Variant dans ses formes selon les époques, la protection de l’ours brun sur le territoire slovène (en particulier dans le secteur de Visoki Kras) remonte au XIXème siècle. Les premières initiatives sont venues des grands propriétaires fonciers. Principalement motivés par la chasse sur leurs domaines privés, ils exprimaient néanmoins ainsi leur forte orientation vers une chasse durable.
L’ «Ordonnance sur la protection des ours dans le Kocevje, le Crnomelj, le Novo mesto, le Logatec et les territoires de Ljubljana», datant de 1935, a instauré l’interdiction de tirer, de tuer, d’acheter et de vendre des ours, constituant une des premières mesures en faveur de la protection et de la conservation des ours en Europe et la première tentative destinée à maintenir des habitats variés pour les ours sur le territoire de la Slovénie.
Jusqu’en 2004, c’est par la réglementation de la chasse que la protection des ours a été mise en oeuvre en Slovénie. Bien qu’ayant été une espèce chassable jusque-là, l’ours brun a toujours bénéficié d’une protection spéciale. La délivrance des autorisations de prélèvement sur la population d’ours bruns a toujours été planifiée et conforme à une approche globale descendante (État – aire de reproduction du gibier – zone de chasse), reconnaissant et prenant en compte l’écologie spécifique des ours.
En 1966, une décision a défini une «zone à ours spéciale», englobant la majeure partie de l’aire centrale de l’habitat de l’ours en Slovénie. Elle constitue le territoire où l’habitat de l’ours brun est préservé.
En 1993, l’ours brun a été protégé au titre de la législation relative à la conservation de la nature et les décisions concernant la gestion de la population ont été prises en concertation entre les deux ministères compétents (le ministère de l’agriculture, de la forêt et de l’alimentation en ce qui concerne les espèces chassables et le ministère de l’environnement et de l’aménagement du territoire en ce qui concerne les espèces protégées). En 2004, la nouvelle réglementation sur les espèces protégées transposant la Directive « Habitats », a été adoptée (décret sur les espèces animales sauvages protégées). Dès lors, le seul statut de l’ours brun a été celui d’espèce protégée.
Plan d'un circuit touristique en vélo en pleine zone à Ours à Masun -Slovénie. Photo Buvette des alpages.
D’un point de vue opérationnel, «la stratégie de Gestion de l’Ours Brun en Slovénie» a été adoptée en 2002 par le gouvernement. Cette politique de gestion des espèces sauvages est basée sur des principes écologiques scientifiquement fondés ainsi que des mesures légales et administratives complémentaires dans les domaines de la culture, de la sociologie et de l’économie afin de préserver l’ours et son habitat naturel.
Cette stratégie est construite sur deux axes :
- l’ours brun – un être vivant et une espèce biologique,
- la relation entre l’ours brun et l’homme.
Deux objectifs d’égale importance ont été fixés : la conservation à long terme de l’ours brun en Slovénie, y compris de son habitat, et assurer la cohabitation de l’homme et de l’ours. La stratégie tient compte des dispositions de la Convention de Berne, notamment de son plan d’action concernant la population d’ours bruns en Europe et de la Directive « Habitats ».
En 2002, un premier programme d’actions découlant de la stratégie a été mis en place pour la population slovène d’ours bruns. Ce programme prenait en compte et incluait tous les points du plan d’action européen s’appliquant à la Slovénie. Cette même année, un atelier pour la zone Dinarique et du Pinde concernant l’application des points du plan d’action par pays, organisé par LCIE (l’Initiative Européenne pour les Grands Carnivores), s’est tenu au Parc National de Risnjak en Croatie. L’atelier était destiné aux représentants des pays allant de Slovénie à la Grèce, regroupant l’habitat écologique de la population d’ours bruns nommée population des Alpes-Montagnes Dinariques-Pinde. La Slovénie a présenté sa stratégie de gestion aux neuf pays présents. Elle était le seul pays à disposer d’une politique effective et officiellement accepté au niveau de l’État. Durant l’examen de chaque point du plan d’action européen dans son application individuelle à chaque pays, il a été établi que la Slovénie appliquait le plan d’action européen en totalité à l’exception de 3 points. Actuellement, un nouveau programme d’actions est sur le point d’être adopté.
La gestion de la population d’ours bruns en Slovénie est basée sur une approche intégrée. Suivant les objectifs stratégiques, des mesures propres à chaque zone de présence des ours sont prises afin de réguler la population et de réduire au minimum les conflits avec l’homme.
Les prélèvements sur la population d’ours bruns sont décidés par le ministère de l’environnement et de l’aménagement du territoire (responsable de la gestion des populations d’ours bruns), à partir de propositions techniques qui sont soumises à une commission spécifique. Cette commission est un organe consultatif qui se compose de spécialistes indépendants (des Départements de la Forêt, de Biologie et de Zootechnie de la Faculté de Biotechnique de l’Université de Ljubljana, du Museum d’Histoire Naturelle et du Service de la Forêt de Slovénie), de représentants de différents intérêts (chasseurs, ONG, éleveurs et collectivités locales) et de représentants de l’État (le ministère de l’Agriculture, de la Forêt et de l’Alimentation et le ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire et de l’Énergie). A la fin de chaque année civile, le Département de la Faune Sauvage du Service de la Forêt slovène qui est, conformément au décret sur les espèces animales sauvages protégées, responsable de l’organisation globale (prélèvements sur la population d’espèces animales sauvage et habitat), prépare les propositions techniques de prélèvements pour l’année suivante.
Elles sont basées sur la Stratégie de Gestion de l’Ours Brun et sur les résultats du suivi qui repose sur les opérations suivantes :
- comptage régulier nocturne au clair de lune sur 176 emplacements fixes, 2 à 3 fois par an ;
- comptage sur d’autres emplacements ;
- observations ;
- enregistrement des contacts et des appels d’intervention ;
- captures et pertes ;
- télémétrie ;
- recherche génétique.
Chaque proposition, qui prend en compte toutes les données et méthodes disponibles, est établie en concertation avec les responsables des zones de chasse, qui sont les unités écologiques les plus vastes pour la gestion du gibier en Slovénie. Elle est approuvée avec les personnes qui effectuent les prélèvements sur la base des paramètres suivants :
- pertes d’ours bruns (tirs, captures ou disparitions) ;
- dommages sur les récoltes, le bétail, les bâtiments, les véhicules ou autres ;
- situations de conflit impliquant des ours répertoriées par le groupe d’intervention ours brun (plus de 200 appels pour intervention en 2006) ;
- données sur les comptages et évaluation du nombre d’ours bruns réalisés deux ou trois fois par an depuis 2000 par le Service de Forêt slovène et l’association de chasseurs de Slovénie ;
- expérience (théorique et pratique) obtenue les années précédentes par les experts faune travaillant dans le cadre des activités du Service de Forêt slovène.
Les gardes slovènes expliquent le domaine vital des ours mâles et femelles (points de localisation de couleurs différentes) - Réserve de Kocevje. Slovénie. Photo Buvette des alpages.
Le prélèvement prévu ne porte pas seulement sur les ours qui doivent être abattus – il inclut aussi les pertes constatées dans la population d’ours qui sont déduites du quota. Cela garantit que la dynamique de population est contrôlée, car le plan de tir seul pourrait mener à un nombre non contrôlé de pertes accidentelles, ce qui semble s’être développé ces dernières années.
La gestion de l’ours brun en Slovénie respecte les réglementations internationales, en accord avec les textes et plans de niveau international. Nous sommes ouverts à toutes les suggestions d’ordre scientifique et invitons à coopérer. Nous estimons que les pays où les grands carnivores ont été exterminés peuvent apprendre et mieux comprendre les problèmes de la cohabitation entre homme et grands carnivores, et partager la connaissance et les responsabilités dans la conservation de ces espèces emblématiques d’Europe.
Grâce à la connaissance et à une gestion de la nature jusqu’alors adaptée à toutes les ressources naturelles, la Slovénie est un des rares pays européens présentant une population d’ours bruns en forte augmentation.
République de Slovénie
Ministère de l’environnement et de l’aménagement du territoire.
La Slovénie veille également à une coopération internationale et particulièrement la oopération
frontalière comme le démontre les actions suivantes :
Convention de Berne
- exécution du plan d’action
- atelier d’Osilnica sur la gestion transfrontalière des ours bruns
Projets de renforcement de population
- en Italie (1999-2002 : 10 ours à destination du parc national d’Adamello Brenta)
- en Autriche (1993 : 3 ours)
- en France (1996-97 : 3 ours - 2006 : 5 ours)
Projets LIFE
- conservation des grands carnivores en Slovénie - phase 1 : Ursus arctos
- principes pour la formation potentielle d’une métapopulation d’ours dans les Alpes (avec l’Italie et l’Autriche)
Coopération transfrontalière
avec la Croatie, l’Italie et l’Autriche.
Source : Empreinte Ours n°3
Lettre dinformation semestrielle de L'Etat sur le programme de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées. Juin 2007
