Un loup dans les Alpes vaudoises !
Photo : Le loup a été photographié par le Service vaudois de la conservation de la faune le 9 août dernier près d’Anzeindaz, au sud des Diablerets, non loin des lieux où ont été retrouvées ses premières victimes.
Aucun loup n’avait jamais été vu dans le canton de Vaud depuis... 152 ans. Un bail qui a pris fin le 9 août dernier. Date à laquelle un individu a été photographié non loin d’Anzeindaz, dans la réserve de chasse du Muveran, a annoncé hier le canton. «On le soupçonnait depuis juillet, après l’attaque de plusieurs chèvres, dont deux retrouvées mortes. On avait donc installé des pièges photo. Et les analyses ADN nous ont maintenant confirmé qu’il s’agit bien d’un loup de souche italienne», raconte Sébastien Sachot, conservateur vaudois de la faune. Qui précise que les 25 et 26 août, treize moutons ont «disparu» dans la même région des Alpes vaudoises. Sans doute un jeune mâle
D’autres analyses sont en cours pour savoir s’il s’agit d’un loup venant du Valais ou du canton de Berne, ainsi que pour déterminer l’âge et le sexe de l’animal. «On peut imaginer qu’il s’agit d’un jeune mâle, avance le conservateur. Et qu’il ne restera pas longtemps seul...»
Le canton a pris des mesures d’urgence. L’élevage de mouton touché a reçu le soutien de deux chiens - des patous des Pyrénées - et d’une bergère. Deux propriétaires de chèvres ont obtenu des enclos électriques. D’autres mesures suivront. Reste que la réapparition du carnivore ne plaît pas à tous. «Les éleveurs sont sur les dents», prévient Moritz Schwery, président de la commission grand prédateur de la Fédération ovine suisse. «Ils doivent faire face à la perte de leurs bêtes et ont une surcharge de travail. Certains parlent même de tirer le loup. Puis ils se calment.»
Les chasseurs n’explosent pas non plus de joie. «Pour nous, c’est un concurrent. Les bouquetins vont souffrir, prédit Jean-Louis Grivet, président de la Diana vaudoise. Mais il nous mettra surtout face à des problèmes insolubles. Ce prédateur n’a simplement pas sa place chez nous. Et je parie que dès qu’il aura vraiment faim, il dépassera les quotas.»
Sébastien Sachot rappelle qui n’est pour l’instant pas question de tirer le loup. «C’est seulement s’il tue 25 animaux de rente en un mois ou 35 en quatre mois que le Conseil d’Etat peut, s’il le veut, demander que ce soit fait.» Mais reconnaît que son impact est plus lourd que celui du lynx. «D’abord sur les populations animales : en meute, il peut s’attaquer à des chamois, chevreuils, cerfs, bouquetins ou même des veaux. Puis sur les éleveurs, qui doivent s’organiser, supporter des coûts et du travail supplémentaire.»
En 1855, à Agiez, mourrait le dernier loup sur sol vaudois
1855. C’est cette année-là que le dernier loup sur territoire vaudois a été tué, à Agiez, près d’Orbe, par un groupe de personnes. Ces faits, rapporte le conservateur de la faune Sébastien Sachot, figurent dans les Archives cantonales. «Entre 1800 et 1900, de nombreux prédateurs ont disparu, dont le loup. Les éleveurs menaient contre eux une lutte acharnée.»
Entre 1762 et 1842, au moins 80 loups ont été tués à L’Abbaye, à la vallée de Joux. Au XVIe siècle, le loup est encore présent sur tout le territoire suisse. C’est à partir du milieu du siècle suivant qu’il devient rare un peu partout. Mais des loups ont tout de même rôdé en Suisse au XXe siècle puisque sept animaux ont été tués entre 1908 et 1998 (à Reckingen en Valais). A noter qu’en Italie, entre autres, le loup n’a jamais disparu. Ce qui explique son retour naturel en plusieurs endroits (en France notamment). En Suisse, la loi protège le loup puisqu’il ne figure pas dans la liste des animaux à chasser.
