Par Sandrine Andrieux,
Chargée de communication de l'association Férus,
Rédactrice en chef de la "La Gazette des Grands Prédateurs"
La tournure de l'information donnée aux Français sur l'ours est déplorable. Des affirmations inexactes et non vérifiées, ainsi qu'un excès d'informations sur le sujet, semblent vouloir relancer une polémique autour du dossier de l'ours. En quelques jours, des informations erronées ont été données au grand public :
- l'ourse Cannelle (la dernière femelle de souche pyrénéenne, née en Béarn au début des années 1990 et abattue par un chasseur en novembre 2004) devient une ourse slovène réintroduite dans les Pyrénées centrales;
- Pour un journal télévisé d'une chaîne nationale : il n'y a que 5 cinq ours dans les Pyrénées, ceux qui ont été lâchés en 2006 ; oubliés les ours autochtones (tous mâles), les ours déjà présents suite aux réintroductions de 1996 et 1997 et ceux qui sont nés depuis et sont, eux, parfaitement pyrénéens.
Récemment, un ours a causé la mort de 25 brebis : tous les journaux locaux en ont parlé en noircissant l'affaire, qui a même été relayée par le journal télévisé (JT) d'une chaîne nationale. Bien évidemment, pas un mot sur le fait que le troupeau ne bénéficiait d'aucun moyen de protection, alors que chacun sait qu'il est irresponsable de laisser des bêtes sans surveillance en montagne.
La manipulation médiatique n'est pas loin : lorsque 4 brebis sont tuées par un ours, on parle de «carnage», de «film d'horreur», de «cimetière de brebis éventrée ».
l'ours occasionne moins de 0,1 % du total des brebis, caprins et bovins présents dans les Pyrénées
Rappelons que les pertes dues à l'ours représentent moins de 0,1 % du total des brebis, caprins et bovins présents dans les Pyrénées. Les éleveurs reconnaissent perdre en moyenne chaque année 3% de leurs bêtes du fait de maladies, dérochements, prédations autres que l'ours, vol. Avec l'ours, ces pertes s'élèvent donc au grand maximum à 3,1 % au lieu des 3% qui sont supportées et acceptées par la profession.
Les bêtes tuées par l'ours sont bien indemnisées
Rappelons aussi que toutes les bêtes tuées par l'ours sont bien indemnisées (ce qui n'est pas le cas des autres pertes, l'immense majorité des dommages reste à la charge des éleveurs), et que le coût total de ces indemnisations n'atteint pas, en un an, le prix d'un petit rond-point à l'intersection de deux routes secondaires.
L'ours, patrimoine des Pyrénées
L'ours fait partie du patrimoine faunistique de la France comme bien d'autres espèces ; on a beaucoup parlé de biodiversité, notamment quand Nicolas Hulot semblait faire l'unanimité autour de ses propositions. La biodiversité ne se partage pas, d'un côté les bonnes espèces, de l'autre celles qu'on doit éliminer.
La polémique autour de l'ours se nourrit de quelques faits précis, mais est amplifiée et vendue aux médias par un réseau déterminé. Au bénéfice de qui ? Des agriculteurs ? L'ours ne met pas le pastoralisme en péril, tout le prouve mais encore faut-il vouloir en prendre conscience.
Des élus en panne de projets qui utilisent l'ours comme bouc émissaire ? Ou de ceux d'entre eux qui songent à quelques aménagements touristiques supplémentaires et rejettent l'idée d'un peu de nature intacte?
Il ne faut pas nier la réalité mais merci aux médias de ne pas oublier leur devoir de fournir une information impartiale, fiable et complète.
La faune sauvage française comprend heureusement encore quelques prédateurs, des loups, des ours et des lynx. Toutes les enquêtes d'opinion montrent que les Français s'en réjouissent, ils sont les ambassadeurs de la vie sauvage, la preuve que certains de nos milieux naturels sont en bonne santé.
Ces animaux se nourissent très bien de proies naturelles et, pour l'ours, de végétaux. Mais ils tuent aussi et mangent chaque année du bétail, qui est remboursé aux propriétaires. Leurs attaques cumulées sont au nombre de plusieurs centaines, elles n'ont rien d'anormal ni de sensationnel, même si personne ne conteste le mécontentement des éleveurs.
Comme à chaque sortie d'hibernation, quelques brebis destinées à la boucherie sont victimes d'un ours opportuniste, cela mérite-t-il un encart dans tous les journaux locaux et le JT d'une chaîne nationale? Les images des deux oursons de Hvala (ourse lâchée dans les Pyrénées en 2006) nous ont évidemment bien plu, mais nous demandons un traitement équitable pour tous leurs congénères : les oursons grandiront et c'est en apprenant à chasser qu'ils feront le plus de dégâts, ce n'est pas pour autant que les Français les aimeront moins.
En cette période d'élections législatives où des candidats n'hésitent pas à brandir des menaces contre les grands carnivores, toute information sensationnelle montée à partir de faits anodins contribue à réduire l'espérance de survie des plus beaux représentants de la faune sauvage française.
Sandrine Andrieux