Lettre de FERUS à Madame Nathalie KOSCIUSKO MORIZET (MEDAD)

Lettre de FERUS à Madame Nathalie KOSCIUSKO MORIZET
Secrétaire d'Etat à l'Ecologie
MEDAD - Paris

Madame la Ministre,

Tout d'abord, l'association FERUS vous remercie pour votre demande d'un complément d'enquête sur la mort de l'ourse Franska. Vous trouverez en annexe I une chronologie retraçant le harcèlement dont a été victime cette ourse ; bien évidemment, nous pouvons supposer que d'autres événements du même genre ont eu lieu sans que nous en soyons à ce jour informés.

Dans l'attente des conclusions du bilan à mi-parcours du plan de restauration et de conservation de l'ours dans les Pyrénées Françaises 2006-2009, nous vous demandons de prendre très rapidement des mesures préventives.

L'ourse Franska est morte et l'opposition à l'ours se concentre désormais sur l'ourse Hvala, suitée de deux oursons. Après avoir demandé le déplacement de cette ourse, les anti-ours menacent par voie de presse, La Dépêche du Midi du 25 08 07 : «Si l'Etat ne fait aucun signe d'ici à quinze jours, on va durcir le mouvement», annonce Gérard Dubuc, maire de Saint-Lary. Pour l'ASPAP, «On repart sur le même schéma que pour Franska».

Le communiqué de l'ASPAP du 24 08 07 présente cette ourse comme agressive : «Le comportement agressif de cette ourse qui approche les troupeaux malgré la présence permanente du berger» ; rappelons que Hvala n'a fait aucune attaque sur la commune de Melles où les mesures de protection (bergers / chiens de protection / regroupement nocturne) ont fait leurs preuves ; nous sommes donc de nouveau proche de la désinformation orchestrée contre l'ourse Franska, avec l'issue que nous lui connaissons.

En cette période d'ouverture de la chasse, l'association FERUS craint que l'ourse Hvala soit victime d'un simulacre d'accident de chasse. Nous estimons comme indispensable la mise en oeuvre urgente de deux mesures :

  • l'arrêt de la diffusion des localisations des ours lâchés en 2006 ;
  • la mise en place d'une mesure garantissant qu'aucune battue avec chien n'aura lieu sur le territoire fréquenté par l'ourse Hvala et ses oursons.

En annexe II, vous trouverez un exemple qui montre que les opposants à l'ours utilisent très certainement contre les ours la diffusion des localisations. On peut espérer que les risques de voir les individus malintentionnés reproduire la chaîne des comportements qui a conduit au harcèlement de l'ourse Franska seraient déjà réduits par cette première mesure.

FERUS demande une mesure garantissant qu'aucune battue n'aura lieu sur les lieux fréquentés par Hvala et ses oursons. Des limitations ou des interdictions de chasse – ou plus précisément les battues avec chiens – sur les zones occupées par Hvala et ses oursons sont primordiales ; FERUS fait pleinement confiance à l'Equipe Technique Ours pour trouver une solution, mais cette mesure doit être mise en oeuvre très rapidement pour que l'ourse Hvala ne connaisse pas le sort de l'ourse Mellba. Sinon, compte tenu de la volonté des opposants d'abattre tous les ours l'un après l'autre, on peut tout de suite faire une croix sur cette ourse avec un possible déguisement d'accident de chasse à l'horizon.

Il va de soi que les présidents de sociétés de chasse et d’ACCA qui prendraient l’initiative d’interroger l’Equipe Technique Ours pour savoir s’ils peuvent organiser une battue dans tel ou tel secteur devraient se voir communiquer tous les éléments disponibles hormis la localisation exacte d’animaux. La plupart des ours actuellement présents dans les Pyrénées ne sont pas équipés de dispositifs de repérage et il est donc fondamental que les chasseurs apprennent systématiquement les bons comportements ; la diffusion des localisations n'est pas garante d'une absence de rencontre avec l'ours (voir annexe III).

Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de nos respects les plus profonds.

Po/ le conseil d'administration - le président - J F Darmstaedter

Chronologie d’une mort annoncée
Annexe I

  • Le 28 avril 2006 : Franska, ourse baptisée ainsi par les slovènes en hommage à la France, est lâchée à Bagnères de Bigorre dans les Hautes-Pyrénées. 6 ans, 110 kg, équipée d’un collier émetteur et d’un émetteur intra-abdominal.
  • Le 30 avril 2006 : un premier pot rempli de miel et de morceaux de verre est retrouvé sur les hauteurs de Bagnères de Bigorre par un randonneur.
  • Le 1er mai 2006 : la zone est ratissée par les gendarmes et les gardes ONCFS, 11 autres gobelets marqués «attention, poison anti-ours» sont retrouvés. Franska est repérée sur Gazost puis refoulée lors d’une battue des anti-ours sur la zone de Bagnères.
  • Le 2 mai 2006 : dans la Dépêche du Midi : «Pour nous, le but c’est que l’ours reparte chez lui» ajoute le maire de Betpouey (Hautes-Pyrénées). En guise d’avertissement, il rappelle : «La montagne, c’est notre terrain de jeu
  • Le 13 mai 2006 : manifestation des anti-ours à Bagnères de Bigorre. Slogans : "Ours en liberté, montagne en danger", "Rendons la peau de l'ours avant de l'avoir tué", "Les ours en Slovénie, au zoo Nelly", "Franska retourne en Slovénie".
  • Mai 2006 : Franska a été énormément mobile. Elle est d’abord allée vers l’est (commune de Campan). Puis elle a réalisé un grand déplacement vers l’ouest jusqu’à la limite des Pyrénées-Atlantiques (commune d’Arrens Marsous). Puis elle a effectué une incursion en Aragon. Elle est revenue ensuite plein nord en passant par Cauterets puis vers l’est en passant par Saint Savin où des traces d’ours ont été observées par la population locale, pour aboutir dans la vallée d’Aure vers le 23 mai.
  • Le 2 juin 2006 : le Conseil Général des Hautes-Pyrénées vote une motion se prononçant contre les réintroductions d’ours et demandant l’abandon du plan de renforcement.
  • Le 9 juin 2006 : Franska est arrivée en Béarn depuis quelques jours. Elle s’installe entre la vallée d’Ouzoum (64), le massif de l’Estibète (65) et celui du Pibeste (65), entre Béarn et Bigorre.
  • Le 29 juillet 2006 : Monsieur Pierre Casassus-Lacouzatte au nom de la Fédération Transpyrénéenne des Eleveurs de Montagne, dont le siège est basé à la mairie de Laruns (Pyrénées-Atlantiques) organise une traque d’effarouchement contre l’ourse Franska en coordination avec les éleveurs des Hautes-Pyrénées. Battue et participants très médiatisés.
  • Le 1er août 2006 : point sur les dégâts de Franska : 44 ovins classés «imputables», 26 ovins classés «incertains». Nous sommes loin des chiffres annoncés par voie de presse par les opposants à l’ours.
  • Le 5 août 2006 : une nouvelle battue a lieu contre l’ours Franska.
  • Hiver 2006/2007 : Franska dort, quelque part dans l’ensemble Pibeste-Estibète (65), où elle est cantonnée depuis début juin 2006.
  • Dès le 2 avril 2007 : l’ourse Franska montre les premiers signes d’activités autour de sa tanière. Pas d’ourson.
  • Dès le 16 avril 2007 : alors qu’elle était sédentarisée depuis près de 10 mois, elle file subitement vers l’est, d’abord sur Hautacam, puis Bagnères et la vallée d’Aure (est des Hautes-Pyrénées).
  • Fin avril 2007 : Comme prévu, le collier de localisation GPS de Franska se décroche. Elle est encore suivie par le biais d’un émetteur radio. Elle vadrouille entre Haut-Adour, Nistos et Barousse.
  • Le 9 juillet 2007 : les éleveurs des Hautes-Pyrénées se lancent dans une véritable traque à l’ourse Franska afin de la repousser dans la plaine. Le présentateur du JT de 19/20 sur France 3 Midi-Pyrénées parle de Franska et indique mot pour mot : "Les éleveurs de la Barousse et du Nistos ont annoncé cette après-midi leur intention d'abattre l'ourse Franska. [...] On parlera demain de cette importante décision dans nos éditions locales et régionales."
  • Le 10 juillet : le présentateur du JT du 12/13 sur France 3 Midi-Pyrénées parle de la battue organisée la veille et indique mot pour mot : «Un certain nombre d’éleveurs de la Barousse et du Nistos est exaspéré par les attaques de l’ours sur leurs troupeaux. Hier, ils ont donc annoncé leur intention, je cite, d’éradiquer le problème et pour commencer, ils ont organisé une battue afin d’effrayer le plantigrade».
  • Les 9 et 10 juillet 2007 : La chasse à l’ours est ouverte. Extrait de la Dépêche du Midi du 11 juillet 07 : «Ils ont pris les sentiers de montagne et une dizaine de fusils. Ils ont tiré en l'air dans la forêt où ils pensaient trouver Franska. « Si on voit l'ourse, on tournera le canon vers elle » avertissent 70 éleveurs des Hautes-Pyrénées et du Comminges. Lundi soir et hier, ils ont lancé des battues à l'ours dans la vallée du Nistos, à l'est des Hautes-Pyrénées. Ils ont d'abord voté. À la quasi-unanimité, ils ont décidé de se mettre dans l'illégalité en se débarrassant par eux-mêmes de la prédatrice Franska. (…)L'effarouchement a réussi. Hier à l'aube, Richard Sassus, ouvrier à l'usine d'eau de Ferrére, a suivi l'ourse pendant 200 m sur la route, près de la grotte de Gargas et de la cathédrale Saint-Bertrand de Comminges. Dans la journée, l'animal a été signalé dans un bois près de Montréjeau, à 400 m d'altitude. Hier soir, les éleveurs occupaient ce secteur et repoussaient la bête à coups de pétards vers l'autoroute. (…) Si elle reste en plaine, Franska sera capturée, comme avant elle Balou et Sarousse. Ils ont été relâchés en montagne par la suite. Joëlle Fortassin prévient : « On préfère cette issue à une autre plus définitive. Mais qu'elle ne soit pas relâchée dans les Pyrénées».
  • Le 10 juillet 2007 : sur France 3 (édition des régions) un reportage montre des hommes parcourant la montagne, fusils en main, et tirant en l'air pour "faire peur" à Franska. Le maire de Générest était présent, ainsi qu'un éleveur (M. Campan) qui dit maintenant garder son troupeau nuit et jour avec son fusil...
  • Le 12 juillet 2007 : Le ministère envisage de déplacer l’ourse Franska loin des zones habitées. Des éleveurs mettent sur pied en fin d'après-midi, une traque, avec balles à blanc, dans le secteur de Tuzaguet, proche de Lannemezan, dans les Hautes-Pyrénées, où Franska a été repérée.
  • Le 16 juillet 2007 : Franska a finalement retrouvée toute seule le chemin de la montagne. Franska est vue vers 13h près du Bas Nistos (65). Une traque est immédiatement organisée.
  • Le 26 juillet 2007 : Louis Dollo annonce sur son site: «Franska et le plan ours plombés ! ». [NDLB: lire FERUS porte plainte ; Louis Dollo bien informé !]
  • Le 9 août 2007 : Franska est tuée par une voiture près de Lourdes.
  • Le 13 août 2007 : Dépêche AFP: "Les clichés radiographiques réalisés préalablement à l’autopsie mettent aussi en évidence la présence de plusieurs dizaines de plombs de petit calibre ayant atteint l’animal sur l’arrière-train, il y a environ un mois selon l’expert, qui exclut formellement que ces plombs puissent être à l’origine de la mort de l’ourse", ajoute le communiqué.

Danger de la diffusion des localisations d'ours
Annexe II

  • Dimanche 8 juillet : des dégâts ont lieu sur les communes de Seich et d’Ardengost (Actualités Ours 2007 – N°5 – Juillet), dans l’est des Hautes-Pyrénées, en Barousse, bien au sud de la commune de Générest.
  • Le week-end, le répondeur de l’Equipe Technique Ours (ETO) n’est pas mis à jour.
  • Les anti-ours l’ont bien compris : «Pendant le week-end, Franska n’est pas suivie. On ne peut pas savoir où elle risque d’attaquer […]» explique Joëlle Fortassin, représentante des éleveurs à la chambre d’agriculture. (La Dépêche du Midi – 11/07/2007)
  • Lundi 9 juillet, au soir : le répondeur de l'ETO est mis à jour (habituellement, entre 17 et 18h) et indique que Franska se trouve ce jour sur la commune de Générest.
  • Ce même jour, «les éleveurs de la Barousse et du Nistos se sont réunis et ont tenu une conférence de presse en début d'après-midi. Ils avaient à choisir entre plusieurs solutions d'actions pour manifester leur mécontentement face aux prédations de Franska. Ils ont opté pour la solution la plus radicale, à savoir d'engager une "chasse" afin d'éradiquer totalement cette ourse» (Site Lourdes-infos)
  • Les battues commencent le 9 juillet au soir sur la commune de Générest justement (France 3 Midi-Pyrénées – 10/07/2007 et La Dépêche du Midi – 11/07/2007).
  • Alors que les derniers agissements de l'ourse Franska ont eu lieu bien plus au sud de la commune de Générest, les anti-ours ont décidé le 9 au soir d'organiser une battue sur cette commune ; ils ont simplement écouté le répondeur de l’ETO mis à jour en fin d'après-midi qui indiquait la commune exacte où se trouvait Franska.
  • Ceci est confirmé dans un reportage du JT du 10 juillet (édition du 12-13h de France 3 Midi-Pyrénées), où la journaliste indique mot pour mot: «leur but [aux participants de la battue du 9]: arpenter la montagne avec pétards, fusils et cloches et effrayer Franska que le suivi de l’ours a localisé dans le secteur le matin même».
  • La battue du 9 juillet au soir a eu un impact réel sur Franska, puisque dans la nuit du 9 au 10 juillet, elle est aperçue à 3h du matin par un automobiliste (ayant lui-même participé à la battue), à basse altitude, du côté du Tibiran-Jaunac, dans la vallée de la Garonne (La Dépêche du Midi – 11/07/2007).
  • Les battues se sont poursuivies le 10 juillet.
  • A partir du 10 juillet, le répondeur n’est plus mis à jour en ce qui concerne Franska.
  • Mais les anti-ours, qui l’ont repoussée en plaine, arrivent encore à la repérer, à partir des témoignages de personnes l’ayant observée qui se multiplient, vu que l’ourse a été poussée dans des zones beaucoup plus fréquentées.

Rencontre entre un chasseur et l'ourse Sarousse
Annexe III

  • Le samedi 2 décembre 2006, Sarousse est localisée sur la commune de Bossost (Espagne), dans le Val d’Aran.
  • Le dimanche 3 décembre 2006, un chasseur la rencontre à une trentaine de mètres lors d’une battue aux sangliers et aux cervidés, sur la commune de Cierp-Gaud (Haute-Garonne), dans le Luchonnais.
  • Les chasseurs se sont déclarés surpris et inquiets de rencontrer Sarousse, alors qu’elle était signalée bien plus au sud la veille.
  • En fait, dans la nuit du 2 au 3 décembre 2006, Sarousse est passée de Bossost à Cierp-Gaud (soit une dizaine de kilomètres).

FERUS
Ours-Loup-Lynx-Conservation
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