Bernard Kuligowski est guide naturaliste français. Il effectue de nombreux séjours en Slovénie afin d'observer les ours. Il connaît donc bien le comportement des plantigrades introduits dans les Pyrénées.
Slovénie : Clairière forestière à la tombée de la nuit, vue d'un mirador. Sur la plate forme, une mangeoire remplie de maïs et de gaufrettes ! (Photo BdM)
P. V. : Estimez-vous que les ours slovènes peuvent être dangereux ?
Bernard Kuligowski : Depuis que je me rends dans ce pays, j'ai dû approcher une trentaine d'ours, dont douze en 2005. J'en ai observé à 7 mètres de moi et ils ont fui, ou ne m'ont pas vu. Bien sûr, lorsque j'accompagne des gens, je conserve une marge de sécurité. Mais avancer, comme certains le font en ce moment dans les Pyrénées, que ces ours sont dangereux pour les promeneurs et vont nuire au tourisme, ce n'est pas sérieux. Au contraire, ils peuvent contribuer au développement d'un tourisme nature, comme en Italie ou en Espagne.
Pour vous, ces ours ne présentent donc aucun risque ?
Bernard Kuligowski : Personne ne peut affirmer une telle chose. Il suffit qu'une ourse suitée soit dérangée par une meute de chiens courants chassant le sanglier pour que l'animal devienne agressif. On a vu ce qui s'est passé avec Melba et Cannelle, mais ce type de chasse, très usité en France, n'existe pas en Slovénie. Dans ce pays, les habitants restent simplement prudents. Par exemple, ils font du bruit quand ils vont ramasser les champignons. Il y a bien un petit incident de temps en temps, mais jamais rien de grave. La meilleure preuve que l'ours n'est pas considéré comme dangereux est que les écoles organisent des sorties nature pour les enfants afin de découvrir son habitat et son mode de vie.
Les ours peuvent-ils retrouver leur place dans les Pyrénées ?
Bernard Kuligowski : Je le souhaite, mais permettez-moi d'être sceptique. En Slovénie, il y a très peu d'élevage ovin donc peu de chances d'incident avec les éleveurs et les gens savent vivre avec les ours. Ce sont des rudes, des forestiers, des chasseurs, qui ont un rapport très fort à la nature et sont fiers de leurs grands animaux sauvages. C'est une question de culture.
Chez nous, ce n'est pas parce qu'un lobby veut imposer cette réintroduction que tout va se régler. Si l'on veut retrouver une population d'ours viable, il faut en lâcher plus de cinq mais aussi créer des réserves, ne plus chasser n'importe où, ne pas exploiter les forêts n'importe comment et laisser des troupeaux de brebis gambader sans protection dans la montagne. Bref, il faut se donner les moyens de réussir.
Malheureusement, même si quelques mesures d'accompagnement sont proposées aux éleveurs, cette opération reste pour moi un coup médiatique pour se donner bonne conscience, dans un pays qui a accumulé un retard phénoménal en matière de protection de la nature.
Bernard Kuligowski
Bernard Kuligowski travaille pour Objectif Nature qui organise, entre autre, des voyages "ours" en Slovénie.
Interview : P.V. (Sud-Ouest)
