégâts pour l’activité humaine. Je n’accepte pas cette nature aseptisée, modifiée par la main humaine dans un but unique de développement économique. Oui messieurs de l’ASPAP, les Pyrénées que vous souhaitez pour vos enfants, pour nos enfants, n’auront aucun goût, aucune beauté si ce n’est artificielle, plus d’âme. Vous ne vous êtes jamais donné les moyens pour que les pratiques pastorales puissent se développer le plus harmonieusement possible avec la présence des grands prédateurs.
Vous fustigez les associations écologiques alors qu’il aurait été bien plus judicieux de faire marche ensemble, et de demander main dans la main à l’état des moyens supplémentaires pour pouvoir d’une part relancer le métier de berger, gardien de troupeaux, et d’autre part de préserver encore un tant soit peu une vraie biodiversité, dans laquelle l’ours comme le loup ou le lynx font parties intégrantes. Au lieu de cela vous avez décidé de prendre un chemin qui ne mènera, au final, nulle part et ni l’ours, ni le pastoralisme n’en sortiront vainqueur.
L’ASPAP, une vision du pastoralisme dépassée
Alors et pour finir, citoyens français, fins connaisseurs des Pyrénées et du pastoralisme, ou total néophytes, ne tombez pas dans les pièges que vous tend l’ASPAP, avec ses beaux discours démagogiques à souhait. Ne vous y trompez surtout pas: L’ASPAP et ses représentants se moquent bien de la biodiversité, seule la défense de leur activité professionnelle les préoccupe. Protéger à tout prix son gagne pain est tout à fait louable, encore faut-il qu’il soit effectué avec respect et tolérance. L’activité pastorale de nos montagnes doit absolument être protégée et aidée mais ces pratiques doivent évoluer pour lui permettre de vivre en véritable harmonie avec le milieu naturel dans lequel elle s’exerce.
Certains bergers et éleveurs l’ont compris, ils sont malheureusement minoritaires, mais bon nombre d’exemples dans le passé nous ont montré que la majorité n’avait pas toujours raison, et que l’individualisme prenait souvent le dessus sur la raison et l’objectivité.
Le monde pastoral doit accepter que l’ours, le loup ou le lynx aient aussi le droit de vivre dans ces montagnes qui sont leur lieu de vie depuis toujours, bien avant que le premier des hommes n’y pose le pied. Nous nous devons d’être tolérant car c’est bien ce manque de tolérance qui mine notre existence. Accepter la présence de ces grands prédateurs, c’est accepter le droit à la vie tout simplement. N’exterminons pas ces animaux au nom du développement!
Un début de réponse?
Ce qui, a mon sens, mine l’activité pastorale et entretien une relation assez houleuse avec le monde associatif écologiste, est cet excès de fierté chez un bon nombre d’éleveurs, qui n’acceptent pas qu’aujourd’hui, dans cette société où le productivisme à outrance et la surconsommation font loi, que le pastoralisme ne survive qu’en grande partie grâce aux subventions publiques.
C’est au contraire, pour moi, une grande fierté de pouvoir aider indirectement grâce à mes impôts une activité noble et humble qu’est le métier de berger, et qui devrait être porté en exemple. Mais le monde pastoral doit impérativement prendre conscience que les gens, de n’importe quelle origine géographique ou sociale soient-ils, ont aussi le droit d’exiger que ces montagnes pyrénéennes gardent leur véritable identité. Et tous ces grands prédateurs en font partie.
La question ne doit plus être celle d’accepter ou d’éliminer la présence des grands prédateurs dans nos montagnes, mais au contraire celle de mettre en place tout les moyens possibles pour que le berger et l’ours, le loup et le lynx puissent continuer à vivre ensemble.
Jean-Marc,
Pyrénéen
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