Catherine Brunet : Que sommes nous devenus, nous paysans, pour affirmer que la cohabitation est impossible

Catherine Brunet de l' Association Cohabitation Pastorale (ACP)
Une association favorable à la cohabitation que les autres associations pastorables favorables à la "défense du patrimoine pyrénéen" et à l'éradication de l'ours veulent réduire au silence parce qu'elle ne comporte qu'un faible nombre de membres (vu les pressions) et reçoit des subsides pour placer des patous (chiens de protection) dans les élevages.

Catherine Brunet - De nouveau l'ours refait parler de lui en Haute Ariège. Hé oui, l'hibernation est terminée depuis plusieurs semaines, ici et là, où il peut, il prédate.

Comme tout bon chasseur, il attend la faille de l'homme pour pouvoir atteindre sa proie, se régale, laissant derrière lui « la polémique ». A Siguer, il est venu plusieurs fois, nous le savons car nos patous (chiens de protections), ont aboyé très souvent depuis 2 mois. Par ailleurs nous avons eu une brebis qui est revenue à la bergerie avec son pi (mamelle) mangé. (Pas morte, elle a été remboursée, car elle est perdue pour la production). Un rucher à eu des dégâts comme tous les ans car n'ayant pas assez de ruches (minimum 10), les propriétaires n'ont pu bénéficier d'aides pour la protection. Ils sont seulement indemnisés. Par contre les 2 autres ruchers plus importants ayant bénéficié des moyens de protection n'ont pas eu de prédation cette année.

Pour le cas de notre exploitation, aucune brebis prédatée en bergerie ou en parc la nuit, car nos patous font leur travail. Seulement, en début de saison, ayant peu d'herbe, les brebis sont gardées plus largement et certaines ne rentrent que le lendemain matin faire téter leurs agneaux. Le boisement étant important, sur et autour de l'exploitation, l'ours à facile à atteindre sa proie, les patous perdant de leur efficacité, dans ces cas là. Jusqu'au 1 er juin, nous nous doutions que c'était l'ours qui faisait aboyer nos patous, mais cela restait une incertitude. Aujourd'hui nous pouvons affirmer sa présence sur notre exploitation, car un de nos garçons, en allant rejoindre ses frères qui gardaient le troupeau, a trouvé de belles traces que nous avons photographiées.

Hier au journal de 20 heures à la télévision, un gros titre « un ours a prédaté dans une bergerie en Haute Ariège ». Attention, le débat se réveille!

Pourtant, quoi d'extraordinaire qu'un prédateur fasse des dégât sur des troupeaux non protégés, que du bétail domestique fasse des dégâts dans des jardins mal clôturés, qu'un renard où un rapace entre dans une cour de ferme pour prendre poulets, canetons, que des ongulés sauvages fassent des dommages dans les champs de céréales non protégés. Les exemples ne manquent pas.

Que sommes nous devenus, nous paysans, pour affirmer que la cohabitation est impossible, être incapable de faire face à ce genre de problèmes et seulement proposer comme solution l'enfermement ou l'éradication de la faune sauvage ?

Catherine BRUNET
conjointe d'éleveur ovin en Haute Ariège

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